“ Aussitôt que Katucha entrait dans la chambre où était Nekhludov, aussitôt que de loin il apercevait sa robe rose et son tablier blanc, c’est comme si tout pour lui, aussitôt, s’ensoleillait : tout lui paraissait intéressant, gai, important ; la vie lui devenait une joie. Et elle, de son côté, elle éprouvait la même impression. Et ce n’était pas seulement la présence, l’approche de Katucha qui agissait ainsi sur Nekhludov : la pensée même de l’existence de Katucha le remplissait de bonheur ”
Katucha
Définition et enjeux
Le thème de “Katucha” a été abordé par des auteurs tels que Léon Tolstoï, Henry Bataille ou André le Breton. Il est souvent associé à des termes comme Nekhludov, Pâques, Karamazov, Kacha ou pacha.
Citations sur “Katucha”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 3e partie
“ Et quand, au milieu d’une phrase qu’il traduisait, quand il entendit un bruit de pas dans le corridor, et quand la porte s’ouvrit, et quand, ainsi que cela s’était passé bien d’autres fois depuis trois mois, — mais cette fois-ci, sans doute, serait la dernière, — quand il vit entrer un gardien conduisant derrière lui, vêtue de blanc, avec son fichu sur la tête, Katucha, quand il vit Katucha, ce fut comme si tout le sang de ses veines avait brusquement cessé de couler. « Je veux vivre, je veux avoir une famille, des enfants, je veux prendre une part de bonheur ! » ”
“ Oui, malgré la capote de prisonnière, malgré tout l’ensemble du corps devenu plus large, la poitrine amplement développée, l’empâtement du bas du visage, les rides du front et des tempes, le boursouflement des paupières, c’était bien la même Katucha qui, dans la nuit de Pâques, avait levé vers lui son regard si innocent, l’avait regardé de ses yeux pleins d’amour et de bonheur, et tout resplendissants de vie. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ Les Mêmes, KATUCHASONIA. Regarde-la !... A-t-elle grandi ? NEKLUDOFF. Non... C’est toujours la même Katucha. Quel beau costume j’espère !... KATUCHA timide. Oh ! c’est parce que c’est Pâques... SONIA, bas à Katucha. Tiens, prends ces clefs et va chercher un savon dans l’armoire de ma chambre. KATUCHA. Bien, marraine. (Elle sort, à petits pas vifs.) NEKLUDOFF, surpris. Marraine ? LAURA Oui, nous trouvons mieux qu’elle nous appelle ainsi, tu comprends ?... C’est elle qui nous fait la lecture, quelquefois, maintenant... Sœurette ne veut plus qu’elle soit servante. SONIA. Oh ! ”
“ C’était elle, Katucha. Toujours la même, mais plus charmante encore. De même qu’autrefois, ses yeux noirs qui louchaient légèrement et riaient avec tant de naïveté, regardaient de bas en haut. Comme autrefois elle portait un tablier blanc, très propre. Elle venait lui apporter, de la part des tantes, une savonnette parfumée dont on avait, à l’instant même, retiré l’enveloppe, et deux serviettes : une grande, avec des broderies russes, puis une serviette éponge. ”
“ Nekhludov s’était figuré qu’à cette première entrevue, en constatant son repentir et son intention de lui venir en aide, Katucha se réjouirait, s’attendrirait et redeviendrait la Katucha d’autrefois. Mais à son horreur, il comprit que Katucha n’existait plus et que seule, désormais, existait Maslova. Cela le surprit et l’horrifia. ”
“ Mais Katucha restait assise, sous la pluie et le vent. « Un train va passer : m’étendre sur les rails, et tout sera fini ! » Elle s’apprêtait déjà à exécuter ce projet, lorsque soudain l’enfant qui était en elle avait tressailli ; et aussitôt son désespoir s’était apaisé. Tout ce qui, l’instant d’auparavant, l’avait remplie d’angoisses, le sentiment de l’impossibilité pour elle de vivre, sa haine pour Nekhludov, son désir de se venger de lui en se tuant, toutes ces mauvaises pensées s’étaient effacées. ”
“ Dès le premier instant où il avait revu Katucha, Nekhludov avait senti se réveiller en lui ses impressions d’autrefois. Comme autrefois, il ne pouvait sans émotion voir le tablier blanc de la jeune fille ; il ne pouvait entendre sans plaisir sa voix, son rire, le bruit de ses pas ; il ne pouvait subir de sang-froid le regard de ses yeux noirs, surtout quand elle souriait ”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 3e partie
