Mme Bodin [Jenny Bastide]

Résumé

Mme Bodin [Jenny Bastide] Heures du soir

Mais, à l’aide de la raison, une triste connaissance du cœur nous rejette dans la vie réelle, et la vie réelle n’a point de doux ni de nobles souvenirs. Ne nous abusons pas, enfin : ce n’est point pour ce que nous aimons que nous faisons des sacrifices à l’amour, et on n’obtient rien de ce sentiment par la reconnaissance et la pitié. J’en étais trop convaincue, Arthur m’oublierait bientôt ; et si je le poursuivais de mes plaintes, de mon désespoir, il se féliciterait d’être échappé à une femme vaporeuse, jalouse, et sa douleur ne me vengerait pas.
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Mme Bodin [Jenny Bastide] Heures du soir

Les remarques que j’avais eu le temps d’y faire sur mon propre cœur, la violence et l’empire que prenait chaque jour sur moi un amour qui n’avait point d’écho dans l’âme de M. de Seignelay, me jetait dans une mélancolie remplie de découragement et de déception. Pour la première fois je mesurai la distance qui séparait les années d’Arthur des miennes, et pour la première fois je la trouvai énorme.
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Mme Bodin [Jenny Bastide] Heures du soir

Non, non, je n’essaierai point de peindre cette douleur de femme, qui se compose d’amour et de vanité blessée ; je ne dirai pas les cent mille projets de vengeance qui soulagent et déchirent le cœur. Tantôt je voulais revoir Arthur, l’accabler de mon mépris et puis fuir dans la solitude ; tantôt je voulais me lancer de nouveau dans le monde, lui prouver que je pouvais plaire à d’autres et le dédaigner à mon tour. Mais ce qui me consolait le plus, c’était qu’il me sût bien malheureuse, qu’il eût des regrets et des remords. On s’abuse si long-temps sur ce qu’on aime
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