“ Lorsque Georgette retroussa le bas de sa robe pour descendre plus prestement les marches du péristyle, elle montra aux yeux indifférents de Lutine le commencement d’un mollet potelé, le bas d’une jambe fine chaussée d’un bas de soie blanc, et un charmant petit pied dans son brodequin noir de satin turc. Lorsqu’une blonde comme Georgette se mêle d’être piquante, lorsqu’une vive étincelle brille dans ses yeux d’un bleu tendre et gai, lorsqu’une animation joyeuse colore son teint transparent, elle a encore plus de bouquet, plus de montant qu’une brune. ”
Georgette
Définition et enjeux
Le nom de Georgette, porté par une figure féminine aux traits variés, traverse la littérature comme un miroir des époques. Dès Eugène Sue, qui célèbre sa beauté et son éclat, jusqu'à Jean Giraudoux, qui explore ses métamorphoses et ses liens, chaque auteur y projette des nuances sociales ou psychologiques.
Albéric Second en fait un symbole de jeunesse délicate, tandis que Émile Richebourg met en lumière ses fragilités. Ce personnage, toujours en évolution, révèle ainsi une gamme de significations, allant de l'idéalisation à la remise en question des normes, comme en témoignent les textes de Henriette d'Isle ou de J.-H. Rosny.
Citations sur “Georgette”
Albéric Second,
La vie facile
(1881)
“ Il faudra bien en rabattre le jour où Georgette sera mariée. — Mariée, Georgette ! s'écria Montgiraud ; mariée ! — Sans doute. Penses-tu qu'il entre dans mes projets de lui faire coiffer sainte Catherine ? Et quand elle sera madame, tu ne comptes pas, je suppose, tomber tous les matins dans son ménage en criant : « Où est Georgette ? qu'on me rende Georgette » ! Espères-tu que son mari te confiera la garde de sa femme et le soin de la produire dans le monde ? Sois persuadé qu'il aimera mieux exercer ce sacerdoce lui-même. ”
Jean Giraudoux,
L’École des indifférents
(1911)
“ Georgette ressemblerait un jour à sa mère, qui était hideuse. Georgette avait la manie d'envoyer à Bernard des cartes postales où elle médisait de la concierge de son ami. Elle appelait les hommes des boulangers. Nue, elle avait toutes les apparences, grâces et défauts, d'un jeune animal. Elle sautait en voltige sur les fauteuils, s'étendait le ventre au tapis. La fatigue et le sommeil tombaient sur elle à l'improviste, la marbrant, la craquelant. En vain. Le jour où il lui découvrit des rides, Bernard se surprit à les embrasser, comme on embrasse une égratignure. ”
