“ La jeune fille tressaillit. — Ayez pitié de moi ! — C’était presque un aveu. — Expliquez-vous, monsieur Paul, répondit-elle avec intérêt. Expliquez-vous... Qu’avez-vous ? — Oh ! j’ai besoin de bonheur, mademoiselle, j’ai besoin de me rattacher à mon père... à vous... Car je sens qu’une effroyable fatalité m’entraîne et m’emporte... Oh ! prouvez-moi qu’il y a du vrai dans la vie... que tout n’est pas mensonge, haine et désespoir... Oh ! aimez-moi... Par pitié... aimez-moi, ou je meurs ! Ce langage contrastait tellement avec le caractère de Paul, qu’Alice fut émue jusqu’au fond du cœur. ”
Eugène Sue
Résumé
La Salamandre, roman maritime d'Eugène Sue publié en 1832, explore la vie d'une corvette sous la Restauration à travers les destins entrelacés du marquis de Longetour, son fils Paul, le lieutenant Pierre Huet et le nihiliste Szaffie.
L'auteur dépeint les tensions entre devoir et passion, la rigueur navale et les fragilités humaines, dans un cadre où l'honneur, l'amour et la survie s'affrontent. Préfigurant une série plus vaste sur la marine française, ce roman de jeunesse mêle aventure, tragédie et réflexion morale, illustrant la complexité des rapports de pouvoir et des émotions à bord d'un navire.
Citations de La Salamandre (Eugène Sue)
“ Ah ! j’oubliais : le jour même où M. Paul est tombé dans le panneau du faux pont et a manqué se tuer. Misère se mit à genoux et tendit le dos. À ces mots, maître Buyk fit un bond furieux sur son coffre. — Assez, assez ! s’écria-t-il ; assez, Bouquin ! Pauvre corvette, pauvre Salamandre ! Vois-tu, Bouquin, ce marquis-là, c’est la mort de la corvette ; et, en disant de la corvette, je dis de M. Paul ; car l’un ne peut aller sans l’autre, puisqu’il est né le jour où elle a été lancée à l’eau. Oui, c’est sa mort à ce pauvre M. Paul, qui, je vous l’ai dit cent fois, est son ange gardien. Oh ! ”
“ Ici Alice s’arrêta de nouveau ; car, par une crainte inexplicable, deux fois elle avait fui devant une idée à laquelle elle revenait involontairement. — Eh bien ! après tout, reprit-elle comme surmontant un sentiment de honte envers elle-même, pourquoi donc reculerais-je devant cette pensée ? Eh bien ! oui... il est un être que je hais ; sa vue me fait mal, sa voix m’irrite ; je le hais, oh ! oui, je le hais !... Et que je voudrais aimer Paul autant que je le hais, lui ! Et ses joues étaient brûlantes, et elle respirait à peine. — Oh ! c’est la haine qui change le cœur mieux que l’amour ! ”
