“ Et moi, ajouta mademoiselle de Cardoville d’un ton de commisération pour ainsi dire respectueuse, et moi je trouve que la délicatesse de votre langage et de vos manières contraste si douloureusement avec la position où vous semblez être, que ma surprise doit encore surpasser la vôtre. — Ah ! mademoiselle, s’écria la Mayeux avec une expression de bonheur tellement sincère et profond, que ses yeux se voilèrent de larmes de joie, il est donc vrai ? ”
Mademoiselle de Cardoville
Définition et enjeux
Le thème de “Mademoiselle de Cardoville” a été abordé par des auteurs tels que Arvède Barine, Eugène Sue, Carmontelle, Mademoiselle Mars ou Félicité de Genlis. Il est souvent associé à des termes comme Mayeux, Adrienne, Agricol, la princesse ou Rodin.
Citations sur “Mademoiselle de Cardoville”
“ Non, non, mademoiselle, les uns ont l’instinct de leur propre conservation ; d’autres, plus heureux, ont l’instinct de la conservation de ceux qu’ils chérissent... Cet instinct, Dieu me l’a donné... On vous trahit, vous dis-je... on vous trahit !... Et la Mayeux, le regard animé, les joues légèrement colorées par l’émotion, accentua si énergiquement ces derniers mots, les accompagna d’un geste si affirmatif, que mademoiselle de Cardoville, déjà ébranlée par les chaleureuses paroles de la jeune fille, en vint à partager ses appréhensions. ”
“ À l’expression de bonheur ineffable qui épanouit les traits de mademoiselle de Cardoville se joint certain air résolu, railleur, incisif, qui ne lui est pas habituel ; sa ravissante tête semble se redresser plus vaillante encore sur un cou gracieux et blanc comme celui d’un cygne ; on dirait qu’une ardeur mal contenue dilate ses petites narines roses et sensuelles, et qu’elle attend avec une impatience hautaine le moment d’une lutte agressive et ironique... ”
“ C’est le soir même du jour où mademoiselle de Cardoville a empêché le suicide de la Mayeux. Onze heures sonnent, la nuit est profonde, le vent souffle avec violence et chasse de gros nuages noirs qui interceptent complètement la pâle clarté de la lune. ”
“ Il avait fallu à mademoiselle de Cardoville un grand empire sur elle-même pour contenir, pour refouler l’élan de sa joie, qui, du cœur, lui montait aux lèvres ; pour arrêter le torrent de questions qu’elle brûlait d’adresser à Rose-Pompon, pour retenir enfin les douces larmes de bonheur qui depuis quelques instants tremblaient sous ses paupières ”
“ Le monde faisait semblant d’ignorer que mademoiselle de Cardoville possédait ce que ne possèdent pas tous les hommes majeurs et deux fois majeurs : un caractère ferme, un esprit élevé, un cœur généreux, un sens très-droit et très-juste. Jugeant qu’il lui fallait, pour la direction subalterne et pour la surveillance intérieure de sa maison, des personnes fidèles, Adrienne avait écrit au régisseur de la terre de Cardoville et à sa femme, anciens serviteurs de la famille, de venir immédiatement à Paris ”
“ En effet, la Mayeux pouvait, plus que personne, accepter la sainte mission que lui donnait Adrienne ; sa cruelle expérience du malheur, la bonté de son âme angélique, l’élévation de son esprit, sa rare activité, sa pénétration à l’endroit des douloureux secrets de l’infortune, sa connaissance parfaite des classes pauvres et laborieuses, disaient assez avec quel tact, avec quelle intelligence, l’excellente créature seconderait les généreuses intentions de mademoiselle de Cardoville. ”
“ Puis essuyant ses larmes, qui coulaient abondamment, mademoiselle de Cardoville reprit d’une voix émue : — Allons, sœur, courage, courage... aimons-nous, soutenons-nous ; que ce triste et mystérieux lien nous unisse à jamais. — Ah ! mademoiselle, pardonnez-moi. Mais maintenant que vous savez le secret de ma vie, dit la Mayeux en baissant les yeux et ne pouvant vaincre sa confusion, il me semble que je ne pourrai plus vous regarder sans rougir. — Pourquoi ? parce que vous aimez passionnément M. Agricol ? dit Adrienne ”
“ Effrayée de cette rechute de sombre accablement, dont les conséquences pouvaient devenir funestes, car la Mayeux, encore bien faible, était pour ainsi dire sur le bord de la tombe, mademoiselle de Cardoville reprit vivement : — Mon amie... ne pensez-vous donc pas comme moi... que le chagrin le plus cruel... le plus humiliant même, est allégé... lorsqu’on peut l’épancher dans un cœur fidèle et dévoué ? — Oui... mademoiselle, dit amèrement la jeune ouvrière ; mais le cœur qui souffre et en silence devrait être seul juge du moment d’un pénible aveu... ”
“ Rose-Pompon, malgré ses airs délibérés, ressentait une assez vive émotion depuis qu’elle se trouvait tête à tête avec mademoiselle de Cardoville ; d’abord la rare beauté de la jeune patricienne, son grand air, la haute distinction de ses manières, la façon à la fois digne et affable avec laquelle elle avait répondu aux impertinentes provocations de la grisette, commençaient à imposer beaucoup à celle-ci, et de plus, comme elle était, après tout, bonne fille, elle avait été profondément touchée d’entendre mademoiselle de Cardoville appeler la Mayeux sa sœur, son amie. ”
“ Non loin d’Adrienne est la Mayeux ; elle a repris dans la maison la place qu’elle y avait d’abord occupée ; la jeune ouvrière porte le deuil de sa sœur ; son visage exprime une tristesse douce et calme ; elle regarde mademoiselle de Cardoville avec surprise, car jamais jusqu’alors elle n’a vu la physionomie de la belle patricienne empreinte de cette expression d’audace et d’ironie. ”
“ Pour toi, pauvre sœur, il y a quelques jours encore, si belle, si vaillante, si folle de plaisirs et de jeunesse, la vie est, à cette heure, aussi pesante qu’elle l’est pour moi, triste et chétive créature... Après tout, j’ai accompli jusqu’à la fin ce qui était pour moi un devoir, ajouta la Mayeux avec douceur ; Agricol n’a plus besoin de moi ;... il est marié ;... il aime, il est aimé ;... son bonheur est certain... Mademoiselle de Cardoville n’a rien à désirer. Belle, riche, heureuse, j’ai fait pour elle ce qu’une pauvre créature de ma sorte pouvait faire... ”
“ Celle-ci, blessée du ton insolent de la princesse, répondit doucement et simplement : — Je ne vois pas jusqu’ici, madame, la différence si humiliante qui peut exister entre la première... et la dernière venue chez mademoiselle de Cardoville. — Comment ?... Ça parle ? s’écria la princesse d’un ton de pitié superbe et insolente. — Du moins, madame... ça répond, reprit la Mayeux de sa voix calme. — Je veux vous entretenir seule ; est-ce clair, mademoiselle ? dit impatiemment la dévote à sa nièce. — Pardon... je ne vous comprends pas, madame, fit Adrienne d’un air étonné ”
“ Ces nouveaux incidents augmentaient encore les amers ressentiments d’Adrienne contre la princesse de Saint-Dizier, le père d’Aigrigny et leurs créatures. La légère pâleur du charmant visage de mademoiselle de Cardoville, ses beaux yeux un peu battus, trahissaient de récentes angoisses ; assise devant une petite table, son front appuyé sur une de ses mains, à demi voilée par les longues boucles de ses cheveux dorés, elle feuilletait un livre. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Malgré la gracieuse cordialité de mademoiselle de Cardoville, on devinait chez elle tant de cette dignité naturelle que donnent toujours l'indépendance du caractère, l'élévation de l'esprit et la noblesse des sentimens, qu'Agricol, oubliant l'idéale beauté de sa protectrice, éprouva bientôt pour elle une sorte d'affectueux et profond respect qui contrastait singulièrement avec l'âge et la gaîté de la jeune fille qui lui inspirait ce sentiment. ”
“ À force de l’aimer... à force de s’assimiler à lui, quand on le loue, il lui semble qu’on la loue elle-même... — Et comme elle est aussi modeste qu’excellente, ajouta Adrienne en prenant les mains de la Mayeux, la moindre louange, ou pour son frère adoptif ou pour elle, la trouble au point où nous la voyons ;... ce qui est un véritable enfantillage dont je veux la gronder bien fort. Mademoiselle de Cardoville parlait de très-bonne foi ; l’explication donnée par Rodin lui semblant et étant en effet fort plausible. ”
