Le Cte Alfred de Vigny

Résumé

Le Cte Alfred de Vigny Revue des Deux Mondes

LA ROSETTE. Jamais sans la permission de madame la duchesse.
LA DUCHESSE. S’il n’avait pas dû être plus marié que M. le duc, j’aurais bien pu la lui donner... Hélas ! dans quel temps vivons-nous ? — Comprends-tu bien qu’un homme soit mon mari, et ne vienne pas chez moi ? m’expliquerais-tu bien ce que c’est précisément qu’un maître inconnu qu’il me faut respecter, craindre et aimer comme Dieu, sans le voir, qui ne se soucie de moi nullement, et qu’il faut que j’honore ; dont il faut que je me cache, et qui ne daigne pas m’épier
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LA DUCHESSE. Pauvre ami ! — S’il se met en colère, tu crieras au feu ! Au bout du compte, je ne le connais pas, moi, mon mari !
ROSETTE. Certainement ! madame ne l’a jamais vu qu’une fois.
LA DUCHESSE. Oh ! mon Dieu ! ayez pitié de moi !
ROSETTE. On revient, madame.
LA DUCHESSE. Allons, du courage ! — Mademoiselle, dites que je suis visible.
ROSETTE. Madame la duchesse est visible.
LA DUCHESSE (à genoux, se signant) . Mon Dieu ! ayez pitié de moi !
(Elle se couche à demi sur le sopha.)
Scène XII.
UN LAQUAIS, LE DUC, LA DUCHESSE.
UN LAQUAIS, ouvrant les deux battans de la porte.
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LA DUCHESSE. Et pourtant tout le monde sait qui elle aime.
TRONCHIN. Tout le monde le sait et personne ne le dit.
LA DUCHESSE. Et tout d’un coup on eût changé à ce point ?
TRONCHIN. Madame, quand une jeune femme a une faiblesse publique, tout le monde a son pardon dans le cœur et sa condamnation sur les lèvres.
LA DUCHESSE (vite) . Et les lèvres nous jugent.
TRONCHIN. Ce n’est pas la faute qui est punie, c’est le bruit qu’elle fait.
LA DUCHESSE. Et les fautes, docteur, peuvent-elles être toujours sans bruit ?
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