Fidao-Justiniani

Résumé

Fidao-Justiniani Revue des Deux Mondes

Immobile sur son lit étroit, les yeux grands ouverts, pleins d’une flamme ardente et douce, Madeleine rêvait éveillée son rêve. Elle se dressa soudain, comme magnétisée, courut à la fenêtre qu’elle ouvrit avec précaution. Olivier, qui venait de sortir, marquait le pas sur le trottoir, en proie à une visible agitation. A quelle peine succombait l’âme orpheline du bien-aimé ? Dans son affolement muet, elle lui fit, avec l’offrande de son corps penché, le don de son cœur, de sa vie. Elle lui confia tout bas, en l’idiome des somnambules, et son désir contrarié, et ses vœux et ses désespoirs.
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Il aimait, de Stendhal, la manie d’analyse, la fièvre amoureuse et jusqu’à ce style rèche qui était comme la pudeur de cette âme passionnée. Un écrivain beaucoup plus récent, et qui se rattachait à Stendhal par son goût de l’émotion forte et un impérieux besoin d’analyser son plaisir, Maurice Barrés, exerçait sur Le Hagre un singulier ascendant. Il n’avait pas, mais pas un seul instant pris au sérieux l’ironie de M. Barrés, sachant bien qu’une nature d’élite ne se livre jamais qu’à moitié, et qu’il nous la faut toujours découvrir derrière l’appareil trompeur où d’instinct elle se retranche.
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Ainsi, il ne connaissait qu’un remède à son désespoir : s’y enfoncer systématiquement, en faire la gaine de son âme et la substance de sa pensée.
Par ce pessimisme assez distingué, dont seul Auguste Raimbault était averti, Le Hagre passait de beaucoup sa réputation : il ne réalisait qu’à moitié, ou qu’en apparence, le type ordinaire du Don Juan. Il n’avait rien du libertin blasé, féroce et vaniteux, dont Stendhal, son maître, disait : « Dans le grand marché de la vie, c’est un marchand de mauvaise foi qui prend toujours et ne paie jamais. »
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