Thierry Sandre

Thierry Sandre

Résumé

Portrait de Thierry Sandre Thierry Sandre Les yeux fermés (1928)

Mais comment taire ce qui explique pourquoi je me trouve à Guéthary dans une solitude complète ? Car, malgré toute l’affection qu’elle a pour moi, ma vieille Joséphine, ce témoin de mon enfance heureuse, n’est qu’un témoin de ma solitude. Chère Joséphine ! Quand elle me parle de ma mère, c’est toujours, comme il convient, avec une déférence irréprochable. Mais elle me parle rarement de ma mère, parce qu’elle devine, sans que j’aie besoin de le lui préciser, que le silence vaut mieux que les meilleures paroles. Je n’ai rien compris au drame de ma mère.
Source : Gutenberg

Portrait de Thierry Sandre Thierry Sandre Les yeux fermés (1928)

Jeté sans transition d’une adolescence heureuse dans une sinistre maturité, j’avais perdu pied, et je ne pouvais plus croire qu’un Dieu pût tolérer les horreurs d’une guerre pareille. La crainte de la mort ne me poussa pas vers les aumôniers : la conscience d’une injustice si tragique me dérouta. Quand, blessé, j’échouai à Saint-Jean-de-Luz, j’avais renié le credo de mon enfance. Mais Michelle, un jour, me dit, de sa voix grave :
— Il faut croire.
Source : Gutenberg

Portrait de Thierry Sandre Thierry Sandre Les yeux fermés (1928)

Je n’accepte pas la pitié de n’importe qui. Je n’accepterais peut-être aucune pitié. J’écris pour moi, pour plus tard comme pour tout de suite, pour tromper les heures de ma solitude et pour que Michelle, un jour, qui sait ? apprenne ou comprenne, — plus tard, plus tard, quand nous serons vieux, ou quand j’aurai disparu. Personne autour de moi, puisque Michelle est loin, ne peut en ce moment déchiffrer ce que j’écris. Aux yeux de ma vieille Joséphine, qui lit fort mal l’écriture ordinaire, mes pages de points sont de parfaits grimoires parfaitement inintelligibles.
Source : Gutenberg

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature