“ Peut-être cet aspect lugubre eût augmenté le chagrin de Leila, si les chants du taméos, qui s’exhalaient en murmures harmonieux et plaintifs, n’étaient venus, par leur ravissante et naïve mélodie, changer la tristesse de la jeune Arabe en mélancolie douce et rêveuse. Leila s’avança vers le sanctuaire. L’élu du grand scheik des Vallons Verts. Au fond du temple, le coupant dans toute sa largeur, s’étendait un vaste rideau pourpre de damas de Perse, à fleurs d’argent. Son étoffe soyeuse et transparente paraissait cacher un foyer de lumière. ”
Leila
Définition et enjeux
Citations sur “Leila”
Théophile Gautier,
Romans et contes
“ Vous avez voulu épouser Leila l’esclave, Boudroulboudour la péri se charge de la remplacer. Je serai Leila pour tous et péri pour vous seul ; car je veux votre bonheur, et le monde ne vous pardonnerait pas de jouir d’une félicité supérieure à la sienne. Toute fée que je sois, c’est tout au plus si je pourrais vous défendre contre l’envie et la méchanceté des hommes. ”
Various, L'Illustration, No. 0021, 22 Juillet 1843
“ Léila vient le visiter dans son cachot sous sa forme aérienne. «Abandonne cette esclave, lui dit-elle, et tu en seras récompensé par mon amour et par l'immortalité.--Non, dit Achmet; c'est elle que j'aime, et non pas toi.»--Et Léila, si jalouse naguère de la pauvre Nourmahal, s'en va toute charmée de cette déclaration. Qu'en pensez-vous, madame, vous qui, en ce moment même, tenez l'Illustration entre vos jolis doigts? ”
Anna de Noailles,
Les Éblouissements
“ S’étendre dans les champs gonflés d’onde et de sève, Près des paons enivrés d’amour. Les voir quand leur tendresse est si vive et si forte Que, Leila frappant à son toit, Hafiz lui demandait : « Qui frappe de la sorte ? » Et Leila répondait « C’est toi... » Hélas ! ”
Various, L'Illustration, No. 0021, 22 Juillet 1843
“ S'il aime l'esclave, il sera infidèle à la Péri. Il faut que vous lui supposiez un coeur bien changeant pour imaginer qu'il passe aussi rapidement de l'une à l'autre.C'est ce qu'il fait pourtant. Il s'enflamme d'un tel amour pour cette nouvelle venue, qu'il en oublie complètement la Péri, et qu'il sacrifie pour elle son repos, sa fortune, sa vie même. Voici comment.Léila a pris la forme extérieure d'une esclave qui s'est échappée du harem du pacha. Le pacha la réclame. Achmet la refuse, et la cache si bien qu'on ne peut la trouver. On arrête Achmet et on le met en prison. ”
Charles-Marie Leconte de Lisle, Poèmes barbares (Édition définitive… (1889)
“ Le Sommeil de Leïlah Ni bruits d'aile, ni sons d'eau vive, ni murmures; La cendre du soleil nage sur l'herbe en fleur, Et de son bec furtif le bengali siffleur Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres. Dans le verger royal où rougissent les mûres, Sous le ciel clair qui brûle et n'a plus de couleur, Leïlah, languissante et rose de chaleur, Clôt ses yeux aux longs cils à l'ombre des rainures. Son front ceint de rubis presse son bras charmant; L'ambre de son pied nu colore doucement Le treillis emperlé de l'étroite babouche. Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé, Telle qu'un fruit de pourpre, ardent et parfumé, Qui rafraîchit le coeur en altérant la bouche. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Vos cœurs étaient faits pour s’entendre, et il est fâcheux qu’une si touchante harmonie n’ait pu durer davantage. Or donc la belle Lélia est morte. Console-toi, ma charmante, il n’en est rien. J’ai vu hier quelqu’un qui est toujours bien informé à son égard, et Lélia a, je crois, plus envie de vivre à l’heure qu’il est qu’il ne convient à une personne d’un si grand caractère. — Que veux-tu dire ? s’écria Pulchérie, tu as des nouvelles de Lélia ? tu sais où elle est, ce qu’elle est devenue ?... — Oui, j’ai des nouvelles vraiment intéressantes, répondit Sténio avec une nonchalance superbe. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Il y a des douleurs qui se nourrissent d’elles-mêmes ; il y en a qui s’effraient et qui se fuient comme des remords. Molle et paresseuse comme la brise, comme l’onde, comme tout ce jour de mai si doux et si somnolent, Lélia, penchée sur la balustrade, plongeait du regard dans la plus belle vallée que le pied de l’homme civilisé ait foulée. Le soleil était descendu derrière l’horizon, et pourtant le lac conservait encore un ton rouge ardent comme si l’antique dieu, qu’on supposait rentrer chaque soir dans les flots, se fût en effet plongé dans sa masse transparente. ”
