“ Le monde faisait semblant d’ignorer que mademoiselle de Cardoville possédait ce que ne possèdent pas tous les hommes majeurs et deux fois majeurs : un caractère ferme, un esprit élevé, un cœur généreux, un sens très-droit et très-juste. Jugeant qu’il lui fallait, pour la direction subalterne et pour la surveillance intérieure de sa maison, des personnes fidèles, Adrienne avait écrit au régisseur de la terre de Cardoville et à sa femme, anciens serviteurs de la famille, de venir immédiatement à Paris ”
Cardoville
Définition et enjeux
Le thème de “Cardoville” a été abordé par des auteurs tels que Eugène Sue, Donatien Alphonse François de Sade ou Théodore Labourieu. Il est souvent associé à des termes comme Mayeux, Adrienne, Dagobert, Mademoiselle ou Rodin.
Citations sur “Cardoville”
“ « De tout ceci il résulte évidemment que, depuis peu de jours, l’hôtel de Cardoville est le foyer où aboutissent et d’où rayonnent les démarches les plus actives, les plus multipliées, qui semblent toujours graviter autour de M. le maréchal Simon, de ses filles et de M. François Hardy, démarches dont mademoiselle de Cardoville, l’abbé Gabriel, Agricol Baudoin, sont les agents les plus infatigables, et, on le craint, les plus dangereux. » ”
“ Quel que fût le motif de la conduite odieuse des ennemis de Mlle de Cardoville, elle n'en était pas moins révoltée. Rien n'était moins haineux, moins avide de vengeance que cette généreuse jeune fille; mais en songeant à tout ce que Mme de Saint-Dizier, l'abbé d'Aigrigny et le docteur Baleinier lui faisaient souffrir, elle se promettait, non des représailles, mais d'obtenir, par tous les moyens possibles, une réparation éclatante. ”
“ Il avait fallu à mademoiselle de Cardoville un grand empire sur elle-même pour contenir, pour refouler l’élan de sa joie, qui, du cœur, lui montait aux lèvres ; pour arrêter le torrent de questions qu’elle brûlait d’adresser à Rose-Pompon, pour retenir enfin les douces larmes de bonheur qui depuis quelques instants tremblaient sous ses paupières ”
“ Le plus grand silence règne dans le château de Cardoville ; la tempête s’est peu à peu calmée ; l’on n’entend plus au loin que le sourd ressac des vagues qui s’abattent pesamment sur la côte. Dagobert et les orphelines ont été établis dans des chambres chaudes et confortables au premier étage du château. ”
“ À l’expression de bonheur ineffable qui épanouit les traits de mademoiselle de Cardoville se joint certain air résolu, railleur, incisif, qui ne lui est pas habituel ; sa ravissante tête semble se redresser plus vaillante encore sur un cou gracieux et blanc comme celui d’un cygne ; on dirait qu’une ardeur mal contenue dilate ses petites narines roses et sensuelles, et qu’elle attend avec une impatience hautaine le moment d’une lutte agressive et ironique... ”
“ Monsieur Dagobert! s'écria la Mayeux en courant saisir de ses faibles mains le bras de Dagobert et lui montrant Adrienne... c'est Mlle de Cardoville... Devant elle, quelle violence!... et puis, vous vous trompez, ... sans doute.Au nom de Mlle de Cardoville, la bienfaitrice de son fils, le soldat se retourna brusquement et lâcha Rodin; celui-ci, rendu cramoisi par la colère et par la suffocation, se hâta de rajuster son collet et sa cravate. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Avec cette certitude on est fort... Sois tranquille. La loi est plus puissante que toutes les supérieures de couvent du inonde. — Et le comte de Montbron, à qui mademoiselle de Cardoville vous prie de vous adresser — dit la Mayeux —n'est-il pas un homme puissant? Vous lui direz pour quelles raisons il est important que ces demoiselles soient en liberté ce soir, ainsi que mademoiselle de Cardoville... ”
“ C’est le soir même du jour où mademoiselle de Cardoville a empêché le suicide de la Mayeux. Onze heures sonnent, la nuit est profonde, le vent souffle avec violence et chasse de gros nuages noirs qui interceptent complètement la pâle clarté de la lune. ”
