Résumé

Portrait de Paul Valéry Paul Valéry L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932)

Exhibez votre théorie.
— Mais je ne fais pas de théorie ! Je n’invente rien. Je constate ce que tout le monde peut constater. C’est qu’une idée ne peut pas être fixe. Peut-être fixe (si quelque chose peut l’être) ce qui n’est pas idée. Une idée est un changement, — ou plutôt, un mode de changement, — et même le mode le plus discontinu du changement... Tenez. Point de théorie. Essayez un peu de fixer une idée... Je vais chronométrer. Mais c’est inutile ! Une idée est un moyen, ou un signal de... transformation, — qui agit plus ou moins sur l’ensemble de l’être.
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Portrait de Paul Valéry Paul Valéry L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932)

J’ai rêvé, mais : Je rêve. Ce verbe n’aurait de sens qu’au présent... Cependant, on s’éveille parfois, en pleine aventure ou angoisse, le cœur battant... Quoi de plus éloquent en faveur du rêve, — sans parler d’autres...
— Tout ceci ne prouve rien. Le cœur battant nous fait, peut-être, inventer de pseudo-raisons instantanées de tachycardie...
— Que la raison ne connaît pas.
— Suivant l’usage... Mais, cette invention n’est peut-être qu’une manière d’exprimer ce fait que le cœur vous bat, dans le langage encore désordonné d’un organisme en train de changer d’état.
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Portrait de Paul Valéry Paul Valéry L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932)

Et j’étais à chaque instant où je n’étais point ; et je voyais, à la place de toute chose, tout ce qu’il fallait pour gémir.
Quoi de plus inventif qu’une idée incarnée et envenimée dont l’aiguillon pousse la vie contre la vie hors de la vie ? Elle retouche et ranime sans cesse toutes les scènes et les fables inépuisables de l’espoir et du désespoir, avec une précision toujours croissante, et qui passe de loin la précision finie de toute réalité.
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