“ Prompt comme la foudre, souple et agile comme un tigre, cédant à l’emportement de son amour et à l’ardeur farouche excitée en lui par les rugissements de la panthère, Djalma fut d’un bond sur le théâtre, tira son poignard et se précipita dans la caverne pour y saisir le bouquet d’Adrienne. ”
Citations sur “Djalma”
“ Elle attend Agricol Baudoin, son amant... traversèrent le cerveau et le cœur de Djalma, aiguës, brûlantes comme un trait de feu... Un nuage de sang passa devant sa vue ; il poussa un rugissement sourd, que l’épaisseur de la glace empêcha de parvenir jusqu’à la pièce voisine, et le malheureux se brisa les ongles en voulant arracher le treillis de fer de l’œil-de-bœuf... Arrivé à ce paroxysme de rage délirante, Djalma vit la lumière, déjà si indécise, qui éclairait l’autre chambre, s’affaiblir encore, comme si on l’eût discrètement ménagée ”
“ Alors, dépêchez, entendez-vous, prince Charmant ?... ajouta-t-elle en regardant tendrement Djalma. — Mon cœur se brise, dit Djalma d’une voix sourde à Faringhea, en employant toujours la langue hindoue. — Et demain il bondira de joie et d’amour, reprit le métis. Ce n’est qu’à force de mépris qu’on réduit une femme fière. ”
“ Un rapide éclair illumina de sa lueur flamboyante la voûte ombreuse qui abritait l’ajoupa ; craignant qu’au premier coup de tonnerre le jeune Indien ne s’éveillât brusquement, l’étrangleur se hâta d’accomplir son projet. Djalma, couché sur le dos, avait la tête penchée sur son épaule droite et son bras gauche étendu ; l’étrangleur, blotti à sa gauche, cessa peu à peu de l’éventer ; puis il parvint à relever, avec une incroyable dextérité, jusqu’à la saignée, la large et longue manche de mousseline blanche qui cachait le bras gauche de Djalma. ”
“ Mais, par un contraste qui succède à tous les désirs humains, Djalma se sentit bientôt atteint d’un ressentiment de mélancolie indéfinissable et douce ; il porta la main à ses yeux humides et voilés, laissant tomber ses rênes sur le cou de sa docile monture. ”
“ Djalma, l’œil sanglant, le front terrible, le poignard levé, se fût précipité sur le métis, que celui-ci eût été moins surpris, peut-être moins effrayé qu’en entendant Djalma lui parler de sa trahison avec cet accent de doux reproche. Faringhea recula vivement d’un pas, comme s’il eût cherché à se mettre en défense. Djalma reprit avec la même mansuétude : — Ne crains rien ;... hier, je t’aurais tué... je te l’assure ;... mais aujourd’hui, l’amour heureux me rend équitable et clément ; j’ai pour toi de la pitié sans fiel ; je te plains, tu dois avoir été bien malheureux... ”
“ Au plus cruel désappointement de sa tante, Adrienne, qui paraissait de plus en plus rassérénée, allait répondre à la princesse, lorsque la porte du salon s’ouvrit et, sans qu’il eût été annoncé, le prince Djalma entra. Une folle et orgueilleuse tendresse resplendit sur le front radieux d’Adrienne à la vue du prince, et il est impossible de rendre le regard de bonheur triomphant et dédaigneux qu’elle jeta sur madame de Saint-Dizier. Jamais non plus Djalma n’avait été plus idéalement beau ; jamais bonheur plus ineffable n’avait rayonné sur un visage humain. ”
“ Djalma, toujours plongé dans les ténèbres, reconnaissant trop tard dans quel piège il était tombé, tressaillit de rage et presque d’effroi. — Faringhea... s’écria-t-il, où suis-je ?... où es-tu ? sur ta vie, ouvre-moi, je veux sortir à l’instant... Et Djalma, étendant les mains en avant, fit précipitamment quelques pas, atteignit un mur tapissé d’étoffe et le suivit à tâtons, espérant trouver une porte ; il en trouva une en effet : elle était fermée ;... en vain il ébranla la serrure ; elle résista à tous ses efforts ”
“ Je ne vous parle pas de son esprit, de son audace; vous ne les connaissez que trop. Aussi rien ne peut nous être aussi dangereux que cette créature, patricienne par le sang, peuple par le coeur, poète par l'imagination. C'est enfin ce prince Djalma, chevaleresque, hardi, prêt à tout, parce qu'il ne sait rien de la vie civilisée, implacable dans sa haine comme dans son affection, instrument terrible pour qui saura s'en servir... ”
