“ Qui ne donnerait l’implacable raison, la science désespérante du matérialiste, pour la conviction consolante de celui qui croit à un autre monde peuplé de tout ce qui nous fut cher ? Qui ne changerait cet amer mépris du monde, cette insensibilité triste et moqueuse qui nous met au-dessus de toute déception, pour ce temps de crédulité naïve où nous nous laissions tromper avec tant de bonheur ? ”
Mépris du monde
Définition et enjeux
Citations sur “mépris du monde”
Victor Hugo,
Victor Hugo. [1], 3, Poésie: Les Chants du crépuscule…
(1835)
“ Car le mépris public, ombre de la bassesse, Croît d'année en année et repousse sans cesse, Et va s'épaississant sur les traîtres pervers Comme la feuille au front des sapins toujours verts ! Et quand la tombe un jour, celte embûche profonde Qui s'ouvre tout à coup sous les choses du monde, Te fera , d'épouvante et d'horreur agité , Passer de cette vie à la réalité, La réalité sombre , éternelle , immobile ! Quand d'instant en instant plus seul et plus débile, Tu te cramponneras en vain à ton trésor ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
(1841)
“ Je ne l’ai jamais vu dans le monde. — Il n’importe... je sais qu’il existe... — Le reverrai-je jamais ? — Oui... oui, je ne l’aurais pas rencontré sans cela. — Il existe ; cela explique, cela justifie mes mépris pour tous les hommes. ”
Pierre Dumas, Oraison funèbre du R.P. H.-D. Lacordaire (1863)
“ Le XVIIIe siècle nous avait légué, avec ses désolantes doctrines, non peut-être cet esprit railleur et impie qui le caractérisait, mais quelque chose de plus désastreux encore et qui en était le triste fruit : le mépris et l'insouciance pour tout ce qui s'élève au-dessus du monde présent. ”
Joseph Grandet, Vie de Mlle de Melun, fille du prince d'Epinoy… (1898)
“ Elle avait autant de passion de se faire mépriser, de s'anéantir et de se cacher aux yeux du monde, que les hommes en ont ordinairement de paraître, fuyant tous les lieux, les personnes et les occasions où l'on pouvait faire quelque estime de sa personne, de sa vertu, ou de sa naissance. Son plus grand plaisir était de se voir méprisée, et elle s'efforçait, par ses habits et par ses manières, de s'attirer le mépris des créatures, afin d'être conforme à Jésus-Christ méprisé et foulé d'opprobres. ”
Novalis,
Les Disciples à Saïs et les Fragments
“ La maxime du mépris de toute sensation extérieure était propre aux stoïciens et est encore, en partie, propre aux sauvages de l’Amérique. Celle du mépris des sensations intérieures est propre aux soi-disant gens d’esprit du grand monde et d’ailleurs. ”
Hippolyte Auger, Les Perles de Genghiskhan, par Hippolyte Auger… (1859)
“ Cependant je ne veux point m'exposer au mépris qu'on pourrait se croire autorisé à me témoigner. Toute bizarre que soit ma conduite, elle est inattaquable; on croit trop souvent sur l'apparence, et j'aime mieux m'abslenir de voir le monde que d'avoir à subir ses injustices. ”
Louis Ulbach,
Les Roués sans le savoir, par Louis Ulbach
(1857)
“ Ah! le besoin du mépris! c'est là la montagne où le vieux démon nous attend pour nous faire mesurer le monde! Heureux ceux qui, se sentant jeunes, instruits, intrépides, pleins de ressources et de vaillance, veulent aider à tous et ne songent à mépriser personne, pas même leur père ! ”
Stella Blandy,
Le procès de l'absent
(1880)
“ On me dit bizarre, c'est fort possible, bien que je trouve quelque apparence de raison à tout ce que je fais, et il est sûr que je manque d'indulgence, en ce sens que je hais tout ce qui est mensonge ou lâcheté, et vous jugez si mon mépris trouve à quoi se prendre, du train dont patauge le monde. ”
“ Cela aussi est vieux comme le monde, l’ingratitude répondant, paraît-il, à un instinct de la nature humaine; ce qui est essentiellement moderne, c’est le mépris qui s’y ajoute. Même lorsque l’imagination est saisie, qu’il s’agit d’un dévouement d’amour ou d’un acte éclatant de générosité, l’admiration est froide, et il s’y mêle une pointe d’ironie. ”
“ Lui, qui ne peut supporter la figure d'un indifférent, comment affronterait-il cette foule de méchants et de sots qu'on appelle le monde? Et quelle ironie, quel éloignement, quel mépris, le monde ne prodiguerait-il pas à cet homme saintement fanatique, qui ne comprend rien à ses lois, à ses moeurs et à ses habitudes! ”