“ Lélia ne vous a jamais poursuivi, jamais aimé !... — Eh ! je le sais, dit tranquillement le prêtre. Vous ne me comprenez pas : écoutez, asseyez-vous avec moi sur le tronc de ce mélèze qui sert de pont au-dessus-de l’abîme. Là, plus près de moi, votre main dans la mienne, ne craignez rien. L’arbre ploie, le torrent gronde, le gouffre écume là-bas, dans cette noire profondeur, juste au-dessous de nous : cela est beau ! c’est l’image de la vie. En parlant ainsi, l’insensé entourait Sténio de ses bras crispés par la fièvre. ”
“ Oui, c’est vous, c’est ma Lélia ; c’est elle dont la voix est si puissante et si belle, c’est elle dont les cheveux noirs flottent au vent de la mer : là voilà qui s’avance, portée sur sa gondole bondissante. Ô Lélia ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Eh bien, Lélia, que Dieu me le pardonne encore ! pendant un moment je l’ai cru et j’ai failli lui retirer mon hommage pour vous l’offrir. Je me suis laissé éblouir et subjuguer par la puissance qui était en vous. Hélas ! il faut l’avouer, je ne vous vis jamais si belle. Pâle comme une des statues de marbre blanc qui veillent auprès des tombeaux, vous n’aviez plus rien de terrestre. Vos yeux brillaient d’un feu sombre ; et votre vaste front, dont vous aviez écarté vos cheveux noirs, s’élevait, sublime d’orgueil et de génie, au-dessus de la foule, au-dessus du prêtre, au-dessus de Dieu même. ”
“ Oh, quelle heure délicieuse ! s’écria Sténio, en ouvrant ses narines et sa poitrine à cet air vivifiant. Ô ma Lélia ! je suis sauvé, je suis rajeuni. Je sens en moi un homme nouveau. Je vis d’une vie plus suave et plus pleine. Lélia, je veux te remercier à genoux : car j’étais mourant, et tu as voulu me guérir, et tu m’as fait connaître les délices du ciel. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Comme sa voix s’élevait, pleine et inspirée, dans la plainte du vent, dans les accords aériens de la cascade, dans la respiration magnétique des plantes qui se cherchent, s’appellent et s’embrassent à l’ombre de la nuit, à l’heure des mystères sacrés et des divines révélations ! Alors Lélia était partout, dans l’air, dans le ciel, dans les eaux, dans les fleurs, dans le sein de Dieu. Dans le reflet des étoiles, Sténio voyait son regard mobile et pénétrant ; dans le souffle des brises, il saisissait ses paroles incertaines ; dans le murmure de l’onde, ses chants sacrés, ses larmes prophétiques ”
George Sand,
Lélia
(1841)
“ Il me semble que je viens de voir votre bon ange s'envoler au bruit de ce rire amer et discordant. — Il n'y a pas de mauvais ange ici, dit Lélia, et, quant à mon bon ange, je me le serai à moi-même. Lélia saura sauver Lélia. Celui qui s'envole épouvanté par ce rire d'anathème et d'adieu, c'est l'esprit tentateur, c'est le fantôme qui avait revêtu une face d'ange, c'est celui que ma raillerie méprisante salue là-bas ; c'est Sténio, le poëte sacré, qui soupe cette nuit chez les filles de joie. ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ Mais Lélia, vengeresse de l'honneur du couvent, surgit comme un fantôme et entrave ses desseins. Que reste-t-il au poète, sans abbesse, sans novice, sinon de se noyer dans le lac prochain? Il met ce projet à exécution, et il est temps, car le roman est déjà très long, débordant de digressions fastueuses, de descriptions variées et de tirades éloquentes. Lélia, qui n'a pas voulu partager la vie de Sténio, tient à le rejoindre dans la mort. C'est une femme d'un caractère compliqué et contradictoire. ”
“ Les cheveux de Lélia et les plis de son écharpe retombaient sur son sein, et Sténio cherchait en vain un regard dans ses yeux dont le feu savait si bien percer les ténèbres, quand Lélia daignait être femme. Mais à quoi pensait Lélia en regardant le sillage de la barque ? — La brise avait emporté le brouillard ; tout à coup Trenmor aperçut à quelques pas devant lui les arbres du rivage, et, vers l’horizon, les lumières rougeâtres de la ville ; il soupira profondément. ”
