Prince Albert Ier de Monaco

Résumé

Prince Albert Ier de Monaco Revue des Deux Mondes

La goélette se cabre devant le choc des grandes vagues, pour tomber ensuite de leur croupe jusqu’au fond d’un abîme ; parfois tout semble perdu, quand l’une d’elles arrondit sur nous sa volute plus haute et plus sombre, masquant pour dix secondes les hordes qui suivent. Chacun, sur le pont, se retient alors à tout ce que peuvent saisir les doigts crispés : bittes, claire-voies ou cordages. Avec le retentissant fracas d’une voûte qui croule, cette masse fond sur l’avant, coiffe tout entier le navire, l’ébranlé et le couche.
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Prince Albert Ier de Monaco Revue des Deux Mondes

Il est midi ; le vent souffle avec une rage inconnue de nous tous. On se répète à chaque moment qu’il donne sa plus grande mesure, et pourtant, d’heure en heure, il augmente encore. Les nuages fondus par ce vent remplissent l’atmosphère d’un brouillard cuivré ; il fait une obscurité jaune. On ne saurait dire s’il pleut, mais une poussière d’eau salée vole en meurtrissant les visages ; c’est la crête des lames, rasée par le vent, tandis que leur masse creusée en caverne, violemment rabattue, jalonne de blancheurs fumantes le passage des rafales.
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Nous courons maintenant sous la tempête, qui décline rapidement, et les grandes vagues, dont la rupture contre la joue du navire immobile tout à l’heure pouvait le disloquer, viennent fondre en écume sous son arrière fuyant. Les oiseaux marins accourent de nouveau pour visiter les remous du sillage, mendiant avec leur voix criarde ; des cachalots en troupe font émerger plusieurs fois leur corps noir, d’où la mer se retire ainsi que d’un récif, et comme ils avancent très près de la surface houleuse, leur tête cylindrique apparaît tout entière quand elle perce le revers des lames.
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