“ Il répondit néanmoins à mademoiselle de Cardoville d’une voix assurée et en s’inclinant profondément : — Un bon conseil et une franche parole sont choses toujours excellentes... — Voyez-vous, monsieur, reprit Adrienne avec une légère exaltation, l’amour heureux donne une telle pénétration, une telle énergie, un tel courage, que les périls, on s’en joue ;... les embûches, on les découvre ;... les haines... on les brave. Croyez-moi, la divine clarté qui rayonne autour de deux cœurs bien aimants suffit à dissiper toutes les ténèbres, à éclairer tous les pièges... Tenez... dans l’Inde... ”
“ Une trahison pareille !... Ah !... ce serait à douter de tout... ce serait à douter de soi-même. — Oh ! mademoiselle, c’est effrayant ! n’est-ce pas ? dit la Mayeux en frissonnant. — Mais alors, pourquoi m’avoir sauvée, moi et les miens, avoir dénoncé l’abbé d’Aigrigny ? reprit mademoiselle de Cardoville. En vérité, la raison s’y perd... C’est un abîme... Oh !... c’est quelque chose d’affreux que le doute ! — En revenant, dit Florine en jetant un regard attendri et dévoué sur sa maîtresse, j’avais songé à un moyen qui permettrait à mademoiselle de s’assurer de ce qui est ;... ”
“ Le monde trouvait fort extraordinaire qu’une jeune fille de l’âge et de la condition de mademoiselle de Cardoville eût pris la résolution de vivre complètement seule, libre, et de tenir sa maison ni plus ni moins qu’un garçon majeur, une toute jeune veuve ou un mineur émancipé. ”
“ Puis, faisant un violent et douloureux effort sur elle-même, la Mayeux ajouta, en tâchant de retenir les larmes de honte qui voilaient ses yeux : — Cependant, comme il s’agit de vous sauver peut-être, mademoiselle, car si c’est une trahison... l’avenir est effrayant... j’irai... si vous voulez... à votre place... pour... — Pas un mot de plus, je vous en prie, s’écria mademoiselle de Cardoville en interrompant la Mayeux. Moi, je vous laisserais faire, à vous, ma pauvre amie, et dans mon seul intérêt... ce qui me semble dégradant... Jamais !... ”
“ M. Dagobert, s’écria la Mayeux en courant saisir de ses faibles mains le bras de Dagobert et lui montrant Adrienne... c’est mademoiselle de Cardoville... Devant elle, quelle violence !... et puis, vous vous trompez... sans doute. Au nom de mademoiselle de Cardoville, la bienfaitrice de son fils, le soldat se retourna brusquement et lâcha Rodin ; celui-ci, rendu cramoisi par la colère et par la suffocation, se hâta de rajuster son collet et sa cravate. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Avec cette certitude on est fort... Sois tranquille. La loi est plus puissante que toutes les supérieures de couvent du inonde. — Et le comte de Montbron, à qui mademoiselle de Cardoville vous prie de vous adresser — dit la Mayeux —n'est-il pas un homme puissant? Vous lui direz pour quelles raisons il est important que ces demoiselles soient en liberté ce soir, ainsi que mademoiselle de Cardoville... ”
“ Agricol, s’approchant des carreaux, vit la chambre plongée dans l’obscurité ; mais au fond de cette pièce une porte entre-bâillée laissait échapper une assez vive clarté. Le forgeron, espérant que mademoiselle de Cardoville veillait encore, frappa légèrement aux vitres. Au bout de quelques instants, la porte du fond s’ouvrit tout à fait ; mademoiselle de Cardoville, qui ne s’était pas encore couchée, entra dans la seconde chambre, vêtue comme elle l’était lors de son entrevue avec la Mayeux ; une bougie qu’Adrienne tenait à la main éclairait ses traits enchanteurs ”
