“ À l'expression de bonheur ineffable qui épanouit les traits de Mlle de Cardoville se joint certain air résolu, railleur incisif, qui ne lui est pas habituel; sa ravissante tête semble se redresser plus vaillante encore sur un cou gracieux et blanc comme celui d'un cygne: on dirait qu'une ardeur mal contenue dilate ses petites narines roses et sensuelles, et qu'elle attend avec une impatience hautaine le moment d'une lutte agressive et ironique... ”
Mlle de Cardoville
Définition et enjeux
Le thème de “Mlle de Cardoville” a été abordé par des auteurs tels que Eugène Sue, Donatien Alphonse François de Sade ou Théodore Labourieu. Il est souvent associé à des termes comme Adrienne, Mayeux, Djalma, Mademoiselle ou Agricol.
Citations sur “Mlle de Cardoville”
“ Non loin d'Adrienne est la Mayeux; elle a repris dans la maison la place qu'elle y avait d'abord occupée; la jeune ouvrière porte le deuil de sa soeur; son visage exprime une tristesse douce et calme. Elle regarde Mlle de Cardoville avec surprise, car jamais jusqu'alors elle n'a vu la physionomie de la belle patricienne empreinte de cette expression d'audace et d'ironie. ”
“ Mlle de Cardoville.— Et c'est cela qui t'effraye, mon fils? dit le vieillard en regardant son fils avec surprise; Djalma n'a que dix-huit ans... et à cet âge un amour chasse l'autre.— S'il s'agit d'un amour vulgaire, oui, mon père... Mais songez donc qu'à une beauté idéale, Mlle de Cardoville, vous le savez, joint le caractère le plus noble, le plus généreux... et que, par une suite de circonstances fatales, oh! bien malheureusement fatales, Djalma a pu apprécier la rare valeur de cette belle âme. ”
“ Quel que fût le motif de la conduite odieuse des ennemis de Mlle de Cardoville, elle n'en était pas moins révoltée. Rien n'était moins haineux, moins avide de vengeance que cette généreuse jeune fille; mais en songeant à tout ce que Mme de Saint-Dizier, l'abbé d'Aigrigny et le docteur Baleinier lui faisaient souffrir, elle se promettait, non des représailles, mais d'obtenir, par tous les moyens possibles, une réparation éclatante. ”
“ C'est tout ce que put dire l'ouvrière d'une voix profondément émue, et encore plus touchée de l'attention de Mlle de Cardoville qu'elle ne l'eût peut-être été d'un service rendu.— Regardez-la... monsieur, dit Adrienne à Rodin, qui se rapprocha vivement. Oui... ajouta la jeune patricienne avec fierté... c'est un trésor que j'ai découvert... Regardez-la, monsieur, et aimez-la comme je l'aime, honorez-la comme je l'honore. C'est un de ces coeurs... comme nous les cherchons. ”
“ Ah bien! ma foi! tant pis! je vous le dis, reprit cette drôle de petite fille en regardant Mlle de Cardoville avec attendrissement et déférence; pourquoi me taire, après tout! J'ai commencé par vous dire, en faisant la fière, que le prince Charmant voulait m'épouser, et j'ai fini, malgré moi, par vous avouer qu'il m'avait environ mise à la porte. Dame! ce n'est pas ma faute, quand je veux mentir, je m'embrouille toujours. Aussi, tenez, madame, voilà la vérité pure: quand je vous ai rencontrée chez cette pauvre Mayeux, je me suis d'abord sentie colère contre vous comme un petit dindon... ”
“ Le _monde _faisait semblant d'ignorer que Mlle de Cardoville possédait ce que ne possèdent pas tous les hommes majeurs et deux fois majeurs: un caractère ferme, un esprit élevé, un coeur généreux, un sens très droit et très juste. Jugeant qu'il lui fallait, pour la direction subalterne et pour la surveillance intérieure de sa maison, des personnes fidèles, Adrienne avait écrit au régisseur de la terre de Cardoville et à sa femme, anciens serviteurs de la famille, de venir immédiatement à Paris, M. Dupont devant ainsi remplir les fonctions d'intendant, et Mme Dupont celles de femme de charge. ”
