“ Rien ne prédispose Catherine Morland à devenir une héroïne de roman. Un père pasteur, de fortune modeste, une mère joyeuse et bien portante, neuf frères et sœurs éclatants de santé, la tranquillité de son petit village, son éducation, son propre caractère simple et bon enfant, tout cela s’y oppose plutôt. ”
Catherine Morland
Définition et enjeux
Citations sur “Catherine Morland”
“ L’histoire de Catherine Morland est un tableau minutieux de tous les obstacles mesquins et douloureux que peut rencontrer, hors des fictions romanesques, dans la vie réelle, cette vocation qui sera bientôt démodée. ”
Jane Austen,
L’Abbaye de Northanger
(1817)
“ De toutes les personnes qui ont connu Catherine Morland, dans son enfance, il n’en est pas qui aient dû la croire née pour figurer comme héroïne de roman. Le caractère de son père, celui de sa mère, le sien propre, sa personne, sa position dans la société, tout enfin semblait la destiner à l’obscurité, qui est le partage de la multitude. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Au moment où Catherine Morland va être jetée dans les difficultés et les dangers d’un séjour de six semaines à Bath, et pour le cas où les pages suivantes ne parviendraient pas à documenter suffisamment le lecteur, ajoutons quelques mots à ce qui a déjà été dit sur elle : Son cœur était affectueux ; son caractère, gai et ouvert, sans vanité ni affectation. Ses manières perdaient leur gaucherie effarouchée. Sa personne était avenante et, dans ses bons jours, jolie ; son intelligence à peu près aussi inculte que l’est ordinairement l’intelligence d’une fille de dix-sept ans. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Je le sais, ma chère, mais votre désintéressement n’est pas sans compensation : tous ceux qui vous connaissent bien vous adorent. Et j’ose dire que, quand M. Morland vous verra, ma chère enfant... Mais ne fatiguons pas Catherine de ces choses. M. Morland s’est comporté avec beaucoup de générosité, vous savez. Je l’ai toujours entendu vanter comme un excellent homme, et, vous savez, ma chère, nous n’avons pas à faire de suppositions, mais quoi... si vous aviez eu une fortune suffisante, il aurait donné davantage : je suis bien certaine que c’est un homme vraiment libéral. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Catherine, rougissante, répondit avec force : — Nulle amie plus qu’Éléonore ne peut être digne d’être aimée. — S’il en est ainsi, ma chère, j’ose dire que vous vous retrouverez un jour ou l’autre ; ne soyez pas inquiète. Il y a dix à parier contre un que vous vous rencontrerez d’ici à quelques années. Et alors, quelle joie ce sera ! Mme Morland n’était pas heureuse dans ses tentatives de consolation. Se revoir dans quelques années... Et Catherine songeait que telle chose pourrait advenir entre temps qui lui fît redouter cette rencontre. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Une famille de dix enfants peut toujours être dite une belle famille, quand il y a assez de têtes, de bras et de jambes pour tous ; mais les Morland n’avaient guère d’autre titre à cette épithète, car ils étaient en général fort ordinaires, et Catherine, plusieurs années de sa vie, fut aussi ordinaire qu’aucun d’eux. Elle était maigre et mal équarrie, avait la peau blême, de noirs cheveux plats et de gros traits ; non plus que sa personne, son esprit ne la marquait pour la fonction d’héroïne. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Thorpe, fier d’être l’interlocuteur d’un homme de cette surface, avait été communicatif avec emphase, et, comme alors il s’attendait d’un jour à l’autre à voir Morland demander Isabelle en mariage et qu’il avait, lui, jeté son dévolu sur Catherine, sa vanité le poussa à dire la famille Morland plus riche même que sa vanité déjà et sa cupidité ne s’étaient complu à croire. Sa propre importance exigeait que fût grande l’importance de tous ceux avec qui il frayait, et, à mesure que croissait son intimité avec les gens, croissait aussi leur fortune. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Comment vous portez-vous, madame Allen ? Un fameux bal, hier soir, hein ? Allons, allons, miss Morland, dépêchez-vous : les autres sont furieusement pressés de partir ; ils ont hâte de faire la culbute. — Que voulez-vous dire ? demanda Catherine. Où aller ? — Où aller ? Eh ! vous n’avez pas oublié notre engagement ? N’est-il pas entendu qu’on se promènera ce matin ? Quelle tête vous avez ! Nous allons sur la côte de Claverton. — Il avait été question de cela, je me le rappelle, dit Catherine, regardant vers Mme Allen pour prendre avis, mais vraiment je ne vous attendais pas. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Catherine se dirigea vers le cabriolet, mais pas si rapidement qu’elle n’entendît son amie, qui d’ailleurs avait eu soin de ne pas baisser le ton, dire à James : — Quelle délicieuse fille ! Je raffole absolument d’elle... — Ne vous effrayez pas, miss Morland, dit Thorpe, comme il l’aidait à monter, si mon cheval danse un peu sur place avant de partir. Plus que probablement, il se cabrera une fois ou deux, puis restera stupide ; mais bientôt il sentira son maître. Il est plein de gaîté, folâtre autant qu’on peut l’être, mais vicieux, point. ”
“ Malheureusement, « il n’y a aucun lord dans le voisinage, pas même un baronet, pas de jeune homme d’origine mystérieuse ; aucune famille n’y a recueilli et élevé un bébé abandonné à leur porte, et son père n’a pas de pensionnaire ». Catherine Morland risquerait fort de ne connaître d’autres aventures que celles qui échoient ordinairement à la fille d’un pasteur campagnard, c’est-à-dire un honnête mariage avec un modeste collègue de son père, si des amis fort riches et sans enfants, Mr et Mrs. Allan, ne l’emmenaient avec eux à Bath, la grande ville d’eau à la mode. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Comme je compatis au sort de ceux qui sont à ce bal. Mais il me semble bien, monsieur Morland, que vous languissez d’y être ; ne languissez-vous pas ? Je suis sûre que vous languissez. Je vous en prie, que personne ici ne vous empêche d’y aller. Ma foi, nous saurons nous passer de vous. Mais vous, les hommes, vous vous croyez tant d’importance... Et, à la triste Catherine, elle offrait, par acquit de conscience, ce réconfort : — Ne soyez pas si sombre, ma chère âme : vous me brisez le cœur. C’est affreux, certes ; mais les Tilney n’étaient-ils pas dans leur tort ? ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Soyez plus sérieux. — Miss Morland, personne ne peut avoir de l’intelligence des femmes meilleure opinion que moi. À mon avis, la nature leur a tant donné qu’elles ne trouvent jamais nécessaire d’en employer plus de la moitié. — Il n’y a rien à en tirer de sérieux pour le moment, miss Morland. Mais il ne faut pas prendre ses paroles au pied de la lettre quand il paraît injuste pour les femmes ou désobligeant pour sa sœur. Catherine n’avait à faire nul effort pour croire Henry Tilney impeccable. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Catherine écoutait, ébahie. Elle ne pouvait concilier des propositions si contradictoires : elle n’avait pas grandi dans une atmosphère de bavardages, et ne savait pas à quelles assertions oiseuses et à quels impudents mensonges conduit l’excès de vanité. Sa famille était toute de gens positifs, qui ne cherchaient pas à faire de l’esprit. Tout au plus le père risquait-il un calembour, et la mère, un proverbe. Nul Morland n’avait l’habitude de mentir pour accroître son importance ni d’affirmer d’emblée pour se contredire ensuite. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Vraiment, le général pousse ma patience à bout. Qui eût cru cela d’un homme si imposant ? Je ne crois pas, madame Morland, que vous ayez jamais vu homme mieux élevé. Les appartements qu’il occupait furent loués le lendemain même du jour qu’il les quitta, Catherine. Mais rien d’étonnant à cela : Milsom Street... vous savez !... Comme elles s’en revenaient à la maison, Mme Morland représenta à sa fille le bonheur qu’il y avait à posséder des amis aussi sûrs que M. et Mme Allen, et le peu d’importance qu’on devait accorder aux méchants procédés de vagues amis comme les Tilney. