“ Mireille allait avoir trois ans. C’était une adorable enfant avec ses yeux noirs et ses cheveux d’or bruni. Elle chantait et riait tout le jour, ainsi qu’un doux oiseau qui s’est enfin échappé du nid. — Comme elle te ressemble, Roger ! s’écriait parfois Marie, lorsque le père venait vers elle, sa fille entre les bras. — Elle a aussi quelque chose de toi, lui disait-il, la bouche si fraîche et si rieuse. — Peut-être. Mais comme la ressemblance existe surtout dans les yeux, c’est toi qu’elle rappelle ; n’est-ce pas, maman ? ”
Éva Jouan
Élements biographiques
Éva Jouan, poétesse et botaniste née en 1857 à Belle-Île-en-Mer, incarne une alliance unique entre la nature et l’âme humaine. Son œuvre, marquée par une sensibilité lyrique et une profonde réflexion existentielle, aborde les thèmes de l’amour, de la maternité et de la vulnérabilité humaine, comme en témoignent L’Abandonnée ou De la Grève.
En parallèle, ses apports botaniques, notamment à l’Essai de géographie botanique de Gadeceau, révèlent une passion pour la science. Son héritage, ancré dans le paysage breton, persiste à travers ses écrits et les hommages locaux.
Citations de Éva Jouan
“ La baraque de Marcello fut démontée et placée sur la roulotte. — Où nous dirigerons-nous ? lui avait demandé sa femme. — Vers l’Allemagne, avait-il répondu laconiquement. Les deux enfants s’entendaient à merveille. La folle gaieté de Zénia amusait la petite Bianca. Elle avait eu si peu l’occasion de rire, la pauvrette, malgré les rôles forcés où un sourire de commande détendait ses lèvres pâlies, qu’elle s’épanouissait dans cette atmosphère plus clémente, comme un frêle boulon de rose qui, torturé d’abord par un vent violent, s’entr’ouvre enfin sous le soleil et le calme revenus. ”
“ Cette enfant vous doit beaucoup, Mesdemoiselles. — Elle en est bien reconnaissante, dit Yvonne. Le soir, dans ses prières, quelles actions de grâce elle adresse au ciel en nommant sa mère et sa tante ! — Elle est remplie de cœur ! s’exclama Paule. Elle n’oublie pas davantage celle qui l’a relevée sur la route où l’avait jetée la méchanceté la plus noire. Si je pouvais savoir qui a commis cette action indigne !... — Mireille n’a jamais parlé ? demanda Mlle Rindon. — Non, jamais, et je ne l’interroge plus ; elle semblait souffrir de cette insistance. L’enfant est heureuse, c’est l’essentiel. ”
