Alexeï Apoukhtine

Alexeï Apoukhtine

Résumé

Portrait de Alexeï Apoukhtine Alexeï Apoukhtine La Vie ambiguë

Aujourd’hui, Féodor Féodorovitch est entré chez moi en me demandant :
— Eh bien, et la pulsatille vous a-t-elle réussi ?
— Qui vous a dit... ?
— Maria Pétrovna naturellement.
Pour moi, ce n’est qu’en logique que l’esprit donne sa mesure. Or, de ce point de vue je ne puis pas dire que je sois un sage. Souvent je n’ai pas fait ce que j’avais résolu, et néanmoins je puis jurer n’avoir jamais menti avec préméditation. Dans mon enfance, ma vieille tante Avdotia Markovna me grondait un jour pour une espièglerie : « Toi tu es sage, me dit-elle, mais ta tête ne l’est pas. »
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Ces jours-ci, Lydia m’a écrit : « Quand même j’insisterai et, après mon mariage, je ferai tout pour que Maria Pétrovna vous épouse. » Elle le fera peut-être, mais que m’importe ? Si chaque homme éprouvait une fois dans sa vie ce que j’ai éprouvé, c’est-à-dire s’il avait senti nettement un de ses pieds dans la tombe, la haine cesserait entre les hommes. La vie humaine est enfermée dans un cadre si étroit d’ignorance et de faiblesse, elle est si accidentelle, si incertaine, si courte, qu’il est absurde à l’homme de l’empoisonner encore par de stupides querelles.
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Savez-vous, Maria Pétrovna, que vous m’étonnez : vous aimez beaucoup votre nièce, et cependant avec ces troïkas tous les jours, ces soirées, ces baraques, vous ne la voyez presque jamais.
— Il est vrai que je la vois peu ; mais que voulez-vous, Paul... il faut que jeunesse se passe.
— Oui, jeunesse, jeunesse, tant qu’on voudra ; mais il y a limite à tout, et il me semble que la manière de vivre de Lydia Lvovna ne laisse guère à l’esprit et au cœur le temps de se développer, et peut-être n’est-il pas très convenable...
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