Résumé

Portrait de Montesquieu Montesquieu Histoire véritable (1892)

Je disois en moy même : « Tous ces esclaves, ces femmes et moy, ne sommes que les ministres des délices d’un seul. C’est pour les assurer qu’une main barbare m’a mis dans l’état où je me vois. Je suis tourmenté pour qu’il soit plus tranquille ; il nage dans les plaisirs, il jouit pour jouir encore, et moy, bien loin de posséder, je n’ay pas seulement d’idées que je ne trouve vaines, ni de désirs dont je ne sente aussitôt l’illusion. »
Mon Génie, qui voulut me faire une grande leçon, fit changer de demeure à mon âme. J’animay le corps de mon maître, et son âme anima le mien.
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Portrait de Montesquieu Montesquieu Histoire véritable (1892)

Vous sçavés que tout gît dans les obstacles que les hommes ont le plaisir de vaincre. Triompher, auprès d’une jeune personne, des difficultés de l’innocence et de l’éducation, ou triompher, auprès d’une prude, des difficultés de la raison et de la décence, n’est-ce pas toujours la même chose ? Devenue plus vieille, je m’amusay du culte des Dieux, et je m’attachay à leurs ministres. Ils n’étoient point agréables comme nos jeunes gens, mais ils n’étoient ni si suffisans ni si foibles, ils n’étoient ni si contens d’eux-mêmes, ni si peu de nous.
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Portrait de Montesquieu Montesquieu Histoire véritable (1892)

« À moy ! de l’or, disoit-il, à moy ! Ils me croyent donc bien avare ! Sçais tu bien ce qui arrive ? C’est que, lorsque quelque Prince sacrilège vient pour enlever ces trésors, il m’en coûte toujours la façon d’un prodige. » Aussitôt il entra dans son tuyau et dit : « Mortels, apprenés que vous ne pouvés offrir aux Dieux vos trésors, sans leur faire voir le cas que vous faites d’une chose qu’ils veulent que vous méprisiés. »
Ce qui me charmoit, dans le Génie que je servois, c’est qu’il n’étoit ni ambigu, ni obscur, et qu’il disoit franchement tout ce qu’il sçavoit.
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