“ Tour à tour en proie à une agitation brûlante ou à une sorte d'engourdissement dans lequel il tâchait de se plonger pour échapper aux pensées qui lui causaient de si enivrantes tortures, Djalma était étendu sur un divan, son visage caché dans ses mains, comme s'il eût voulu échapper à une trop séduisante vision. ”
“ Il portait ce jour-là une robe de cachemire pourpre rayée d’argent, de sorte que l’on n’apercevait pas plusieurs taches de sang qui avaient jailli sur l’étoffe lorsqu’il avait frappé la jeune fille aux cheveux d’or et Agricol Baudoin. Djalma ferma la porte sur lui, et jeta au loin son turban blanc, car il lui semblait qu’un cercle de fer brûlant étreignait son front ; ses cheveux d’un noir bleu encadraient son pâle et beau visage ; croisant ses bras sur sa poitrine, il regarda autour de lui... ”
“ Oui, oui, qu’un cri de rage s’échappe entre deux caresses, qu’elles retombent enfin brisées, palpitantes de plaisir, d’amour et de frayeur... et vous ne serez plus pour elles un homme... mais un dieu... — Tu crois ?... s’écria Djalma emporté malgré lui par la sauvage éloquence de l’Étrangleur. — Vous savez... vous sentez que je dis vrai ! s’écria celui-ci en étendant le bras vers le jeune Indien. — Eh bien ! oui, s’écria Djalma, le regard étincelant, les narines gonflées, en parcourant le salon pour ainsi dire par soubresauts et par bonds sauvages. ”
“ À ce souvenir cruel les traits de Djalma s'assombrirent; il tressaillit, un sourire amer contracta ses lèvres.Le Phansegar continua:— Ton père était juste, brave... aimé de ses sujets... on l'appelait le Père du Généreux, et il était bien nommé... Laisseras-tu sa mort sans vengeance? La haine qui te ronge le coeur sera-t-elle stérile? ”
“ Baisser la tête, se jeter à genoux, et en même temps lui plonger à deux reprises son poignard dans le ventre avec la rapidité de l’éclair, ce fut ainsi que Djalma échappa à une mort certaine ; la panthère rugit en retombant de tout son poids sur le prince ;... pendant une seconde que dura sa terrible agonie, on ne vit qu’une masse confuse et convulsive de membres noirs, de vêtement blancs ensanglantés ;... puis enfin Djalma se releva pâle, sanglant, blessé ; alors debout, l’œil étincelant d’un orgueil sauvage, le pied sur le cadavre de la panthère... ”
“ Un bonnet incarnat assez semblable à la coiffure grecque, posé sur les cheveux noirs de Djalma, fait encore ressortir la nuance dorée de son teint ; son cou est nu ; il est vêtu de sa robe de mousseline blanche à larges manches, serrée à la taille par une ceinture écarlate ; un caleçon très-ample, en tissu blanc, laisse voir la moitié de ses jambes nues, fauves et polies ; leur galbe, d’une pureté angélique, se dessine sur les flancs noirs de sa cavale, que Djalma presse légèrement de son mollet nerveux ; il n’a pas d’étriers ”
“ Il porte au cou une petite médaille, pareille à celle que portent les deux sœurs. Cet Indien est Djalma. Ses traits sont à la fois d’une grande noblesse et d’une beauté charmante ; ses cheveux, d’un noir bleu, séparés sur son front, tombent souples, mais non bouclés, sur ses épaules ; ses sourcils, hardiment et finement dessinés, sont d’un noir aussi foncé que ses longs cils dont l’ombre se projette sur ses joues imberbes ; ses lèvres d’un rouge vif, légèrement entr’ouvertes, exhalent un souffle oppressé ; son sommeil est lourd, pénible, car la chaleur devient de plus en plus suffocante. ”
“ Ces doutes navrants, cette curiosité cruelle, alimentaient encore le funeste amour d’Adrienne, et l’on doit comprendre son incurable désespoir en reconnaissant que l’indifférence, que les mépris mêmes de Djalma, ne pouvaient tuer cet amour plus brûlant, plus passionné que jamais ; tantôt se rejetant dans des idées de fatalité de cœur, elle se disait qu’elle devait éprouver cet amour, que Djalma le méritait, et qu’un jour, ce qu’il y avait d’incompréhensible dans la conduite du prince s’expliquerait à son avantage à lui ”