“ Et la souffrance de Nekhludov avait aussi pour cause la simple jalousie : il s’était tant accoutumé à la pensée d’être aimé de Katucha que la possibilité qu’elle aimât un autre homme le torturait comme une déception. Et Nekhludov souffrait aussi de voir détruits ses projets et ses plans : il avait longuement préparé la façon dont il vivrait près de Katucha, dont il lui tiendrait compagnie et veillerait sur elle jusqu’à l’expiration de sa peine ; si maintenant elle se mariait avec Simonson, sa présence auprès d’elle deviendrait inutile, et il aurait à donner à sa vie un nouvel objet. ”
“ Nekhludov descendit le perron, et, enjambant les flaques d’eau pour poser ses pieds sur la neige durcie, s’avança jusqu’à la fenêtre de l’office. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu’il l’entendait battre ; sa respiration tantôt s’arrêtait, tantôt s’exhalait en un souffle pénible. Une petite lampe éclairait l’office ; Katucha y était seule assise près de la table, les yeux perdus devant elle, l’air pensif. ”
“ « Voilà donc ce qui en est ! » se disait machinalement Nekhludov, en suivant les longs corridors de la prison. C’était maintenant seulement que, pour la première fois, il se rendait compte de l’étendue de sa faute. S’il n’avait pas essayé de racheter sa faute, de la réparer, jamais il n’en aurait senti toute l’étendue ; et elle non plus, Katucha, jamais elle n’aurait senti l’immensité du mal qu’il lui avait fait ! ”
“ Katucha put entendre les mots : « Toute fraîche, venant droit de la campagne. » Puis ce fut elle-même que la dame appela : elle lui dit que le vieux monsieur était un écrivain, qu’il avait beaucoup d’argent, et qu’il lui donnerait tout ce qu’elle voudrait si seulement elle savait lui plaire. Effectivement elle lui plut, et l’écrivain lui donna vingt-cinq roubles, en lui promettant de la revoir souvent. Cet argent fut d’ailleurs vite dépensé : Katucha en remit une partie à sa cousine en paiement de sa pension ; avec le reste, elle s’acheta une robe, un chapeau, et des rubans. ”
“ Mais Nekhludov fut stupéfait de voir que ce sacristain ne comprenait pas que tout ce qui se faisait dans l’église, tout ce qui se faisait dans le monde, ne se faisait que pour Katucha, et qu’elle seule ne pouvait pas rester inaperçue, puisqu’elle était le centre de l’univers entier. C’est pour elle que brillait de l’or de l’iconostase, pour elle que brûlaient les cierges du candélabre ; c’est pour elle que s’élevaient tous ces chants joyeux : « La Pâque du Seigneur ! hommes, réjouissez-vous ! » Et tout ce qu’il y avait de bon et de beau sur la terre n’était que pour elle. ”
“ Toutefois, ce changement dans la situation de Katucha n’allait pas sans de nouvelles complications. Tant qu’elle restait condamnée aux travaux forcés, le mariage qu’il lui proposait n’était que fictif et n’avait pour but que d’alléger sa situation. ”
“ Et tout ce qui était arrivé dans la suite à Katucha avait fortifié en elle cette conviction. Les tantes de Nekhludov, ces vieilles dames confites en dévotion, l’avaient chassée le jour où elle n’avait plus été en état de travailler autant que par le passé. Des personnes diverses à qui elle avait eu affaire ensuite, les unes, — les femmes surtout, — n’avaient vu en elle que de l’argent à gagner, les autres, — les hommes, depuis le stanovoï jusqu’aux gardiens de la prison, — n’avaient vu en elle que la satisfaction de leurs instincts sensuels. ”
“ Et Nekhludov décida, en fin de compte, ce matin-là, qu’il n’irait plus chez les Korchaguine, sauf à leur en expliquer le motif, s’ils désiraient le savoir. Pour ce qui était de ses relations avec Katucha, en revanche, il jugea qu’il n’y avait lieu là à rien sous-entendre. « J’irai la voir dans sa prison, je lui dirai tout, je lui demanderai de me pardonner. Et, s’il le faut,... eh bien ! s’il le faut, je me marierai avec elle ! » L’idée de tout sacrifier pour la satisfaction de sa conscience, et de se marier au besoin avec Katucha, cette idée continuait à lui sourire autant que la veille. ”
