Louis Arnould

Résumé

Louis Arnould Revue des Deux Mondes

D’ÉMIGRATION FRANÇAISE De tous les problèmes qui se posent en ce moment à la politique canadienne, le plus épineux est celui de l’émigration. Cet immense pays, presque aussi grand que l’Europe et peuplé seulement de cinq millions d’habitans (une Europe où il n’y aurait en tout et pour tout que la population de deux villes de Paris) a fait signe à grands gestes, de tous côtés, à l’Est comme à l’Ouest, aux foules d’émigrans, pour remplir ses solitudes, évidemment appelées à la plus brillante prospérité agricole et industrielle.
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Louis Arnould Revue des Deux Mondes

La colonisation ne peut guère se faire dans ces immensités perdues qu’autour de leurs stations. Les colons ont besoin d’elles et elles ont encore plus besoin des colons : aussi transporte-t-on le plus de foules possible et le plus loin possible, le plus à l’Ouest qu’il se peut. Tous ces émigrans d’aujourd’hui sont les voyageurs de demain, et, ce qui n’est pas moins précieux, les pourvoyeurs de marchandises, de blé, de lait, de pommes, de bestiaux, pour tous les convois qu’il faudra acheminer sur les marchés de Winnipeg, de Chicago ou de Montréal.
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Il a été observé d’ailleurs avec raison que l’âge héroïque de l’émigration européenne, ou plutôt de la bonne émigration européenne est passé, du moins pour le moment, et ce sont les États-Unis qui ont eu l’heureuse chance et l’habileté d’en profiter. Leur pays s’est fait beaucoup avec les Scandinaves, avec les Irlandais, qui sont aujourd’hui si puissans à New-York, avec les Allemands, avec les Italiens du Nord. La situation politique des nations européennes a profondément modifié la qualité de l’émigration : elle en a reporté les foyers, du Nord et du Centre de l’Europe, au Sud et à l’Est.
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