Friedrich Nietzsche,
L’Antéchrist
(1895)
“ Il y a des jours, où un sentiment me visite, un sentiment plus noir que la plus noire mélancolie — le mépris des hommes. Et pour ne point laisser de doute sur ce que je méprise, et qui je méprise : c’est l’homme d’aujourd’hui, avec qui je suis fatalement contemporain. ”
Friedrich Nietzsche1880, Le Voyageur et son Ombre Opinions et Sentences mêlées…
“ Là il a appris à mépriser le présent et le prochain et la vie et lui-même — et nous, nous qui habitons les plaines plus lumineuses de la nature et de l’esprit, nous contractons encore, par héritage, en notre sang quelque chose de ce poison du mépris envers les choses prochaines. ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ N’aurions-nous pas fait ainsi, rieurs que nous sommes, un pas de plus dans le mépris des hommes ? Et, par conséquent aussi, un pas de plus dans le pessimisme, dans le mépris de l’existence, telle que nous la percevons ? ”
Léon Feugère, Morceaux choisis des classiques français… (1867)
“ Je me suis uniquement conduit par mes réflexions, et surtout par le mépris que j'ai eu pour les hommes. On peut juger, par la manière dont j'ai traité le seul grand peuple de l'univers, de l'excès de ce mépris pour tous les autres. ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ Avec notre mépris nous sommes de plus les « élus de Dieu » : le subtil mépris est à notre goût, il est notre privilège et notre art, peut-être notre vertu, à nous autres modernes parmi les modernes... ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Il a l’air du mépris, qui est le plus impitoyable des sentiments. Il tourne le dos, avec une violence roide et tranchante comme le Z de l’éclair ; il fend le siècle, repoussant la foule d’un terrible coup de coude. ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Ô mon âme, je t’ai enseigné le mépris qui ne vient pas comme la vermoulure, le grand mépris aimant qui aime le plus où il méprise le plus. Ô mon âme, je t’ai appris à persuader de telle sorte que les causes mêmes se rendent à ton avis : semblable au soleil qui persuade même la mer à monter à sa hauteur. ”
Maurice Leblanc,
Les Lèvres jointes
(1899)
“ Eh bien ! voilà où je puise des forces, dans le mépris de ces gens que je sais, de toute certitude, que je sais être des imbéciles ou des méchants, ou des fourbes, en tous cas des individus de qualité morale et intellectuelle inférieure à la mienne. Si peu que l’on soit, on est quelque chose quand on est méprisé. Le mépris des foules élève immédiatement celui qui en est l’objet. Tel qui n’a pas le droit de me mépriser, me méprise, donc je vaux mieux que lui. Le mépris des insouciants fortifie ma conscience. Ce n’est point subtil ce que je vous dis, c’est de la vérité humaine et palpable. ”
“ Ça se comprenait, il retombait dans le mépris de tous, maintenant qu'il n'avait plus rien, dépouillé de nouveau, et cette fois jusqu'à la peau de son corps. ”
Alfred de Musset,
La Confession d’un enfant du siècle
(1879)
“ Les moeurs des étudiants et des artistes, ces moeurs si libres, si belles, si pleines de jeunesse, se ressentirent du changement universel. Les hommes, en se séparant des femmes, avaient chuchoté un mot qui blesse à mort : le mépris. ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
(1891)
“ en lui peut s’abîmer votre grand mépris. Que peut-il vous arriver de plus sublime ? C’est l’heure du grand mépris. L’heure où votre bonheur même se tourne en dégoût, tout comme votre raison et votre vertu. L’heure où vous dites : « Qu’importe mon bonheur ! ”
Rodolphe Töpffer,
Nouveaux Voyages en zigzag
“ Mais une fois affranchi de ce joug qu’impose le génie aux esprits encore peu formés, et quand les circonstances nous ont eu mis annuellement en contact avec des hommes de toute sorte, de tout pays et de toute condition, l’estime, tout en se tempérant, s’est fortifiée, et le mépris, remplacé le plus souvent par la compassion, a disparu sans retour. ”
Victor Margueritte,
La Garçonne
“ Mais la conception que vous avez de la vie, des hommes, des femmes, votre pensée, toutes vos pensées !... Le mépris qu’elles témoignent de moi... Cette méconnaissance du cœur et de l’intelligence, voilà ce qui est impardonnable. Voilà ce qui nous fait aussi étrangers l’un à l’autre que si nous étions des êtres de race et même de couleur différentes. Voilà ce qu’il vaut mieux, croyez-moi, avoir mis à nu, tout de suite. Les souffrances d’un jour nous épargnent des années de malheur. ”