“ Il répondit néanmoins à Mlle de Cardoville d'une voix assurée et en s'inclinant profondément:— Un bon conseil et une franche parole sont choses toujours excellentes...— Voyez-vous, monsieur, reprit Adrienne avec une légère exaltation, l'amour heureux donne une telle pénétration, une telle énergie, un tel courage, que les périls, on s'en joue... les embûches, on les découvre... les haines, on les brave. Croyez-moi, la divine clarté qui rayonne autour de deux coeurs bien aimants suffit à dissiper toutes les ténèbres, à éclairer tous les pièges. Tenez... dans l'Inde... ”
“ Mlle de Cardoville répondit par un gracieux signe de tête. La lettre du marquis d'Aigrigny n'était pas longue; le médecin la lut d'un trait; et, malgré sa prudence habituelle, il haussa les épaules et dit vivement:— Aujourd'hui... mais c'est impossible... il est fou...— Il s'agit sans doute de quelque pauvre malade qui a mis en vous tout son espoir... qui vous attend, qui vous appelle... Allons, mon cher monsieur Baleinier, soyez bon... ne repoussez pas sa prière... il est si doux de justifier la confiance qu'on inspire!... ”
“ Monsieur Dagobert! s'écria la Mayeux en courant saisir de ses faibles mains le bras de Dagobert et lui montrant Adrienne... c'est Mlle de Cardoville... Devant elle, quelle violence!... et puis, vous vous trompez, ... sans doute.Au nom de Mlle de Cardoville, la bienfaitrice de son fils, le soldat se retourna brusquement et lâcha Rodin; celui-ci, rendu cramoisi par la colère et par la suffocation, se hâta de rajuster son collet et sa cravate. ”
“ Mlle de Cardoville, non moins embarrassée, non moins troublée, était restée assise; ainsi que Djalma, elle tenait ses yeux baissés, mais la brûlante rougeur de ses joues, les battements précipités de son sein virginal, révélaient une émotion qu'elle ne pensait pas, d'ailleurs, à cacher... Adrienne malgré la fermeté de son esprit tour à tour si fin et si gai, si gracieux et si incisif; malgré la décision de son caractère indépendant et fier ”
“ En effet, la Mayeux, pouvait, plus que personne, accepter la sainte mission que lui donnait Adrienne; sa cruelle expérience du malheur, la bonté de son âme angélique, l'élévation de son esprit, sa rare activité, sa pénétration à l'endroit des douloureux secrets de l'infortune, sa connaissance parfaite des classes pauvres et laborieuses, disaient assez avec quelle intelligence l'excellente créature seconderait les généreuses intentions de Mlle de Cardoville. ”
“ Non, non mademoiselle, les uns ont l'instinct de leur propre conservation; d'autres, plus heureux, ont l'instinct de la conservation de ceux qu'ils chérissent... Cet instinct, Dieu me l'a donné... On vous trahit, vous dis-je... on vous trahit!Et la Mayeux, le regard animé, les joues légèrement colorées par l'émotion, accentua si énergiquement ces derniers mots, les accompagna d'un geste si affirmatif, que Mlle de Cardoville, déjà ébranlée par les chaleureuses paroles de la jeune fille, en vint à partager ses appréhensions. ”
“ Il y avait à la fois un rapprochement et une contradiction si extraordinaires entre l'objet de cette lettre écrite à l'instant même au médecin par le plus implacable ennemi d'Adrienne, et les paroles de commisération que celle-ci venait de prononcer d'une voix touchante, que le docteur Baleinier en fut frappé. Il regarda Mlle de Cardoville d'un air presque embarrassé et répondit:— Il s'agit, en effet... de l'un de mes clients qui compte beaucoup sur moi... beaucoup trop même... car il me demande une chose impossible... Mais pourquoi vous intéresser à un inconnu? ”
“ Pour toi, pauvre soeur, il y a quelques jours encore; si belle, si vaillante, si folle de plaisirs et de jeunesse, la vie est, à cette heure, aussi pesante qu'elle l'est pour moi, triste et chétive créature... Après tout, j'ai accompli jusqu'à la fin ce qui était pour moi un devoir, ajouta la Mayeux avec douceur; Agricol n'a plus besoin de moi... il est marié... il aime, il est aimé... son bonheur est certain. Mlle de Cardoville n'a rien à désirer. Belle, riche, heureuse, j'ai fait pour elle ce qu'une pauvre créature de ma sorte pouvait faire... Ceux qui ont été bons pour moi sont heureux ”