“ Rose-Pompon, malgré ses airs délibérés, ressentait une assez vive émotion depuis qu’elle se trouvait tête à tête avec mademoiselle de Cardoville ; d’abord la rare beauté de la jeune patricienne, son grand air, la haute distinction de ses manières, la façon à la fois digne et affable avec laquelle elle avait répondu aux impertinentes provocations de la grisette, commençaient à imposer beaucoup à celle-ci, et de plus, comme elle était, après tout, bonne fille, elle avait été profondément touchée d’entendre mademoiselle de Cardoville appeler la Mayeux sa sœur, son amie. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Justine, ou les Malheurs de la vertu
“ Cardoville pénétre au sentier défendu ; il le perfore pendant qu’on jouit également de lui : le délire s’empare enfin de mon persécuteur, ses cris affreux annoncent le complément de son crime ; je suis inondée, l’on me détache. Allons, mes amis, dit Cardoville aux deux jeunes gens, emparez-vous de cette Catin, & jouissez-en à votre caprice ; elle est à vous, nous vous l’abandonnons. Les deux libertins me saisissent. Pendant que l’un jouit du devant, l’autre s’enfonce dans le derriere ; ils changent & rechangent encore ”
“ Adrienne de Cardoville avait été encore plus étroitement renfermée dans la maison du docteur Baleinier, depuis la double tentative nocturne d’Agricol et de Dagobert en suite de laquelle le soldat, assez grièvement blessé, était parvenu, grâce au dévouement intrépide d’Agricol, assisté de l’héroïque Rabat-Joie, à regagner la petite porte du jardin du couvent et à fuir par le boulevard extérieur avec le jeune forgeron. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Justine, ou les Malheurs de la vertu
“ La Rose sort aussitôt d’une grande armoire, une croix diagonale d’un bois très-épineux. C’est là-dessus que cet insigne débauché veut qu’on me place, mais par quel épisode va-t-il améliorer sa cruelle jouissance ? Avant de m’attacher, Cardoville fait pénétrer lui-même, dans mon derriere une boule argentée de la grosseur d’un œuf ; il l’y enfonce à force de pommade ; elle disparaît. À peine est-elle dans mon corps que je la sens gonfler & devenir brûlante ; sans écouter mes plaintes, je suis fortement garrotée sur ce chevalet aigu ; Cardoville pénétre en se collant à moi ”
“ En effet, la Mayeux pouvait, plus que personne, accepter la sainte mission que lui donnait Adrienne ; sa cruelle expérience du malheur, la bonté de son âme angélique, l’élévation de son esprit, sa rare activité, sa pénétration à l’endroit des douloureux secrets de l’infortune, sa connaissance parfaite des classes pauvres et laborieuses, disaient assez avec quel tact, avec quelle intelligence, l’excellente créature seconderait les généreuses intentions de mademoiselle de Cardoville. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Malgré la gracieuse cordialité de mademoiselle de Cardoville, on devinait chez elle tant de cette dignité naturelle que donnent toujours l'indépendance du caractère, l'élévation de l'esprit et la noblesse des sentimens, qu'Agricol, oubliant l'idéale beauté de sa protectrice, éprouva bientôt pour elle une sorte d'affectueux et profond respect qui contrastait singulièrement avec l'âge et la gaîté de la jeune fille qui lui inspirait ce sentiment. ”
“ C'est tout ce que put dire l'ouvrière d'une voix profondément émue, et encore plus touchée de l'attention de Mlle de Cardoville qu'elle ne l'eût peut-être été d'un service rendu.— Regardez-la... monsieur, dit Adrienne à Rodin, qui se rapprocha vivement. Oui... ajouta la jeune patricienne avec fierté... c'est un trésor que j'ai découvert... Regardez-la, monsieur, et aimez-la comme je l'aime, honorez-la comme je l'honore. C'est un de ces coeurs... comme nous les cherchons. ”