“ Non seulement l’animal qui était en lui avait relevé la tête, mais il avait étouffé l’être spirituel qui le gouvernait lors de son premier séjour, et ce matin encore à l’église ; et maintenant cette redoutable bête humaine régnait seule dans son âme. Nekhludov ne cessait d’épier Katucha, malgré cela il ne put se trouver seul avec elle une seule fois de la journée. ”
“ Il avait eu cependant un serrement de cœur lorsque, plusieurs mois après son retour de la guerre, étant venu chez ses tantes, il avait appris que Katucha n’était plus chez elles, qu’elle avait quitté la maison peu de temps après son départ, qu’elle avait eu un enfant, et que, au dire des deux vieilles demoiselles, elle était tombée au degré le plus bas de la corruption. À en juger par les dates, l’enfant qu’elle avait mis au monde pouvait être de lui : mais il pouvait aussi ne pas être de lui. ”
“ Alors Katucha revint chez sa cousine. Celle-ci, la voyant vêtue d’une robe à la mode, avec un beau chapeau et un manteau de fourrure, l’accueillit avec respect, et n’osa plus lui proposer d’entrer dans son atelier ; elle la jugeait désormais promue à une classe supérieure de la société. Pour la Maslova elle-même, d’ailleurs, il ne pouvait plus être question d’entrer dans un atelier de blanchisseuse. ”
“ Et dans cette période de folie égoïste, provoquée chez lui par la vie de Pétersbourg et par la vie militaire, l’homme animal dominait en lui et étouffait complètement l’homme moral. Cependant, quand il eut revu Katucha et que ses sentiments anciens à son égard se furent réveillés, l’homme moral redressa la tête et réclama ses droits. Ce fut la cause d’une lutte inconsciente mais ininterrompue qui se livra en Nekhludov durant les deux journées qui précédaient Pâques. ”
“ À travers les champs, on ne pouvait distinguer le sentier ; devant soi et dans la forêt il faisait noir comme dans un four. Katucha, malgré qu’elle connût très bien le chemin, avait failli s’égarer, et était arrivée à la petite station où le train n’avait qu’un arrêt de trois minutes, quand le second signal de la cloche avait déjà été donné. S’élançant sur le quai, Katucha l’aperçut aussitôt par la fenêtre du wagon de première classe. Ce wagon était vivement éclairé. Installés face à face sur les banquettes de velours, deux officiers jouaient aux cartes. ”
“ Cette lecture macabre augmenta encore l’indéfinissable sentiment de dégoût éprouvé par Nekhludov. L’existence de Katucha, le pus découlant des narines, les yeux sortis de leurs orbites, et sa propre conduite passée, envers elle, tous ces faits lui paraissaient du même ordre et semblaient l’étreindre et le suffoquer. Cette lecture de l’examen extérieur enfin terminée, le président, croyant que c’était fini, poussa un soupir de soulagement et releva la tête ; mais aussitôt le greffier passa à un second document, l’examen intérieur du cadavre. ”
André le Breton, Revue des Deux Mondes
“ Sans doute, le héros de Tolstoï, le prince Nekludov, riche, élégant, considéré, ne ressemble guère au héros de Victor Hugo, au galérien Jean Valjean, encore que leur histoire à tous deux soit celle de leur retour au bien, de leur « résurrection, » et qu’ils s’emploient dès lors avec une égale ardeur à secourir les infortunés. Mais, auprès de Nekludov, il y a Katucha, qui est même en réalité le personnage principal du roman, qui « ressuscite » elle aussi ; et le lecteur n’est pas long à s’apercevoir que Katucha est sœur de Valjean en même temps que de Fantine. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ Tiens ! il y a donc encore des gens à la ferme ? (Il se penche.) KATUCHA. Oui, les paysans du village voisin qui sont venus raccompagner ceux d’ici... Ils sont venus pour le feu de Pâques, Dimitri. NEKLUDOFF. Ah ! oui ! la grande flambée devant laquelle on chante des chansons ; et, au refrain, tout le monde frappe des mains, en faisant tous bas un vœu. KATUCHA. Et ce vœu-là est exaucé dans l’année, Dimitri. NEKLUDOFF. Dis, dis-moi à l’oreille une de ces chansons... et tu feras un vœu au refrain. KATUCHA. Je ne peux pas... cela réveillerait vos tantes, Dimitri ! ”
