“ Mais dans ce paysage Orso ne voyait en ce moment qu’une chose, importante, il est vrai, dans sa position : la terre étant nue ne pouvait cacher une embuscade, et celui qui peut craindre à chaque instant de voir sortir d’un fourré un canon de fusil dirigé contre sa poitrine, regarde comme une espèce d’oasis un terrain uni où rien n’arrête la vue. Au mâquis brûlé succédaient plusieurs champs en culture, enclos, selon l’usage du pays, de murs en pierres sèches à hauteur d’appui. ”
Orso
Définition et enjeux
Citations sur “Orso”
“ MALERBA. Il sera fait à ton gré ! — Maintenant aux captifs ! (Montrant Giugurta aux bourreaux.) Bourreaux !... à votre office !... et commencez par lui ! TOUS. Oui ! oui ! (Cris au fond : Arrêtez ! arrêtez !... Orso ! Orso ! Vivat ! ) Scène II. Les Mêmes, ORSO. (Orso paraît au fond sur les marches, fendant la foule qui pousse à sa vue une immense exclamation de joie.) LA FOULE. Gloire à Orso !... (Les chefs du peuple se lèvent, tandis qu’Orso descend les marches, vivement, au milieu de tous les bonnets et de toutes les armes qui s’agitent. — Il a son épée.) ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Le sentier passait entre ces enclos, où d’énormes châtaigniers, plantés confusément, présentaient de loin l’apparence d’un bois touffu. Obligé par la raideur de la pente à mettre pied à terre, Orso, qui avait laissé la bride sur le cou de son cheval, descendait rapidement en glissant sur la cendre, et il n’était guère qu’à vingt-cinq pas d’un de ces enclos en pierres à droite du chemin, lorsqu’il aperçut précisément en face de lui, d’abord un canon de fusil, puis une tête dépassant la crête du mur. Le fusil s’abaissa, et il reconnut Orlanduccio prêt à faire feu. ”
“ ORSO, debout, criant à ses homme. En avant !... (Les soldats s’élancent et disparaissent en poussant leurs cris de guerre. — Cordelia remonte vers Orso, avec l’intention de le frapper : il l’aperçoit, et tout en prenant son bouclier, lui crie vivement sans la regarder.) ”
“ Arrière, Orso ! ORSO. Vous... mes amis !... vous ?... MALERBA. Tu l’as voulu !... UGONE. Tes mains ont touché les siennes !... SPLENDIANO. Il y va du salut de tout un peuple !... (Mouvement d’Orne.) TOUS, l’épée tournée vers lui et réfugiés sur les marches du chœur. Arrière ! ORSO. Quoi ?... lâches !... rien pour elle !... ni pitié... ni secours !... MALERBA. Les secours sont derrière l’autel !... Tout ce qu’il faut pour t’aider à vivre, et pour l’aider à mourir !... UGONE. N’attends plus rien autre de nous !... ORSO, à genoux près de Cordelia, inanimée. Oh ! ma Cordelia !... ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Si j’étais à votre place, Orso, je n’hésiterais pas, je demanderais miss Nevil à son père... (Orso levait les épaules.) De sa dot, j’achèterais les bois de la Falsetta et les vignes en bas de chez nous ; je bâtirais une belle maison en pierres de taille, et j’élèverais d’un étage la vieille tour où Sambucuccio a tué tant de Maures au temps du comte Henri le bel Missere [11] . — Colomba, tu es une folle, répondait Orso en galopant. — Vous êtes homme, Ors’ Anton’, et vous savez sans doute mieux qu’une femme ce que vous avez à faire. ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Orso ne trouva qu’un soupir pour réponse. Colomba s’approcha de lui, le mena dans l’embrasure d’une fenêtre, et, en lui montrant quelque chose qu’elle tenait sous son mezzaro, lui parla un moment à voix basse. — Ma sœur, dit Orso à miss Nevil, veut vous faire un singulier cadeau, mademoiselle ; mais, nous autres Corses, nous n’avons pas grand’chose à donner... excepté notre affection... que le temps n’efface pas. Ma sœur me dit que vous avez regardé avec curiosité ce stylet. C’est une antiquité dans la famille. ”
“ ORSO, frappé. Morte !... — (Après un silence.) C’est la guerre ! (Mouvement d’Uberta, pour emmener Cordelia.) Oh ! pleurez en liberté, femmes ; elle, sa Maîtresse, et toi ton Fils !... Et celui-là !... plût au Ciel qu’il me fût permis de te le rendre !... UGONE, du fond. Orso ! ORSO. Oui ! (Aux chefs.) Suivez-moi ! (Il remonte au fond, vers les autre chefs. — Le jour baisse tout à fait, on allume les torches sur la place.) ”