“ Ah bien ! ma foi ! tant pis ! je vous le dis, reprit cette drôle de petite fille en regardant mademoiselle de Cardoville avec attendrissement et déférence ; pourquoi me taire, après tout ? J’ai commencé par vous dire, en faisant la fière, que le Prince Charmant voulait m’épouser, et j’ai fini, malgré moi, par vous avouer qu’il m’avait environ mise à la porte. Dame ! ce n’est pas ma faute, quand je veux mentir, je m’embrouille toujours. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Quel que fût le motif de la conduite odieuse des. ennemis de mademoiselle de Cardoville, elle n'en était pas moins révoltée. Rien n'était moins haineux, moins avide de vengeance que cette généreuse jeune fille ; mais en songeant à tout ce que madame de Saint-Dizier, l'abbé d'Aigrigny et le docteur Baleinier lui faisaient souffrir, elle se promettait, non des représailles, mais d'obtenir, par tous les moyens possibles, une réparation éclatante. ”
“ Aussi j’aime mieux songer aux calmes et douces figures de ce pauvre Dupont et de sa femme. Adrienne continua : « Vous pensez bien, mademoiselle, que nous n’avons pas hésité ; nous quitterons Cardoville, où nous sommes depuis vingt ans ; mais nous le quitterons en honnêtes gens... Maintenant, mademoiselle, si parmi vos brillantes connaissances vous pouviez, vous qui êtes si bonne, nous trouver une place, en nous recommandant, peut-être, grâce à vous, mademoiselle, sortirions-nous d’un bien cruel embarras... » ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Il y avait à la fois un rapprochement et une contradiction si extraordinaires entre l'objet de cette lettre écrite à l'instant même au médecin par le plus implacable ennemi d'Adrienne, et les paroles de commisération que celle-ci venait de prononcer d'une voix touchante, que le docteur Baleinier en fut frappé. Il regarda mademoiselle de Cardoville d'un air presque embarrassé et répondit : — Il s'agit, en effet... de l'un de mes cliens qui compte beaucoup sur moi... beaucoup trop même... car il me demande une chose impossible... Mais pourquoi vous intéresser à un inconnu ? ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Mademoiselle de Cardoville prit là plume que lui présentait Georgette, signa la lettre et renferma un bon sur son banquier ainsi conçu : « On paiera à M. Norval, sur son reçu, la somme qu'il demandera pour dépenses faites en mon nom. » « ADRIENNE DE CARDOVILLE. » Pendant toute cette scène et durant que Georgette écrivait, Florine et Hébé avaient continué de s'occuper des soins de la toilette de leur maîtresse, qui avait quitté sa robe de chambre et s'était habillée afin de se rendre auprès de sa tante. ”
“ Lorsqu’une blonde comme Georgette se mêle d’être piquante, lorsqu’une vive étincelle brille dans ses yeux d’un bleu tendre et gai, lorsqu’une animation joyeuse colore son teint transparent, elle a encore plus de bouquet, plus de montant qu’une brune. Cette accorte et fringante soubrette, qui la veille avait introduit Agricol dans le pavillon, était la première femme de chambre de mademoiselle Adrienne de Cardoville, nièce de madame la princesse de Saint-Dizier. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Mayeux, que je désirerais faire à mademoiselle de Cardoville des révélalions importantes... — Et ces révélations ? — Voici, mon père: j'étais allé chez elle le jour de votre départ, pour la prier de me fournir une caution ; on m'avait suivi ; elle l'apprend par une de ses femmes de chambre ; pour me mettre à l'abri de l'arrestation, elle me fait conduire dans une cachette de son pavillon ; c'était une sorte de petite pièce voûtée qui ne recevait de jour que par un conduit fait comme une cheminée ; au bout de quelques instans j'y voyais très clair. ”
“ Rien... rien, ajouta Mlle de Cardoville avec un profond attendrissement; on dirait, au contraire, qu'un fatal rapprochement dans nos positions me rend votre amitié plus chère... plus précieuse encore; et elle m'est acquise, n'est-ce pas?... Oh! ne me refusez pas, j'ai tant besoin d'une amie...— Vous... mademoiselle... vous auriez besoin de l'amitié d'une pauvre créature comme moi?— Oui, répondit Adrienne en regardant la Mayeux avec un expression de douleur navrante — et bien plus... vous êtes peut- être la seule personne à qui je pourrais... à qui j'oserais confier des chagrins... ”