“ Il courut l’attendre devant le perron, et tout de suite, sans lui dire un mot, il l’enlaça de ses bras. Elle se serra contre lui, leva la tête, et offrit ses lèvres à son baiser. Et ils se tinrent debout, devant le coin de la maison, dans un endroit qui se trouvait sec ; et toujours Nekhludov sentait grandir en lui l’irrésistible désir de la posséder. Mais soudain ils entendirent une fois de plus grincer la porte ; et la voix irritée de Matréna Pavlovna cria, dans la nuit : « Katucha ! » Elle s’arracha de ses bras et courut à l’office. ”
“ C’est une jeune personne d’excellentes manières, et pleine de chic. Elle a été élevée dans une famille noble : elle sait même le français ! Peut-être lui est-il arrivé autrefois de boire un peu trop : mais jamais je ne l’ai vue s’oublier une seule minute. Une jeune personne tout à fait gentille ! Katucha avait tenu les yeux fixés sur Mme Kitaiev ; elle les transporta ensuite sur les jurés, et notamment sur Nekhludov, qui observa qu’au même instant son visage prenait une expression grave et presque sévère. Longtemps ces deux yeux, avec leur étrange regard, restèrent fixés sur Nekhludov ”
“ Nekhludov avait vu Katucha pour la première fois alors qu’étudiant de troisième année à l’Université, il s’était installé pendant l’été chez ses tantes, pour y préparer sa thèse sur la propriété foncière. Il passait ordinairement ses étés avec sa mère et sa sœur, dans le grand domaine de sa mère, près de Moscou. Mais sa sœur s’étant mariée cette année même, sa mère était partie aux eaux à l’étranger. Nekhludov, ayant sa thèse à écrire, s’était alors décidé à passer l’été chez ses tantes. Chez elles, dans leur retraite, tout était calme et il n’y avait pas de distractions ”
“ Pour toute fortune, Katucha possédait cent vingt-sept roubles : vingt-sept qu’elle avait gagnés, et les cent roubles que lui avait donnés son séducteur. Quand elle sortit de chez la sage-femme, il lui restait six roubles. La sage-femme lui avait pris quarante roubles pour sa pension pendant deux mois ; vingt-cinq roubles avaient servi à payer l’envoi de l’enfant à l’asile ; et la sage-femme avait encore soutiré quarante roubles, en manière d’emprunt, pour s’acheter une vache ”
“ Or, dans ce même été, la veille de l’Ascension, une dame du voisinage vint en visite chez les deux vieilles demoiselles, accompagnée de ses enfants et d’un jeune peintre de race paysanne, un ami de son fils. Après le thé, les jeunes gens organisèrent une partie de courses sur un pré qui s’étendait devant la maison, et dont l’herbe avait été récemment fauchée. Katucha fut invitée à prendre part au jeu, et un moment arriva où Nekhludov eut à courir avec elle. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ Et alors, je resterai... et alors on reprendra sa vie régulière d’autrefois, des vacances. Le soir, je vous referai la lecture au salon... Allons, allons, on fera encore des réussites, tous les trois, je vois ça... vos réussites !... SONIA. Tu l’entends, soeurette ? LAURA. A-t-il tout ce qui lui faut, au moins ? Et les ablutions ? (Appelant à la porte.) Katucha ! Katucha ! LA VOIX DE KATUCHA, au dehors. Voilà !... Voilà ! LAURA, dans l’escalier. Dis à Tikon d’apporter l’eau chaude et viens vite chercher mes clefs. KATUCHA, au dehors. Tout de suite. NEKLUDOFF, à Sonia. J’ai tout revu... ”
“ Après que les Asouras m’eurent tué, brûlé, réduit en cendres, Kâvya, ils m’ont fait avaler par ta sainteté dans une liqueur enivrante. Comment échapper à ce piège de Démons, à ce piège fait pour y prendre un brahmane, sans qu’il t’en coûte la vie ? » 3238. « Comment te ferai-je plaisir, ma fille ? dit Çoukra. C’est ma mort seulement, qui peut racheter la vie de Katcha : c’est en me brisant le sein, qu’on peut le rendre à tes yeux, et non autrement. Katcha fut introduit en moi, Dévayânî ! » ”