“ Quelques personnes n’estiment pas Orso et Cordelia assez dignes d’intérêt. L’outrage dont Cordelia est victime leur semble, de sa nature, plus jovial qu’attendrissant... A quoi je n’ai rien à répondre... — Et à leur avis, Orso ne fait rien d’assez grand pour expier son crime. — Je sais pourtant de fort honnêtes gens qui voudraient bien que quelque Orso fît de temps en temps pour notre patrie, ce que celui-là fait pour la sienne. ”
“ «Voyez-vous ces bois et ces maquis, dit-il à Orso au moment de se séparer: un homme qui aurait fait un malheur y vivrait dix ans en paix sans que gendarmes ou voltigeurs vinssent le chercher. Ces bois touchent à la forêt de Vizzavona, et, lorsqu'on a des amis à Bocognano ou aux environs, on n'y manque de rien. Vous avez là un beau fusil, il doit porter loin. Sang de la Madone! quel calibre! On peut tuer avec cela mieux que des sangliers.»Orso répondit froidement que son fusil était anglais et portait le plomb très loin. On s'embrassa, et chacun continua sa route. ”
“ ORSO, sur le seuil, aux soldats qui sont sur la place. Voici l’heure ! — Tout est prêt ? VOIX, au fond. Tout ! ORSO, au fond, sur le seuil. L’attaque, au dernier son de la cloche de l’Angelus ! (Mouvement de Cordelia. — Orso prend des mains d’Ugone son bouclier et sa hâche, l’Angelus sonne. Il entre en scène, dépose son bouclier et son arme, et se met à genoux sur les marches de la croix, où il prie. — Au fond, sur la place, tous les soldats en vue sont agenouillés dans la direction de l’église. — Musique.) ”
“ Orso !... UGONE. Vois dans nos larmes tout ce que nos mains ne peuvent plus te dire. TOUS. Adieu !... (Ils se retirent par le chœur dont on ferme les grilles. — Tout le monde s’éloigne lentement, sans les quitter du regard. — L’église reste vide. — Les grilles fermées. — Au fond, la grande porte se referme avec un bruit sourd. — Puis le bruit d’une autre porte qui se ferme plus loin, puis une autre porte encore plus loin. — Puis le silence.) Scène VII. ORSO, CORDELIA. (Orso, qui a tressailli à chaque porte qui se ferme, se penche sur Cordelia avec l’espoir de lui cacher ce qui se passe.) ”
“ Scène XII. Les Mêmes, ORSO, CORDELIA. (On déblaie l’entrée et l’armée guelfe s’ébranle et commence à entrer en bon ordre sous la voûte, aux sons des tambours et des fanfares, et aux acclamations de tous ; puis tout à coup Orso paraît sur le balcon, tout éclairé par la lueur de l’incendie qui commence à dévorer le palais. Il tient Cordelia évanouie, et la traîne jusqu’à la rampe de fer où il la montre aux Guelfes en lui serrant le cou, comme pour l’étrangler.) TOUS, avec des cris de joie. Vivat !... — Orso ! — A mort ! à mort ! la Saracini !... MALERBA. Jette-nous-la !... ”
“ VIII. Il y a toujours quelque chose de solennel dans un départ, même quand on se quitte pour peu de temps. Orso devait partir avec sa sœur de très-bon matin, et la veille au soir il avait pris congé de miss Lydia, car il n’espérait pas qu’en sa faveur elle fît exception à ses habitudes de paresse. Leurs adieux avaient été froids et graves. Depuis leur conversation au bord de la mer, miss Lydia craignait d’avoir montré à Orso un intérêt peut-être trop vif, et Orso, de son côté, avait sur le cœur ses railleries et surtout son ton de légèreté. ”
“ Ors’ Anton’, soyez le bienvenu, dit le plus âgé de ces deux hommes. Eh quoi ! vous ne me reconnaissez pas ? — Non, dit Orso le regardant fixement. — C’est drôle comme une barbe et un bonnet pointu vous changent un homme ! Allons, mon lieutenant, regardez bien. Avez-vous donc oublié les anciens de Waterloo ? Vous ne vous souvenez plus de Brando Savelli, qui a déchiré plus d’une cartouche à côté de vous dans ce jour de malheur ? — Quoi ! c’est toi ? dit Orso. ”
