Résumé

Portrait de Charles Baudelaire Charles Baudelaire Fleurs du mal. 27 compositions par Georges Rochegrosse… (1910)

Ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ; Tu répands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres?
Le Démon charmé suit tes jupons comme un chien ; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques, De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant, Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques, Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
Source : Gallica

Portrait de Charles Baudelaire Charles Baudelaire Fleurs du mal. 27 compositions par Georges Rochegrosse… (1910)

Que diras-ta ce soir, pauvre âme solitaire, Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri, A la très belle, à la très bonne, à la très chère, Dont le regard divin t'a soudain refleuri ?
— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges.
Rien ne vaut la douceur de son autorité ; Sa chair spirituelle a le parfum des Anges, Et son œil nous revêt d'un habit de clarté.
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude, Que ce soit dans la rue et dans la multitude, Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau.
Source : Gallica

Portrait de Charles Baudelaire Charles Baudelaire Fleurs du mal. 27 compositions par Georges Rochegrosse… (1910)

Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile, Qui voulut le premier, dans sa stupidité, S'éprenant d'un problème insoluble et stérile Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté 1
Celui qui veut unir dans un accord mystique L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour, Ne chauffera jamais son corps paralytique A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour !
Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide ; Cours offrir un cœur vierge à ses cruels baisers; Et, pleine de remords et d'horreur, et livide, Tu me rapporteras tes seins stigmatisés.
Source : Gallica

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