Mérinos, Nouvelles et fantaisies humoristiques… (1872-1876)
“ Cette espèce de recueillement, qui courbe ces créatures sous le poids de leur destinée, domine aussi les spectateurs : tous les visages sont sérieux et pensifs. Au dehors, entre elles et la foule il n'y a d'autre lien que le mépris : ici, où ce qu'elles apportent n'est en définitive que ce qu'on y vient chercher, chacun se sent bien, à l'agitation de son coeur et aux souvenirs de sa conscience, plus complice que juge. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Quand je ne puis ni estimer, ni admirer mes semblables, ce qui m’arrive bien souvent, je le confesse, j’aime du moins à rechercher au milieu de leurs vices les quelques bons sentimens qui peuvent s’y trouver mêlés, et je me plais à attacher ma vue sur ces petits points blancs qui s’aperçoivent sur le fond noir du tableau. Quant à vous, soit naturel, soit conséquence des luttes pénibles auxquelles votre jeunesse s’est courageusement livrée, vous vous êtes habitué à vivre du mépris que vous inspire l’humanité en général et en particulier votre pays. ”
Antoinette Des Houlières,
Poésies de Madame Deshoulières
“ Est-ce un si grand malheur de voir sa chambre vide De médisans, de jeunes fous, D’insipides railleurs qui n’ont rien de solide Que le mépris qu’ils ont pour nous ? Oui, par nos indignes manières, Ils ont droit de nous mépriser. ”
Ad. d' Aiguebelle, Seconde lettre aux ouvriers des villes et des campagnes (1850)
“ Si je devais chercher un jour, par d'autres moyens, à agiter encore les esprits et entretenir de fausses espérances, j'appelle sur moi , dès maintenant, le mépris des honnêtes gens et la malédiction du genre humain. ”
Auguste Leplat, Les échos du soir : poésies (1872)
“ Mais l'homme argile enfonce en ces bourbiers. S'il choisit à l'écart une divine étude, Le manteau du mépris couvre sa solitude : Son sort est l'ostracisme, ou la glu sous ses pieds. LA MUSE. Mais, oh ! combien une ample récompense Te rebondit d'en haut, où tu lèves tes yeux ! Ton être se confond avec l'esprit des dieux. L'horizon infini centuple l'existence. Et des dédains voilà le noble prix!. Le mortel dont le front passe de cent coudées Ces âmes sans ressort dans la fange accoudées Surnagera toujours sur les flots du mépris. ”
Hippolyte Taine,
Revue des Deux Mondes
“ Tu es plus près de moi qu’auparavant ; le propre de la réflexion, c’est de pacifier l’âme, et, en l’élevant, de la rendre indifférente. Voilà ce qui m’arrive ; comme toi, j’en suis venu à un grand mépris des hommes, tout en gardant une grande admiration de la nature humaine ; je les trouve ridicules, impuissans, passionnés comme des enfans, sots et vaniteux, et surtout niais à force de préjugés ”
Donatien Alphonse François de Sade,
La Philosophie dans le boudoir
“ De ces différences, purement géographiques, naît le peu de cas que nous devons faire de l’estime ou du mépris des hommes, sentimens ridicules et frivoles au-dessus desquels nous devons nous mettre au point même de préférer sans crainte leur mépris pour peu que les actions qui nous le méritent soient de quelque volupté pour nous. ”
Auguste Barbier,
Poésies posthumes
(1884)
“ A tous n'est pas donné le saint droit du mépris ; Pour s'en faire un rempart il faut avoir son prix, Posséder un coeur libre, une âme droite et pure, Et montrer une vie exempte de souillure. A ce compte l'on peut blâmer et mépriser ; Mais hélas ! de nos jours où l'on sait tout oser, Que voit-on ? Des poseurs de la plus triste espèce Qui, lorsqu'ils ont roulé de bassesse en bassesse, Se redressent la taille et, bravant tous les cris, Prennent effrontément les grands airs du mépris. ”
Charles Monselet,
Les Ressuscités
“ Alors parle, je t’écouterai une heure, le temps durant lequel je sentirai ta plume acre et envenimée courir sur ma sensibilité calleuse ou gangrenée ; sinon tais-toi, va mourir dans la misère et l’obscurité. — La misère et l’obscurité, entendez-vous, jeunes gens ? La misère, ce vice puni par le mépris ; l’obscurité, ce supplice si bien nommé. La misère et l’obscurité, vous n’en voudrez pas ! ”