“ Le colonel prit donc sa place accoutumée sur le sofa, et miss Nevil, après avoir essayé plusieurs sujets de conversation, désespérant de faire parler la belle Colomba, pria Orso de lui lire un chant du Dante : c’était son poète favori. Orso choisit le chant de l’Enfer où se trouve l’épisode de Francesca da Rimini, et se mit à lire, accentuant de son mieux ces sublimes tercets, qui expriment si bien le danger de lire à deux un livre d’amour. ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Orso, essayez de vous lever et de marcher, je vous aiderai. — Laissez-moi, dit Orso. Dis aux bandits de se sauver..., qu’on me prenne, peu m’importe ; mais emmène miss Lydia : au nom de Dieu, qu’on ne la voie pas ici. — Je ne vous laisserai pas, dit Brandolaccio, qui suivait Colomba. Le sergent des voltigeurs est un filleul de l’avocat ; au lieu de vous arrêter, il vous tuera, et puis il dira qu’il ne l’a pas fait exprès. Orso essaya de se lever, il fit même quelques pas ; mais, s’arrêtant bientôt : Je ne puis marcher, dit-il. Fuyez, vous autres. Adieu, miss Nevil ”
“ ORSO, sans lui répondre, redescendant fou de douleur. Rien !... rien !... que ces voûtes qui résonnent !... Oh !... peuple infâme !... lâches bourreaux qui nous murent là tout vifs ! (On entend au loin, dans la rue, le chant de victoire.) Et ils chantent !... ils chantent ma victoire !... Ah ! cette grille !... je la briserai bien, et de ses débris !... je la démolirai, leur tombe ! (Il s’élance sur la grille de droite et cherche à l’arracher, puis tout à coup pousse un cri de douleur.) Ah !... CORDELIA, se redressant sur ses genoux. Orso !... ORSO, livide, se cramponnant à la grille. Oh ! ”
“ « Mais n’est-il pas horrible que pour sauver cet homme, elle expose son frère à une mort certaine ? » — Certaine... non !... possible seulement ; et, entre le péril probable de Giugurta et la mort assurée d’Orso, faites un choix pour elle, si vous l’osez !... Que l’alternative soit cruelle, — d’accord !... Aussi hésite-t-elle assez ! et Orso est bien près d’être sacrifié... quand Uberta, en entraînant le frère, dicte à la sœur son vrai devoir : — qui est de ne livrer, à aucun prix, la victime sans défense au bourreau sans pitié ! ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Descendus dans l’intérieur du monument, Orso et sa femme tirèrent des crayons et se mirent en devoir d’en dessiner les peintures ; mais le colonel et Colomba, l’un et l’autre assez indifférens pour l’archéologie, les laissèrent seuls et se promenèrent aux environs. — Ma chère Colomba, dit le colonel, nous ne reviendrons jamais à Pise à temps pour notre luncheon. Est-ce que vous n’avez pas faim ? Voilà Orso et sa femme dans les antiquités ; quand ils se mettent à dessiner ensemble, ils n’en finissent pas. ”
“ Orso !... Mort ? UGONE, épongeant le sang. C’est Uberta qui a fait le coup... BUONOCORSO. Je l’ai dit : une sorcière !... Trouvons-la !... (Mouvement vers la salle des morts.) MALERBA. Eh ! nous avons bien le temps ! — À la bataille ! Allons ! SPLENDIANO, sur le seuil. Venez donc, par le diable !... on nous attaque de tous les côtés ! LES SOLDATS. Orso est mort ! SPLENDIANO. Eh bien, il est mort, voilà tout !... En avant !... On nous écrase dans la rue haute ! (Ils s’élancent tous dehors. — Il ne reste en scène que Ugone et Scarlone près d’Orso.) UGONE. Pauvre garçon !... ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Ils suivaient le chemin qui mène à la chapelle des Grecs, d’où l’on a la plus belle vue de la baie ; mais ils n’y faisaient aucune attention. — Miss Lydia... dit Orso après un silence assez long pour être devenu embarrassant ; franchement, que pensez-vous de ma sœur ? — Elle me plaît beaucoup, répondit miss Nevil. Plus que vous, ajouta-t-elle en souriant, car elle est vraiment Corse, et vous êtes un sauvage trop civilisé. — Trop civilisé !... Eh bien ! malgré moi, je me sens redevenir sauvage depuis que j’ai mis le pied dans cette île. Mille affreuses pensées m’agitent, me tourmentent... ”
Léopold Lacour,
Trois théâtres : Émile Augier, Alexandre Dumas fils…