“ On le sait: Florine, dans une entrevue avec la Mayeux, peu de jours après que Mlle de Cardoville fut renfermée chez le docteur Baleinier, Florine, cédant à un mouvement de repentir, avait donné à l'ouvrière des conseils très utiles aux intérêts d'Adrienne, en faisant dire à Agricol de ne pas remettre à Mme de Saint-Dizier les papiers qu'il avait trouvés dans la cachette du pavillon, mais de ne les confier qu'à Mlle de Cardoville elle-même. ”
“ La timidité craintive, l'ombrageuse délicatesse de la pauvre créature, ne lui permettaient pas de rester une minute de plus dans cette demeure, où les plus secrets replis de son âme venaient d'être ainsi surpris, profanés et livrés sans doute aux sarcasmes et aux mépris. Elle ne songea pas à demander justice et vengeance à Mlle de Cardoville: apporter un ferment de trouble et d'irritation dans cette maison au moment de l'abandonner, lui eût semblé de l'ingratitude envers sa bienfaitrice. ”
“ «Être à toi aujourd'hui... selon ton désir... à toi... tout à toi... et demain viennent pour moi l'abandon, la honte, la mort, que m'importe! sois heureux... ma vie ne vaut pas une de tes larmes...»Le front de Djalma s'était peu à peu assombri en écoutant le métis. Ayant gardé envers cet homme le secret le plus absolu sur les divers incidents de sa passion pour Mlle de Cardoville, le prince ne pouvait voir dans ces paroles qu'une allusion involontaire et amenée par le hasard aux enivrants refus d'Adrienne ”
“ Mayeux.— Oui, mais il m'a, à ce sujet, répondu de même... c'était fort grave; je faisais une déposition, il est vrai, mais je n'apportais aucune preuve à l'appui de ce que j'avançais. «Une tierce personne vous a assuré que Mlle de Cardoville affirmait n'être pas folle, m'a dit le commissaire, cela ne suffit pas: tous les fous prétendent n'être pas fous; je ne puis donc violer le domicile d'un médecin respectable sur votre seule déclaration. Néanmoins, je la reçois, j'en rendrai compte. Mais il faut que la loi ait son cours...» ”
“ Mlle de Cardoville est leur parente, elle me l'a dit.— Elle... parente de Rose et Blanche!— Oui, sans doute, ajouta la Mayeux; elle me l'a dit aussi tout à l'heure.— Eh bien, reprit Dagobert en regardant son fils avec angoisse, comprends-tu que je veuille avoir mes enfants aujourd'hui même! Comprends-tu, ainsi que me l'a dit leur pauvre mère en mourant, qu'un jour de retard peut tout perdre! Comprends-tu enfin que je ne peux pas me contenter d'un peut-être demain... quand je viens du fond de la Sibérie avec ces enfants... pour les conduire demain rue Saint-François!... ”
“ Cette généreuse demoiselle te recueille chez elle; appréciant ce que tu vaux, elle te traite comme son amie, et c'est au moment où tu n'as jamais eu plus de garantie de bonheur... pour l'avenir, pauvre enfant... que tu abandonnes brusquement la maison de Mlle de Cardoville... nous laissant tous dans une horrible anxiété sur ton sort!— Je... je... craignais d'être à charge... à ma bienfaitrice... dit la Mayeux en balbutiant. ”
“ Sa voiture sort... l'homme s'approche... Enfer!... la voiture a marché, je ne vois plus rien.XXVIII. L'attente.Par une singulière coïncidence de pensée, Adrienne avait voulu, ainsi que Djalma, être vêtue comme elle l'était lors de sa première entrevue avec lui dans la maison de la rue Blanche.Pour le lieu de cette entrevue, si solennelle au point de vue de son bonheur, Mlle de Cardoville, avec son tact naturel, avait choisi le grand salon de réception de l'hôtel de Cardoville, où se voyaient plusieurs portraits de famille. Les plus apparents étaient ceux de son père et de sa mère. ”
“ Malgré son assurance, rien n'était moins viril, moins _virago _que Mlle de Cardoville: elle était essentiellement _femme; _mais aussi, comme femme, elle savait prendre un grand empire sur elle-même dès que la moindre marque de faiblesse de sa part pouvait réjouir ou enorgueillir ses ennemis.La voiture roulait depuis quelques minutes, Adrienne, essuyant silencieusement ses larmes, au grand étonnement du docteur, n'avait pas encore prononcé une parole.— Comment... ma chère demoiselle Adrienne! dit M. Baleinier, véritablement surpris de l'émotion de la jeune fille. Comment!... ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Justine, ou les Malheurs de la vertu
