Donatien Alphonse François de Sade

Donatien Alphonse François de Sade

Résumé

Portrait de Donatien Alphonse François de Sade Donatien Alphonse François de Sade La Marquise de Gange (1813)

Aime-moi donc, cher époux, aime ton Euphrasie comme elle t’adore ; que tous tes instants soient à elle comme tous ses vœux sont à toi ; n’ayons à nous deux que la même âme : ton amour, nourri par le mien, en empruntera toute la force, et tu ne pourras plus t’empêcher d’aimer Euphrasie, comme Euphrasie aimera son Alphonse.
— Oh ! ma tendre et délicieuse amie, répondait le marquis de Gange, que de délicatesse dans tout ce que tu dis ! Comment n’adorerais-je pas celle qui pense ainsi ? Oh ! oui, n’ayons qu’une âme, elle nous suffira pour exister, puisque nous ne le pouvons que l’un par l’autre.
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Portrait de Donatien Alphonse François de Sade Donatien Alphonse François de Sade La Marquise de Gange (1813)

Cet ange n’est plus pour toi que celui des ténèbres, qui prépare les tourments de l’homme ; mais je ne serai jamais le tien, cher Alphonse ; oh ! non, jamais... Tout infidèle que tu es, tu t’affligerais de me voir t’imiter, et l’apparence même que je me donnerais de cette infidélité ferait, en troublant ta vie, tout le désespoir de la mienne... Je t’aimerai dans les bras de ma rivale... J’aimerai peut-être jusqu’à cette rivale même, comme environnée de ton amour, je l’aimerai, parce qu’elle fera ton bonheur... Ah ! que de torts j’aurais, si je ne préférais ici que le mien !
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Portrait de Donatien Alphonse François de Sade Donatien Alphonse François de Sade La Marquise de Gange (1813)

La marquise était offensée, sans doute, elle l’était cruellement par l’homme qui osait l’implorer ; mais, dans une âme comme la sienne, le ressentiment se brise où le malheur se fait entendre.
— Mon ami, dit-elle à Deschamps, vous m’avez fait tout le mal que vous pouviez me faire ; mais ce que vous m’offrez m’en fait encore davantage. Vous n’avez qu’essayé le malheur sur moi... Je le vois tout entier sur vous : je vous pardonne. Je n’ai que trente louis dans cette bourse... les voilà. Soulagez votre famille ; redevenez sage ; c’est à l’école de l’infortune que l’homme apprend à l’être.
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