“ Et moi, ajouta mademoiselle de Cardoville d’un ton de commisération pour ainsi dire respectueuse, et moi je trouve que la délicatesse de votre langage et de vos manières contraste si douloureusement avec la position où vous semblez être, que ma surprise doit encore surpasser la vôtre. — Ah ! mademoiselle, s’écria la Mayeux avec une expression de bonheur tellement sincère et profond, que ses yeux se voilèrent de larmes de joie, il est donc vrai ? ”
“ Agricol, s’approchant des carreaux, vit la chambre plongée dans l’obscurité ; mais au fond de cette pièce une porte entre-bâillée laissait échapper une assez vive clarté. Le forgeron, espérant que mademoiselle de Cardoville veillait encore, frappa légèrement aux vitres. Au bout de quelques instants, la porte du fond s’ouvrit tout à fait ; mademoiselle de Cardoville, qui ne s’était pas encore couchée, entra dans la seconde chambre, vêtue comme elle l’était lors de son entrevue avec la Mayeux ; une bougie qu’Adrienne tenait à la main éclairait ses traits enchanteurs ”
“ En effet, à la vive lueur des deux lanternes, le métis reconnut la bonne et loyale figure de M. Dupont jadis régisseur et alors, ainsi qu’on l’a dit, intendant de la maison de mademoiselle de Cardoville. L’on n’a peut-être pas oublié que ce fut M. Dupont qui, le premier, écrivit à mademoiselle de Cardoville pour réclamer son intérêt en faveur de Djalma, retenu au château de Cardoville par une blessure reçue pendant le naufrage. — Mais, monsieur... que venez-vous faire ici ? Pourquoi vous introduire ainsi clandestinement dans cette maison ? dit Faringhea d’un ton brusque et soupçonneux. ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Mademoiselle de Cardoville répondit par un gracieux signe de tête. La lettre du marquis d'Aigrigny n'était pas longue; le médecin la lut d'un trait : et malgré sa prudence habituelle il haussa les épaules, et dit vivement : — Aujourdhui... mais c'est impossible... il est fou.... — Il s'agit sans doute de quelque pauvre, malade qui a mis en vous tout son espoir... qui vous attend, qui vous appelle... Allons, mon cher monsieur Baleinier, soyez bon... ne repoussez pas sa prière... il est si doux de justifier la confiance qu'on inspire !... ”
“ Non loin d'Adrienne est la Mayeux; elle a repris dans la maison la place qu'elle y avait d'abord occupée; la jeune ouvrière porte le deuil de sa soeur; son visage exprime une tristesse douce et calme. Elle regarde Mlle de Cardoville avec surprise, car jamais jusqu'alors elle n'a vu la physionomie de la belle patricienne empreinte de cette expression d'audace et d'ironie. ”
“ Il répondit néanmoins à Mlle de Cardoville d'une voix assurée et en s'inclinant profondément:— Un bon conseil et une franche parole sont choses toujours excellentes...— Voyez-vous, monsieur, reprit Adrienne avec une légère exaltation, l'amour heureux donne une telle pénétration, une telle énergie, un tel courage, que les périls, on s'en joue... les embûches, on les découvre... les haines, on les brave. Croyez-moi, la divine clarté qui rayonne autour de deux coeurs bien aimants suffit à dissiper toutes les ténèbres, à éclairer tous les pièges. Tenez... dans l'Inde... ”
“ Ces nouveaux incidents augmentaient encore les amers ressentiments d’Adrienne contre la princesse de Saint-Dizier, le père d’Aigrigny et leurs créatures. La légère pâleur du charmant visage de mademoiselle de Cardoville, ses beaux yeux un peu battus, trahissaient de récentes angoisses ; assise devant une petite table, son front appuyé sur une de ses mains, à demi voilée par les longues boucles de ses cheveux dorés, elle feuilletait un livre. ”
“ Puis essuyant ses larmes, qui coulaient abondamment, mademoiselle de Cardoville reprit d’une voix émue : — Allons, sœur, courage, courage... aimons-nous, soutenons-nous ; que ce triste et mystérieux lien nous unisse à jamais. — Ah ! mademoiselle, pardonnez-moi. Mais maintenant que vous savez le secret de ma vie, dit la Mayeux en baissant les yeux et ne pouvant vaincre sa confusion, il me semble que je ne pourrai plus vous regarder sans rougir. — Pourquoi ? parce que vous aimez passionnément M. Agricol ? dit Adrienne ”