“ Cardoville pénétre au sentier défendu ; il le perfore pendant qu’on jouit également de lui : le délire s’empare enfin de mon persécuteur, ses cris affreux annoncent le complément de son crime ; je suis inondée, l’on me détache. Allons, mes amis, dit Cardoville aux deux jeunes gens, emparez-vous de cette Catin, & jouissez-en à votre caprice ; elle est à vous, nous vous l’abandonnons. Les deux libertins me saisissent. Pendant que l’un jouit du devant, l’autre s’enfonce dans le derriere ; ils changent & rechangent encore ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Justine, ou les Malheurs de la vertu
“ La Rose sort aussitôt d’une grande armoire, une croix diagonale d’un bois très-épineux. C’est là-dessus que cet insigne débauché veut qu’on me place, mais par quel épisode va-t-il améliorer sa cruelle jouissance ? Avant de m’attacher, Cardoville fait pénétrer lui-même, dans mon derriere une boule argentée de la grosseur d’un œuf ; il l’y enfonce à force de pommade ; elle disparaît. À peine est-elle dans mon corps que je la sens gonfler & devenir brûlante ; sans écouter mes plaintes, je suis fortement garrotée sur ce chevalet aigu ; Cardoville pénétre en se collant à moi ”
Théodore Labourieu,
Mémoires de M. Claude, chef de la police de sûreté sous le second Empire…
(1881)
“ Notre adroite Cardoville, 'grâce à son éducation brillante et à une intelligence remarquable, ne tarda pas de servante à devenir servante-maîtresse, puis femme illégitime de l'ancien intendant polonais. Pendant plusieurs années, elle associa son existence de bas-bleu à la sienne, qui avait également un goût passionné pour la littérature. Elle entretint son goût en le faisant bénéficier de sa grande intelligence. Le malheureux le paya cher; son inspiratrice dévora bien vite ses économies, elle le ruina autant par ses caprices que par ses excentricités de tout genre. ”
“ Tel était M. de Bonneville, le protégé du comte de Montbron. Par son âge et par ses habitudes de savoir-vivre, cet écuyer pouvait accompagner mademoiselle de Cardoville à cheval et, mieux que personne, surveiller l’écurie et la tenue des voitures. Il accepta donc cet emploi avec reconnaissance, et grâce à ses soins éclairés, les attelages de mademoiselle de Cardoville purent rivaliser avec ce qu’il y avait en ce genre de plus élégant à Paris. Mademoiselle de Cardoville avait repris ses femmes, Hébé, Georgette et Florine. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
La Nouvelle Justine
“ Oui, tu seras brûlée, sois-en sûre ; je ne te quitte que pour en hâter... en assurer le jugement. Le monstre sort, et laisse la pauvre fille dans un abattement ressemblant au néant de la mort, qui va bientôt la couvrir de ses ombres. Le jour suivant Cardoville vint l’interroger ; elle ne put s’empêcher de frémir en voyant avec quel sang-froid ce coquin osait exercer la justice, lui, le plus scélérat des hommes, lui qui, contre tous les droits de cette justice dont il se revêtissait, venait d’abuser aussi cruellement de l’innocence et de l’infortune, dont elle composait sa sauve-garde. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Justine, ou les Malheurs de la vertu
“ Je me précipite à terre ; je fais retentir la voûte de mes cris, je frappe ma tête contre les carreaux à dessein d’y trouver une mort plus prompte, & ne rencontrant pas d’expressions à ma rage : scélérat, m’écriai-je, je m’en rapporte au Dieu juste qui me vengera de tes crimes, il démêlera l’innocence, il te fera repentir de l’indigne abus que tu fais de ton autorité ! Cardoville sonne ”
“ « De tout ceci il résulte évidemment que, depuis peu de jours, l’hôtel de Cardoville est le foyer où aboutissent et d’où rayonnent les démarches les plus actives, les plus multipliées, qui semblent toujours graviter autour de M. le maréchal Simon, de ses filles et de M. François Hardy, démarches dont mademoiselle de Cardoville, l’abbé Gabriel, Agricol Baudoin, sont les agents les plus infatigables, et, on le craint, les plus dangereux. » ”
