Résumé

Portrait de Paul Bourget Paul Bourget Revue des Deux Mondes

Aimer, ce n’est pas recevoir, c’est donner. Ce n’est pas chercher l’émotion, c’est la créer. C’est se dévouer à un autre être pour toujours. Il vit, on l’aime. Il meurt, on l’aime. Il ne nous quitte jamais, pas plus que Dieu ne quitte son fidèle. Si cet être vous aime, c’est le paradis. C’est le paradis encore, même s’il ne vous aime pas, même s’il en aime un autre. Car ce paradis, nous l’avons, nous le portons en nous, et c’est l’amour. Cet amour, vous l’avez inspiré, vous l’inspirez encore. C’est ainsi qu’Éveline vous aime, c’est ainsi que l’autre vous a aimé.
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Antoinette libre, — libre de refaire sa vie, — libre d’aimer et d’épouser qui elle aimerait ! Comment l’amoureux, qui se savait toléré parce que son amie n’aimait personne d’amour, n’eût-il pas été bouleversé d’inquiétude à cette idée ? Comment n’eût-il pas redouté, en se le reprochant, cette possibilité pour la jeune femme d’un second mariage, et suivant son cœur ? Quelle crise de jalousie à vide il avait subie, et à travers quels remords ! Quand il se dirigeait vers l’hôtel de la rue de Lisbonne, dans ces temps-là, et qu’il voyait les fenêtres du salon, il lui fallait s’arrêter un moment.
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Ce n’est plus le goût de la vie qui m’en sépare, c’est toujours l’idée de la peine que je causerai. Cette idée s’usera aussi. L’acuité de la sensation que j’en avais s’est déjà émoussée. Je suis malade d’âme, si malade, que tout s’efface, s’abolit dans ma conscience, même cela. Après avoir cru aimer Antoinette et Éveline d’un même amour, après les avoir aimées toutes deux, il me semble parfois que ces deux femmes se sont détruites l’une l’autre dans mon cœur, et que je ne peux plus rien sentir ni par l’une ni par l’autre.
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