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Les deux premiers jours, Mme Morland avait espéré que Catherine se rassérénerait sans son intervention. Comme, après une troisième nuit, la gaîté de Catherine n’avait pas reparu, que son activité continuait à être inutile, qu’elle ne témoignait pas d’un goût plus vif pour la couture, Mme Morland ne put retenir ce reproche amical : — Ma chère Catherine, je crois que vous êtes en train de devenir trop grande dame. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Vers midi et demi, un violent coup de heurtoir ébranla la maison. Mme Allen courut à la fenêtre. À peine eut-elle le temps de dire à Catherine qu’il y avait à la porte deux voitures découvertes, James Morland et Mlle Thorpe dans l’une, un domestique dans l’autre, — et déjà John Thorpe montait quatre à quatre l’escalier et sa voix retentissait : — Hé ! miss Morland, me voilà ! Est-ce que je vous ai fait attendre longtemps ? Nous n’avons pu venir plus tôt. Un vieux carrossier du diable a mis une éternité à découvrir quelque chose où l’on pût tenir. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ « Catherine prend vraiment belle mine ; elle est presque jolie aujourd’hui », étaient mots qui lui frappaient l’oreille de temps en temps ; et qui étaient les bienvenus ! Paraître presque jolie, pour une fille qui a paru assez vilaine pendant ses quinze années premières, est plus délicieux que tout éloge que puisse jamais recevoir une fille jolie dès le berceau. Mme Morland était une très brave femme, et qui désirait voir ses enfants aussi cultivés que possible ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Ces Tilney, ma parole, veulent tout avaler. Catherine estimait ce reproche étrange et inconvenant tout ensemble. Était-ce là le fait d’une amie ? Isabelle lui apparut mesquine et égoïste, ne prenant garde à rien qu’à sa propre satisfaction. Ces pénibles idées se croisaient dans son esprit ; elle ne disait rien. Isabelle, dans le même temps, se tamponnait les yeux avec son mouchoir ; et Morland, désolé à ce spectacle, avait beau dire : — Non, Catherine, vraiment vous ne pouvez résister davantage. Le sacrifice qu’on vous demande est bien peu de chose ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Telle était Catherine Morland à dix ans. À quinze, les apparences s’étaient améliorées ; elle commençait à se friser les cheveux et rêvait d’aller au bal ; son teint prenait de l’éclat, ses traits s’adoucissaient de rondeurs et de couleurs, ses yeux gagnaient en animation et son personnage en importance ; comme elle avait aimé se salir, elle aimait s’attifer ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Mme Allen était émerveillée de tant de génie. — Ordinairement les hommes s’occupent si peu de ces choses ! dit-elle. M. Allen est bien incapable de distinguer mes robes les unes des autres. Vous devez être à votre sœur d’un grand secours, monsieur. — J’ose croire, madame. — Et, dites-moi, monsieur, que pensez-vous de la robe de miss Morland ? — Très jolie, madame, dit-il en l’examinant gravement ; mais je ne crois pas qu’elle se lave bien ; je crains qu’elle s’éraille. — Comment pouvez-vous, dit Catherine en riant, être si... ? (Elle avait presque dit : bizarre.) ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Je faisais mes études à Oxford, que vous étiez une bonne petite fille qui peinait sur son marquoir. — Pas très bonne, je crains. Mais, dites-moi, vraiment, ne trouvez-vous pas Udolphe le livre le plus joli qui soit ? — Le plus joli ? par quoi vous entendez, je suppose, le plus joliment relié. — Henry, dit Mlle Tilney, vous êtes très impertinent. Miss Morland, il vous traite absolument comme il traite sa sœur. Toujours il me cherche noise pour quelque incorrection de langage, et voilà qu’il prend avec vous la même liberté. Le mot « joli », employé comme vous avez fait, ne le satisfait pas. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Grande fut leur surprise, ardente leur indignation, à apprendre comment elle avait été traitée, encore que le récit de Mme Morland ne fût pas une peinture outrée ni un savant appel à leur colère. — Catherine, avait dit Mme Morland, est rentrée à l’improviste hier soir. Elle a fait toute seule le voyage. Samedi soir seulement elle apprit qu’elle devait partir. Car le général Tilney, on ne sait par quelle étrange lubie, fut tout à coup fatigué de la voir là, et il la congédia pour ainsi dire. Cela avec des façons nullement amicales, je vous assure. Et ce doit être un homme bien singulier. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Catherine semblait grave. — Et maintenant, Henry, dit Mlle Tilney, que vous nous avez expliqué de quoi il s’agissait, vous pourriez aussi rendre votre personnage plus clair à Mlle Morland : sinon vous risquez qu’elle vous trouve intolérablement dur pour votre sœur et d’une grande discourtoisie pour les femmes en général. Mlle Morland n’est pas habituée à vos façons bizarres. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Elle était coupable uniquement d’être moins riche qu’il n’avait cru. S’imaginant voir en elle une riche héritière, il l’avait comblée de ses prévenances à Bath, l’avait invitée à venir à Northanger et avait décrété qu’elle serait sa bru. Quand il découvrit qu’il s’était mépris, la congédier lui parut la meilleure marque, encore qu’insuffisante, de son ressentiment contre elle et de son mépris pour les Morland. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Ce fut la dernière sentence dont il put fatiguer Catherine, car un irrésistible flot de jupes l’emporta. M. Tilney se rapprocha. — Ce monsieur, lui dit-il, aurait lassé ma patience s’il était resté avec vous une demi-minute de plus. Nous avons fait un contrat d’amabilité réciproque pour un soir, et l’amabilité de chacun de nous appartient à l’autre tout ce temps-là. Personne ne peut forcer l’attention de l’un sans attenter aux droits de l’autre. Je considère la contredanse comme l’emblème du mariage. Là et là, miss Morland, la fidélité et l’affection sont les devoirs principaux ”
“ Toute évidence échouait contre son scepticisme, quand enfin Morland tira sa montre et promulgua l’heure. Dès lors, le moindre doute eût été également inconcevable, incroyable et impossible ; mais elle admira encore et encore que deux heures et demie eussent passé si vite. Catherine fut prise à témoin. Catherine ne pouvait mentir, même pour plaire à Isabelle. Au surplus celle-ci échappa à la misère d’entendre la voix dissidente de son amie : elle n’attendit point sa réponse. Ses propres sentiments l’absorbaient toute. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ Non pas que James m’en ait parlé, mais je suis sûre qu’il est bien triste, de tout cela. — Êtes-vous sûre que la faute en soit à mon frère ? — Oui, très sûre. — Est-ce les attentions de mon frère ou la façon dont Mlle Thorpe les accueille qui causent ce chagrin ? — N’est-ce pas la même chose ? — Je pense que M. Morland distinguerait. Un homme ne s’offense pas des attentions d’un autre homme pour la femme qu’il aime. C’est la femme qui peut faire de ces attentions une cause de tourment. Catherine rougit pour son amie. — Isabelle a tort. ”
Jane Austen,
L’Abbaye de Northanger
“ Ma chère Catherine, dit Isabelle, vous me serez plus chère encore que ne me l’est Maria et que personne au monde. Je sens que je serai plus attachée à ma nouvelle famille qu’à la mienne propre... C’est un lien de plus pour notre amitié... Vous ressemblez tellement à votre frère que vous m’avez captivée dès l’instant que je vous ai vue. Voilà ce qui m’arrive toujours : le premier moment est celui qui me détermine en toutes choses. Le premier jour que Morland est venu chez ma mère, aux dernières fêtes de Noël, dès que je l’ai vu, mon cœur s’est donné irrévocablement à lui. ”
Catherine MorlandNorthanger Abbey, La Revue blanche
“ En conséquence, l’argent prêté par Éléonore fut inséré dans un billet où se formulaient, sans plus, quelques remercîments pleins de gratitude et les mille bons souhaits d’un cœur affectueux. — Singulière amitié, vite conclue, vite rompue, observa Mme Morland, quand Catherine eut fini d’écrire. Je regrette cette fin, car M. Allen disait les jeunes gens fort gentils. Et vous n’avez pas eu plus de chance avec votre Isabelle. Pauvre James !... Il faut vivre et apprendre. J’espère que la prochaine fois vous aurez des amis plus dignes d’être aimés. ”
