“ GIUGURTA. Bien ! s’il est mort !... Car s’il n’est que blessé, comme tu le dis !... CORDELIA, vivement. Eh ! blessé aussi,... qu’importe à présent ?... UBERTA, surprise. Qu’importe ? Parler ainsi,... après ce que tu as fait !... CORDELIA. Mon Dieu ! j’ai fait ce que j’ai fait... le ciel a fait le reste ! S’il l’a sauvé, c’est qu’il l’a jugé digne de pardon !... (A son frère avec anxiété.) Tu ne l’achèverais pas, toi-même, à terre, et blessé, n’est-ce pas ?... GIUGURTA. Juste Dieu ! avec ivresse !... CORDELIA. Oh !... oh ! ne dis pas cela, Giugurta !... C’est atroce ! ”
Victorien Sardou
Résumé
"La Haine", drame en cinq actes de Victorien Sardou, fut créé au Théâtre de la Gaîté à Paris en 1874, sous la direction de Jacques Offenbach. Déroulé à Sienne en 1369, il oppose Guelphs et Ghibellins dans un conflit violent. Les personnages centraux, Cordelia, Orso et Uberta, incarnent la vengeance, la trahison et la douleur.
Malgré une mise en scène spectaculaire (décors coûtant 400 000 francs), le drame connaît un échec commercial, marqué par des critiques sur son côté sombre et l'intensité des passions. L’œuvre évoque les souvenirs douloureux de la guerre de 1870, mêlant tragédie et réflexion sur la haine humaine.
Citations de La Haine (Victorien Sardou)
“ Arrière, Orso ! ORSO. Vous... mes amis !... vous ?... MALERBA. Tu l’as voulu !... UGONE. Tes mains ont touché les siennes !... SPLENDIANO. Il y va du salut de tout un peuple !... (Mouvement d’Orne.) TOUS, l’épée tournée vers lui et réfugiés sur les marches du chœur. Arrière ! ORSO. Quoi ?... lâches !... rien pour elle !... ni pitié... ni secours !... MALERBA. Les secours sont derrière l’autel !... Tout ce qu’il faut pour t’aider à vivre, et pour l’aider à mourir !... UGONE. N’attends plus rien autre de nous !... ORSO, à genoux près de Cordelia, inanimée. Oh ! ma Cordelia !... ”
“ CORDELIA, à elle-même. Ah ! Seigneur ! LA FOULE. Vive Guelfes ! Mort aux Gibelins !... (Trompettes, les lumières et les clameurs s’éloignent.) GIUGURTA, courant aussi à la fenêtre. Bandits ! (Il regarde en soulevant la tapisserie et disparaît en partie.) UBERTA, courant à lui. Prends garde ! CORDELIA, seule, à elle-même. Ah ! Dieu... mon Dieu !... Lui fermer ce passage en ce moment... Mais qu’il achève l’autre !... n’est-ce pas effroyable aussi !... Mon Dieu ! éclaire-moi ! inspire-moi ! que veux-tu que je fasse ? (On entend tout au loin la voix du héraut qui s’éloigne.) ”
