Résumé

Portrait de Gustave Planche Gustave Planche Le Roman français en 1857

Aujourd’hui l’anarchie règne dans le roman comme au théâtre. L’unique loi est d’étonner, de divertir à tout prix, et le développement d’une pensée incarnée dans un récit n’éveille chez les romanciers applaudis qu’un dédain railleur. Pour que cette forme littéraire reprenne le rang qui lui appartient, il faut absolument renoncer aux habitudes que je viens de signaler. Tant que l’émotion sera sacrifiée à l’étonnement, tant que les aventures usurperont la place de la passion, il ne faut pas espérer pour le roman de régénération sérieuse.
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Portrait de Gustave Planche Gustave Planche Le Roman français en 1857

Or la peinture des joies et des souffrances de la passion satisfait à cette condition impérative, tandis qu’un livre où se déroulent des aventures sans nombre et sans fin ne laisse dans l’âme du lecteur qu’une impression stérile. Si les désœuvrés n’y prennent garde, s’ils continuent d’encourager sans relâche le roman d’aventures, ils se trouveront un jour pris au dépourvu, et resteront face à face avec l’ennui, qui les épouvante. La peinture de la passion est une source inépuisable d’émotions, tandis que les romans d’aventures ne sauraient se renouveler à l’infini.
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Portrait de Gustave Planche Gustave Planche Le Roman français en 1857

On a l’air de croire que le succès des œuvres dramatiques est une question de mode, et n’a rien à démêler avec le développement de la pensée humaine. Les écrivains voués à la discussion accueillent sans étonnement et sans dépit ces paroles, qui affirment la vérité en la déguisant ; ils savent que si la mode joue quelquefois un rôle dans le changement des formes littéraires, ce rôle n’est jamais de longue durée. Si le théâtre moderne de la France a fait son temps, ce n’est pas que le public soit avide de nouveauté, c’est que le théâtre moderne n’a pas tenu ses promesses.
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