“ Christophe rêvait. Il sentait qu’il avait manqué le bonheur ; mais il ne songeait pas à se plaindre : il savait que le bonheur existait... Soleil, je n’ai pas besoin de te voir pour t’aimer ! Pendant ces longs jours d’hiver où je grelotte dans l’ombre, mon cœur est plein de toi ; mon amour me tient chaud : je sais que tu es là... Et Cécile aussi rêvait. Elle contemplait l’enfant, et finissait par croire qu’il était son enfant. Ô pouvoir béni du rêve, imagination créatrice de la vie ! La vie... Qu’est-ce que la vie ? Elle n’est pas ce que la froide raison et ce que nos yeux la voient. ”
Romain Rolland
Résumé
Romain Rolland, dans Les Amies, examine les tensions entre amour, art et matérialisme à travers les destins de Christophe, Olivier et Jacqueline. Ce roman, publié en 1909, dépeint les conflits intérieurs d’artistes et de couples, confrontés à la richesse, à la souffrance et à la recherche du bonheur.
Les thèmes de l’égoïsme, de la création artistique et des relations humaines sont développés avec une sensibilité lyrique, illustrée par des passages poétiques sur l’amour et la mort. L’œuvre interroge l’idéalisme face aux réalités sociales, soulignant que l’amour, bien qu’émouvant, peut aussi devenir un piège.
Citations de Les Amies (Romain Rolland)
“ Tout ce que touche l’amour est sauvé de la mort. — Minna, qui es avec moi, — avec moi, pas avec l’autre, — Minna, qui ne vieilliras jamais !... La lune, voilée, sortit des nuages, et sur le dos du fleuve fit luire des écailles d’argent. Christophe eut l’impression que le fleuve ne passait pas jadis aussi près du tertre où il était assis. Il s’approcha. Oui, il y avait là naguère, au delà de ce poirier, une langue de sable, une petite pente gazonnée, où il avait joué bien des fois. Le fleuve les avait rongées ; il avançait, léchant les racines du poirier. Christophe eut un serrement de cœur. ”
“ Mais la femme est livrée au poison, et elle le communique aux autres. Elle se plaît à la puanteur parfumée de la richesse, elle ne peut plus s’en passer. Une femme qui reste saine de cœur, au milieu de la fortune, est un prodige, autant qu’un millionnaire qui a du génie... Et puis, je n’aime pas les monstres. Qui a plus que sa part pour vivre est un monstre, — un cancer humain qui ronge les autres hommes. Olivier riait : — Que veux-tu ? disait-il. Je ne puis pourtant pas cesser d’aimer Jacqueline, parce qu’elle n’est pas pauvre, ni l’obliger à l’être, pour l’amour de moi. ”