A. Dauval, De l'influence d'Agnès Sorel : étude simple… (1871)
“ A encourir le mépris d'une haute société qui ne vous pardonnera jamais le rejet de son principe. Et plus tard, au vôtre lui-même. Et elle tâcha de lui démontrer la distance idéale qui existait entre lui et celle qu'il aimait. — Vos théories ne servent qu'à augmenter le mépris que je voue à ces hochets que vous nommez fortunes, titres, qualités. La véritable grandeur est dans l'élévation des sentiments. ”
Thierry Sandre,
Les yeux fermés
(1928)
“ A d’autres moments, par manière de compensation, et ces moments sont les plus nombreux peut-être, il affecte, avec non moins de violence, de se moquer de tout. Il porte en lui un mélange de mépris et d’enthousiasme. ”
Renée Dunan,
Le Stylet en langue de carpe
“ Mais, lorsqu’on se méfie, votre méfiance engendre des fantômes, et c’est bien comme cela que les gens prédisposés à la folie de persécution voient les faits quotidiens enjoliver et nourrir leur manie. ”
Claude-Adrien Helvétius,
De l’Esprit
“ Après avoir marqué les causes du mépris respectif qu’ont les uns pour les autres quelques savants et quelques beaux esprits, je dois indiquer les causes du mépris où le bel esprit tombe, et doit journellement tomber, plutôt que tout autre genre d’esprit. ”
Alain,
Mars ou la Guerre jugée
“ J’avais subi plus d’une fois ce mépris parfait ; et heureusement j’exerçais par ma nature, et sans sortir de mes infimes fonctions, un mépris supérieur sans paroles. Mais je ne pouvais entendre sans m’indigner ces accents qu’on prend pour des chiens ou des chevaux, et visant des hommes naïfs et pleins de bon vouloir, pour la plus faible des fautes, et souvent même pour quelque initiative maladroite, aisément louable. Quoi donc ? Ces faibles essais pour être homme, fallait-il les rejeter au désespoir ? ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Vous voudriez bien le fuir, mais vous aimeriez qu’on sût le mépris que vous en faites. L’idée que telle personne vous plaint de votre pauvreté et qu’on s’imagine vous inspirer des regrets, vous blesse et vous offense. ”
“ Mais vient une période pendant laquelle la Raison conventionnelle du monde nous éveille pour l'erreur et nous arrache à la vérité de nos rêves. Le Doute, la Surprise et l'Incompréhensibilité arrivent au même moment. ”
Junius,
Lettres tartares, correspondance secrète d'un ambassadeur pour servir à l'histoire du Second Empire
(1871)
“ Pourquoi donc la société vous frappe-t-elle d'anathème comme des gueux de la pire espèce ? Les gens qui gagnent et passent leur vie honnêtement sont faits, ce me semble, pour inspirer autre chose que du mépris. ”
Louis-Sébastien Mercier,
Tableau de Paris
“ Ils ne voient autour d’eux que les humbles adulateurs de leur opulence, que des domestiques sous des noms divers, & ils croient que le reste de la terre est ainsi fait. Ces idées & ce langage ne doivent pas étonner dans un traitant ; le ton du mépris est toujours familier aux êtres méprisables. ”
Anatole France,
Opinions sociales
(1901)
“ Toi aussi tu te laisses séduire par des mensonges. Tu te nourris de fables grossières. Ton esprit ténébreux se repaît de ténèbres. On te trompe et tu te trompes avec une plénitude délicieuse. Toi aussi tu as des haines de race, des préjugés cruels, le mépris des malheureux. ”
Victor Chauvin,
Histoire des lycées et collèges de Paris…
(1866)
“ Renversez cet ordre, abandonnez-vous aux ambitions de votre nature, etvous marcherez de déception en déception, et vous vous ferez une vie malheureuse pour vous, inutile aux autres. Qu'importent aux autres et à nous, quand nous quittons ce monde, les plaisirs et les peines que nous y avons éprouvés? ”
Jean Féron,
La valise mystérieuse
“ Seulement, cet autre monde — le monde meilleur comme se plaisent à dire les optimistes versés dans l’étude stupide des mondes inconnus, improbables et introuvables — sera pour nous, pauvres moissonneurs de misères, rempli de grandioses et éternels festins ! ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ Au total, ce qui est extrêmement intéressant dans votre enquête, c’est la constatation du mépris, je dirai de l’ingratitude, que montrent les nouveaux envers le naturalisme, c’est ce mouvement ascensionnel vers l’idéal que vous avez constaté, çà et là. ”