“ Au souvenir de ses ennemis, à la pensée de les fuir, Djalma frissonna de tout son corps, ses traits devinrent tout à coup d’une pâleur livide ; ses yeux, démesurément ouverts, et dont la prunelle se cercla ainsi de blanc, étincelèrent d’un feu sombre ; jamais le mépris, la haine, la soif de la vengeance n’éclatèrent plus terribles sur une face humaine... ”
“ Pendant le trajet de la rue de Clichy à la rue de Richelieu où demeurait la Sainte-Colombe, Faringhea parut plongé dans un accablement douloureux ; tout à coup il dit à Djalma d’une voix sourde et brève : — Monseigneur... si je suis trahi... il me faut une vengeance pourtant. — Le mépris est une terrible vengeance, répondit Djalma. — Non, non, reprit le métis avec un accent de rage contenue ; non, ce n’est pas assez ;... plus le moment approche, plus je vois qu’il faut du sang. ”
“ Djalma comprit qu’il n’était le jouet d’aucun rêve, et que mademoiselle de Cardoville était devant ses yeux... Alors et à mesure qu’il se pénétrait pour ainsi dire de cette pensée, qu’Adrienne n’était pas morte, et quoiqu’il ne pût s’expliquer le prodige de cette résurrection, la physionomie de l’Indien se transfigura, l’or pâli de son teint redevint chaud et vermeil ; ses yeux, ternis par les larmes du remords, s’illuminèrent d’un vif rayonnement ”
“ En prononçant ces mots, Djalma était superbe d'impétueuse sensualité; c'était chose belle et rare, l'homme arrivé pur et contenu jusqu'à l'âge où doivent se développer dans toute leur toute-puissante énergie les admirables instincts qui, comprimés, faussés ou pervertis, peuvent altérer la raison ou s'égarer en débordements effrénés, en crimes effroyables, mais qui, dirigés vers une grande et noble passion, peuvent et doivent, par leur violence même, élever l'homme, par le dévouement et par la tendresse, jusqu'aux limites de l'idéal. ”
“ Quand un ennemi est digne de moi... je le combats ;... quand il en est indigne, je le méprise... Ainsi je ne hais ni les braves... ni les lâches. — Trahison !... s’écria tout à coup le nègre en indiquant la porte d’un geste rapide, car Djalma et l’Indien s’en étaient peu à peu éloignés pendant leur entretien, et ils se trouvaient alors dans un des angles de la cabane. Au cri du nègre, Faringhea, que Djalma n’avait pas aperçu, écarta brusquement la natte qui le cachait, tira son poignard, bondit comme un tigre, et fut d’un saut hors de la cabane. ”
“ Soit douleur, soit surprise, celui-ci jeta un léger cri... mais en se retirant brusquement en arrière, toujours cramponné au tronc d’arbre, il s’aperçut que Djalma avait fait un mouvement... En effet, le jeune Indien, conservant sa pose nonchalante, ouvrit à demi les yeux, tourna la tête du côté de la petite fenêtre, et une aspiration profonde souleva sa poitrine, car la chaleur concentrée sous cette épaisse voûte de verdure humide était intolérable. ”
“ Mais Djalma... porte notre signe. Mahal le contrebandier l’a su le premier. — Et Djalma ne s’est pas réveillé !... dit l’Indien confondu de l’adresse du Malais. — S’il s’était réveillé, répondit celui-ci avec calme, j’étais mort... puisque je devais épargner sa vie... — Parce que sa vie peut nous être plus utile que sa mort, reprit le métis. Puis s’adressant au Malais : — Frère, en risquant ta vie pour la bonne œuvre, tu as fait aujourd’hui ce que nous avons fait hier, ce que nous ferons demain... Aujourd’hui, tu obéis, un autre jour tu commanderas. ”
“ Djalma regardait toujours avec une sorte de stupeur ce qui se passait dans la chambre voisine. La femme qui venait d’y apparaître était entrée avec précaution, presque avec crainte ; d’abord elle alla écarter un des rideaux fermés, et jeta au travers des persiennes un regard dans la rue ; puis elle revint lentement vers la cheminée, où elle s’accouda un moment, pensive, et toujours soigneusement enveloppée de sa mante. ”
