Édélestand Du Méril

Résumé

Édélestand Du Méril Revue des Deux Mondes

Il était donc urgent de réveiller en des ames tombées dans l’indifférence et le scepticisme la croyance à la religion de la patrie et l’amour de la liberté. L’enseignement de Socrate outrageait incessamment les dieux de l’état et recrutait sous tous les portiques des ennemis à la démocratie ; dans les circonstances où se trouvait alors Athènes, Socrate était un danger public, et le principe de la civilisation grecque déniait au citoyen tout droit contre l’intérêt de l’état.
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De pareils hommes purent se tromper, mais on ne saurait, sans une preuve quelconque, leur attribuer une méchanceté haineuse qui, pour assurer la perte d’un bon citoyen, eût salarié lâchement la plume d’une sorte de bravo littéraire. Comme le censeur qui bannit les rhéteurs de Rome, ils croyaient que les vaines discussions auxquelles se livrait la jeunesse affaiblissaient sa fidélité et son dévouement à la république, et l’histoire des dernières années avait ajouté bien des motifs à ceux qui, dès le temps des Nuées, faisaient naturellement de Socrate le bouc émissaire de tous les sophistes.
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De mauvais citoyens qu’ils étaient, ils passent facilement grands philosophes ; on les décroche du gibet où ils ont expié leur révolte contre les lois de la patrie, et on les déclare martyrs de l’humanité.
Ces réflexions ne s’appliquent pas, tant s’en faut, dans toute leur rigueur à Socrate ; il était, au moins en théorie, d’une moralité relativement fort élevée, et nous nous sentons une respectueuse sympathie pour les hommes honnêtes qui paient de leur vie une croyance, même intempestive, à des idées désintéressées, utiles en définitive à leurs semblables.
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