(1880)
“ Orso n'est qu'un bandit; et, si notre critique l'osait, il dirait franchement à Cordelia ce qu'il exprime à l'aide de périphrases : « Vous êtes une impudique. » Ainsi parlait Scudéri à l'endroit de Chimène. M, Sarcey n'est pas Scudéri, et M. Sardou n'est pas Corneille ; mais enfin Orso est une sorte de Cid populaire, un Cid guelfe; et même, si l'on veut bien considérer uniquement la valeur de son entreprise, je soutiens qu'il a sur le Cid espagnol un avantage : celui d'apaiser la guerre civile avant de vaincre l'étranger. ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ De temps en temps, et tout en parlant, il observait Orso avec une curiosité singulière. — C’est sur le continent que vous avez connu M. della Rebbia ? demanda-t-il à miss Lydia. Miss Lydia répondit avec quelque embarras, qu’elle avait fait sa connaissance sur le navire qui les avait amenés en Corse. — C’est un jeune homme très comme il faut, dit le préfet à demi-voix. Et vous a-t-il dit, continua-t-il encore plus bas, dans quelle intention il revient en Corse ? ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Je gage que tu as déjà composé ta ballata, et tu ne veux pas la perdre. — Non, je ne pourrais pas composer cela d’avance, mon frère. Je me mets devant le mort, et je pense à ceux qui restent. Les larmes me viennent aux yeux, et alors je chante ce qui me vient à l’esprit. Tout cela était dit avec une simplicité telle, qu’il était impossible de supposer le moindre amour-propre poétique à la signora Colomba. Orso se laissa fléchir et se rendit avec sa sœur à la maison de Pietri. Le mort était couché sur une table, la figure découverte, dans la plus grande pièce de la maison. ”
Pr. Mérimée, Revue des Deux Mondes
“ Le matin avec l’aube Orso était levé, prêt à partir. Son costume annonçait à la fois la prétention à l’élégance d’un homme qui va se présenter devant une femme à qui il veut plaire, et la prudence d’un Corse en vendette. Par-dessus une redingote bien serrée à la taille, il portait en bandoulière une petite boîte de fer-blanc contenant des cartouches, suspendue à un cordon de soie verte ; son stylet était placé dans une poche de côté, et il tenait à la main le beau fusil de Manton chargé à balles. ”
Sainte-Beuve,
Revue des Deux Mondes
“ Avec Colomba, le génie corse en personne apparaît et ne quitte plus. Au moment où cette belle jeune femme au regard sombre emmène avec elle son frère à cheval, fusil sur l’épaule, et sourit d’une joie maligne, on est comme miss Nevil, et un frisson vous prend : il semble qu’Orso soit ressaisi par la voix fanatique du sang, et qu’il entre sous l’influence barbare. On sent qu’à moins de quelque intervention qui rompe le charme, le voilà enlacé, tôt ou tard perdu ”
“ — Je n'ai besoin de personne, dit Orso, et je te réponds que je ne me laisserai pas couper l'oreille. ”
“ ORSO. Courage donc, mon cœur ! — Et va livrer le plus beau des combats, Orso !... Va combattre la Guerre ! (Il s’élance dehors. — Rumeurs dans la rue : ) À mort ! Giugurta ! CORDELIA, effrayée. Grand Dieu !... Ces cris !... UBERTA, paraissant au fond, effarée. Cordelia !... Ton frère est pris !... (Cordelia pousse un cri terrible et court à la fenêtre. — La toile tombe.) Tableau DEUXIÈME. Les ruines du bâtiment de la vieille Seigneurie. — Colonnes, portiques rompus par l’incendie... — Au fond, large escalier qui monte au milieu des décombres. — Et au loin le Campo et le Campanile. ”
Sainte-Beuve,
Revue des Deux Mondes
“ Nul doute qu’un narrateur vraiment primitif ne l’eût pris de la sorte et ne fût allé au bout, mais, pour nous, lecteurs modernes, qui, après tout, ne sommes pas Corses, qui nous intéressons à Orso et qui tenons fort à ce qu’il ne finisse ni par le maquis ni par les galères, nous sommes heureux de la dextérité du romancier qui nous l’a montré cédant tout autant qu’il faut et s’en tirant toutefois, ne commençant pas le premier, mais, du moment qu’il s’en mêle, faisant coup double. ”
