“ Thérèse avait repris son visage muet et rechigné. Elle était plus immobile, plus impénétrable, plus paisible que jamais. Il semblait que Laurent n’existât pas pour elle ; elle le regardait à peine, lui adressait de rares paroles, le traitait avec une indifférence parfaite. Madame Raquin, dont la bonté souffrait de cette attitude, disait parfois au jeune homme : « Ne faites pas attention à la froideur de ma nièce. Je la connais ; son visage paraît froid, mais son cœur est chaud de toutes les tendresses et de tous les dévouements. » ”
Thérèse Raquin
Définition et enjeux
Thérèse Raquin, roman d'Émile Zola publié en 1867, incarne les fondements du naturalisme en littérature. À travers l'histoire criminelle et psychologique de Thérèse et Laurent, Zola explore les forces biologiques et les tempéraments humains, réduisant les personnages à des "animaux humains" soumis à leurs pulsions.
L'auteur, dans sa préface, souligne sa volonté d'analyser les "mécanismes de la vie" avec une objectivité scientifique, illustrée par des descriptions détaillées des souffrances physiques et mentales. Le roman, marqué par la culpabilité et la dégradation morale, reste un exemple majeur de la manière dont le naturalisme dévoile les contradictions de l'âme humaine.
Citations sur “Thérèse Raquin”
“ Alors Thérèse se taisait, frémissante, comme orgueilleuse et vengée. Elle tenait Laurent ivre sur sa poitrine, et, dans la chambre nue et glaciale, se passaient des scènes de passion ardentes, d’une brutalité sinistre. Chaque nouveau rendez-vous amenait des crises plus fougueuses. La jeune femme semblait se plaire à l’audace et à l’impudence. Elle n’avait pas une hésitation, pas une peur. Elle se jetait dans l’adultère avec une sorte de franchise énergique, bravant le péril, mettant une sorte de vanité à le braver. ”
“ Le soir, Thérèse, apaisée et silencieuse, cousait auprès de sa tante ; son visage semblait sommeiller dans la lueur qui glissait mollement de l’abat-jour de la lampe. Camille, affaissé au fond d’un fauteuil, songeait à ses additions. Une parole, dite à voix basse, troublait seule par moments la paix de cet intérieur endormi. Madame Raquin regardait ses enfants avec une bonté sereine. Elle avait résolu de les marier ensemble. Elle traitait toujours son fils en moribond ; elle tremblait lorsqu’elle venait à songer qu’elle mourrait un jour et qu’elle le laisserait seul et souffrant. ”