“ Djalma, on s'en souvient peut-être, lorsqu'il eut appris pour la première fois qu'il était aimé d'Adrienne, avait, dans l'enivrement de son bonheur, dit à Faringhea, dont il pénétrait la trahison:— Tu t'es ligué avec mes ennemis, et je ne t'avais fait aucun mal... Tu es méchant parce que tu es sans doute malheureux... je veux te rendre heureux pour que tu sois bon; veux-tu de l'or! tu auras de l'or... veux-tu un ami! tu es esclave, je suis fils de roi, je t'offre mon amitié. ”
“ Je demanderai... davantage; ma mère a raison... un fils de roi doit vivre en roi.Telle fut la réponse que fit l'Indien, avec une simplicité parfaite, sans paraître étonné le moins du monde de ces offres fastueuses; et cela devait être: Djalma eût fait ce qu'on faisait pour lui, car l'on sait quelles sont les traditions de prodigue magnificence et de splendide hospitalité des princes indiens. Djalma avait été aussi ému que reconnaissant en apprenant qu'une femme l'aimait d'affection maternelle... Quant au luxe dont elle voulait l'entourer, il l'acceptait sans étonnement et sans scrupule. ”
“ Il est impossible de rendre l’aspect de cette nature exubérante, luxuriante de couleurs, de parfums, de soleil, et servant pour ainsi dire de cadre au jeune et brillant cavalier qui arrivait du fond de l’avenue. C’est Djalma. ”
“ Cette issue, que l’on venait de laisser à Djalma, donnait, ainsi qu’une des portes de la pièce voisine, où se trouvait la jeune fille, sur une antichambre communiquant à l’escalier, où l’on entendit bientôt monter quelqu’un qui, s’arrêtant au dehors, frappa deux fois à la porte extérieure. — C’est Agricol Baudoin... Écoute et regarde..., dit dans l’obscurité la voix que le prince avait déjà entendue. Ivre, insensé, mais ayant la résolution et l’idée fixe de l’homme ivre et de l’insensé, Djalma tira le poignard que lui avait laissé Faringhea... puis, immobile, il attendit. ”
“ Je veux que le prince Djalma ignore absolument quel est l’ami inconnu qui lui vient en aide ; je désire que mon nom ne lui soit pas prononcé, et qu’il ne sache pas même que j’existe... quant à présent du moins... ”
“ Ce que venait d’entendre Adrienne aurait dû la satisfaire complètement. Selon ce qu’on appelle les usages et les coutumes du monde, sûre désormais que le cœur de Djalma n’avait pas cessé de lui appartenir, il devait peu lui importer que le prince, dans toute l’effervescence d’une ardente jeunesse, eût ou non cédé à un caprice éphémère pour cette créature, après tout fort jolie et fort désirable, puisque, dans le cas même où il eût cédé à ce caprice, rougissant de cette erreur des sens, il se séparait de Rose-Pompon. ”
“ L’on peut seulement dire à cette heure qu’après un long entretien qu’il avait eu la surveille avec Rodin, l’Étrangleur l’avait quitté, l’œil baissé, le maintien discret. Après avoir gardé le silence pendant quelque temps, Djalma, tout en suivant du regard la bouffée de fumée blanchâtre qu’il venait de lancer dans l’espace, s’adressant à Faringhea sans tourner les yeux vers lui, lui dit dans ce langage à la fois hyperbolique et concis assez familier aux Orientaux : — L’heure passe ;... le vieillard au cœur bon n’arrive pas ;... mais il viendra... ”
“ Le bonheur a une action si instantanée, et pour ainsi dire tellement matérielle, sur les organisations jeunes, vivaces et ardentes, que Djalma, la veille encore morne, abattu, désespéré, n’était plus reconnaissable. Une teinte livide ne ternissait plus l’or pâle de son teint mat et transparent. Ses larges prunelles, naguère voilées comme le seraient des diamants noirs par une vapeur humide, brillaient alors d’un doux éclat au milieu de leur orbe nacré ; ses lèvres, longtemps pâlies, étaient devenues d’un coloris aussi vif, aussi velouté, que les plus belles fleurs pourpres de son pays. ”
