Résumé

E. Renan Mahomet et les origines de l’islamisme

Or, bien loin de commencer à Mahomet, on peut dire que le génie arabe trouve en lui sa dernière expression. Je ne sais s’il y a dans toute l’histoire de la civilisation un tableau plus gracieux, plus aimable, plus animé que celui de la vie arabe avant l’islamisme telle qu’elle nous apparaît dans les Moallakat et surtout dans ce type admirable d’Antar : liberté illimitée de l’individu, absence complète de loi et de pouvoir, sentiment exalté de l’honneur, vie nomade et chevaleresque, humeur, gaieté, malice, poésie légère et indévote, raffinement d’amour.
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E. Renan Mahomet et les origines de l’islamisme

La pierre de touche d’une religion, après ses femmes, ce sont ses martyrs. La persécution, en effet, est la première des voluptés religieuses ; il est si doux au cœur de l’homme de souffrir pour sa foi, que cet attrait suffit quelquefois à lui seul pour faire croire. C’est ce qu’a merveilleusement compris la conscience chrétienne en créant ces admirables légendes où tant de conversions s’opèrent par le charme du supplice. L’islamisme, quoiqu’il soit resté étranger à cette profondeur de sentiment, est aussi arrivé parfois, dans ses récits de martyre, à des traits de belle psychologie.
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E. Renan Mahomet et les origines de l’islamisme

Les élémens légendaires de l’origine de l’islamisme sont toujours ainsi restés à l’état de tradition sporadique et sans autorité. Au lieu d’un être surhumain suspendu entre ciel et terre, sans père ni frère ici-bas, nous n’avons qu’un Arabe entaché de tous les défauts du caractère de sa nation. Au lieu de cette haute et inaccessible rigueur de supernaturalisme : « Femme, qu’y a-t-il entre vous et moi ? — ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent, » — nous avons ici toutes les aimables faiblesses de l’humanité.
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