“ Le monde trouvait fort extraordinaire qu’une jeune fille de l’âge et de la condition de mademoiselle de Cardoville eût pris la résolution de vivre complètement seule, libre, et de tenir sa maison ni plus ni moins qu’un garçon majeur, une toute jeune veuve ou un mineur émancipé. ”
“ Ah bien! ma foi! tant pis! je vous le dis, reprit cette drôle de petite fille en regardant Mlle de Cardoville avec attendrissement et déférence; pourquoi me taire, après tout! J'ai commencé par vous dire, en faisant la fière, que le prince Charmant voulait m'épouser, et j'ai fini, malgré moi, par vous avouer qu'il m'avait environ mise à la porte. Dame! ce n'est pas ma faute, quand je veux mentir, je m'embrouille toujours. Aussi, tenez, madame, voilà la vérité pure: quand je vous ai rencontrée chez cette pauvre Mayeux, je me suis d'abord sentie colère contre vous comme un petit dindon... ”
Eugène Sue,
Le Juif errant
(1852)
“ Mademoiselle de Cardoville prit là plume que lui présentait Georgette, signa la lettre et renferma un bon sur son banquier ainsi conçu : « On paiera à M. Norval, sur son reçu, la somme qu'il demandera pour dépenses faites en mon nom. » « ADRIENNE DE CARDOVILLE. » Pendant toute cette scène et durant que Georgette écrivait, Florine et Hébé avaient continué de s'occuper des soins de la toilette de leur maîtresse, qui avait quitté sa robe de chambre et s'était habillée afin de se rendre auprès de sa tante. ”
“ Effrayée de cette rechute de sombre accablement, dont les conséquences pouvaient devenir funestes, car la Mayeux, encore bien faible, était pour ainsi dire sur le bord de la tombe, mademoiselle de Cardoville reprit vivement : — Mon amie... ne pensez-vous donc pas comme moi... que le chagrin le plus cruel... le plus humiliant même, est allégé... lorsqu’on peut l’épancher dans un cœur fidèle et dévoué ? — Oui... mademoiselle, dit amèrement la jeune ouvrière ; mais le cœur qui souffre et en silence devrait être seul juge du moment d’un pénible aveu... ”
“ Vous avez peur... on aurait fait marcher Adrienne de Cardoville dans la fournaise. Dégageant son bras de l’étreinte de sa tante par un geste rempli de noblesse et de fierté, elle jeta sur le fauteuil le chapeau qu’elle tenait à la main, et, revenant auprès de la table, elle dit impérieusement à la princesse : — Il y a quelque chose de plus fort que le profond dégoût que tout ceci m’inspire... c’est la crainte d’être accusée de lâcheté ”
“ On le sait: Florine, dans une entrevue avec la Mayeux, peu de jours après que Mlle de Cardoville fut renfermée chez le docteur Baleinier, Florine, cédant à un mouvement de repentir, avait donné à l'ouvrière des conseils très utiles aux intérêts d'Adrienne, en faisant dire à Agricol de ne pas remettre à Mme de Saint-Dizier les papiers qu'il avait trouvés dans la cachette du pavillon, mais de ne les confier qu'à Mlle de Cardoville elle-même. ”
“ Il y avait à la fois un rapprochement et une contradiction si extraordinaires entre l’objet de cette lettre écrite à l’instant même au médecin par le plus implacable ennemi d’Adrienne, et les paroles de commisération que celle-ci venait de prononcer d’une voix touchante, que le docteur Baleinier en fut frappé. Il regarda mademoiselle de Cardoville d’un air presque embarrassé, et répondit : — Il s’agit, en effet... de l’un de mes clients qui compte beaucoup sur moi... beaucoup trop même... car il me demande une chose impossible... Mais pourquoi vous intéresser à un inconnu ? ”
“ À force de l’aimer... à force de s’assimiler à lui, quand on le loue, il lui semble qu’on la loue elle-même... — Et comme elle est aussi modeste qu’excellente, ajouta Adrienne en prenant les mains de la Mayeux, la moindre louange, ou pour son frère adoptif ou pour elle, la trouble au point où nous la voyons ;... ce qui est un véritable enfantillage dont je veux la gronder bien fort. Mademoiselle de Cardoville parlait de très-bonne foi ; l’explication donnée par Rodin lui semblant et étant en effet fort plausible. ”
