“ Tu m’appelles ingrat. Ce nom m’apprend mon injustice et mon bonheur. Ah ! Laure ! cesse de plaindre ton amant, cet instant acquitte le sort envers lui, tu l’aimes, il a senti ton cœur battre contre le sien : la raison, le devoir se réunissent pour l’arracher de tes bras... Toi seule te donnes à lui ; et s’il te perd, c’est pour t’aimer trop tendrement !... Oh ! moment d’ivresse et de douleur ! pourquoi n’ai-je pas succombé à tant de félicité ?... Tu ignorerais encore le fatal secret qui nous sépare ; et je serais descendu dans la tombe en emportant tes regrets et ton amour ! ”
Sophie Gay
Résumé
Laure d’Estell, premier roman de Sophie Gay, publié anonymement en 1802, est un roman épistolaire dramatique qui aborde les thèmes de l’amour, du remords et du désespoir. L’œuvre suit Laure, veuve de Henri, qui découvre les secrets troublants de son ancien amant, Sir James, et les conséquences tragiques de ses décisions.
À travers les relations complexes entre les personnages, notamment Frédéric et Caroline, l’auteur soulève des questions sociales et morales de l’époque. Ce roman, présenté comme un roman à clé, révèle des liens avec Mme de Genlis et s’inscrit dans un contexte historique marqué par l’émigration et les tensions politiques. Son anonymat et sa structure épistolaire en font une œuvre à la fois intime et provocatrice.
Citations de Laure d’Estell (Sophie Gay)
“ Je suis au désespoir... mon enfant ne me reconnaît plus !... Juliette ! il va mourir !... tout est fini pour moi ! XXXV Emma semble plus calme, mais grand Dieu ! que ce calme est effrayant ! Pendant qu’une de mes mains trace ces mots, l’autre appuyée sur son cœur ne perd pas un de ses battements !... ma vie s’éteint à mesure qu’ils se ralentissent !... Les médecins ne me rassurent plus... Lucie pleure... je suis loin de toi... James est parti cette nuit... tout m’abandonne, Ô ciel ! prends pitié de moi en m’arrachant la vie ! XXXVI Mon cœur s’ouvre à l’espérance... ”
“ Mais ce que tu m’inspiras, détruisit bientôt mon erreur, et je ne vis plus que toi dans la nature, ton sourire fit mon bonheur, et tes peines mon supplice. Les remords, la jalousie, en déchirant mon âme n’ont fait qu’augmenter mon amour. J’ignorais le tien, et j’ai voulu te fuir. Mais quelle puissance au monde pourrait en ce moment m’arracher de tes bras ?... Répète-moi, ô ma divine amie, que le même sentiment remplit ton cœur !... que je suis tout pour toi, et que tu m’appartiens... Il faut qu’à force de bonheur, tu me fasses oublier mon crime et mes tourments. ”