“ Vous ne descendrez jamais si bas. Ah ! plutôt revenez à nous. Ouvrez-moi vos bras, et ne désespérez pas de vous-même. Laissez-moi éprouver sur vos sens engourdis la puissance de mes caresses. Laissez-moi vous rajeunir et vous ranimer. Laissez-moi vous étreindre et vous arracher des cris de souffrance. Venez à moi, Lélia, je serai patient et résigné. J’attendrai sans colère que votre sang se réchauffe et que votre cœur se dilate. Je ne vous commanderai pas une joie aussi prompte que la mienne. Je me dévouerai à votre bonheur, et, j’en suis sûr, un moment viendra où nos larmes se mêleront. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Tiens, Sténio, maintenant que tu me rassures et me consoles en m’apprenant qu’elle vit, je puis te dire ce que j’ai pensé lorsqu’elle a disparu si étrangement de cette ville. — Étrangement, pourquoi étrangement ? Rien de ce que fait Lélia n’a droit d’étonner ; ses actes diffèrent de ceux des autres, mais son âme n’en diffère-t-elle pas aussi ? Elle part tout à coup, et sans dire adieu à personne, sans voir sa sœur, sans adresser un mot d’affection à celui qu’elle disait chérir comme son fils : quoi de plus simple ? Son généreux cœur ne se soucie de personne ”
“ Comme cette pensée m’attachait à elle ! Dites, dites ! Avez-vous jamais saisi son ame ? Avez-vous deviné l’idée qui fermentait dans son grand front ? Avez-vous creusé son cerveau et fouillé dans les trésors de sa pensée ? Non ! vous ne l’avez pas fait. Lélia ne vous a pas appartenu non plus. Vous ne savez pas ce que c’est que Lélia. Vous l’avez vue sourire tristement, ou rêver d’un air ennuyé ; vous n’avez pas vu son sein se gonfler, ses larmes couler ; sa colère, sa haine ou son amour, vous ne les avez pas vu se répandre ! Dites, jeune homme, vous n’êtes pas plus heureux que moi ? ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Elle se sentit si découragée, si mal placée dans la vie, qu’elle se laissa tomber sur l’herbe et s’abandonna à ces pleurs puérils qui sont l’affreuse expression d’un abandon complet de la force et de l’orgueil humain. Lélia était plus forte en apparence qu’aucune créature de son sexe. Jamais, depuis qu’elle était Lélia, personne n’avait surpris les secrets de son âme sur son impassible visage ; jamais on n’avait vu couler une larme de souffrance ou d’attendrissement sur sa joue sans couleur et sans pli. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Si j’avais osé faire le prêtre avec vous, n’auriez-vous pas achevé de me rendre incrédule ? — Voilà donc, leur dit Lélia d’un ton amer, à quoi tient votre force ! la faiblesse d’autrui fait votre puissance ; mais, dès qu’on vous résiste, vous reculez et vous avouez en riant que vous jouez un faux rôle parmi les hommes, charlatans et imposteurs que vous êtes ! Hélas ! Trenmor, où en sommes-nous ? Où en est le siècle ? Le savant nie, le prêtre doute. Voyons si le poëte existe encore. Sténio, prends ta harpe et chante-moi les vers de Faust ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Est-ce que ta voix, qui chantait de si suaves harmonies, s’est enrouée à crier dans l’ivresse ? Est-ce que ta poitrine, épanouie et dilatée dans l’air pur des montagnes, s’est desséchée et brûlée au feu de l’orgie ? Est-ce que ta lèvre, que les anges venaient baiser dans ton sommeil, s’est souillée à des lèvres infâmes ? Est-ce que tu as tant souffert, tant rougi et tant lutté, ô Sténio ! ô le bien-aimé fils du ciel ? — Lélia ! Lélia ! ne parle pas ainsi, s’écria Sténio en tombant aux genoux de l’abbesse ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Savez-vous ce que c’est que l’homme ? Savez-vous ce que c’est que Dieu ? Connaissez-vous la terre, connaissez-vous le ciel ? — Prêtre, laissez-moi vous quitter, dit Sténio, que l’aliéné voulait entraîner vers sa grotte. Je ne saurais écouter vos paroles sans terreur. Vous maudissez Lélia, vous la condamnez au néant, et vous osez parler de Dieu, et vous osez porter l’habit de ses ministres ? — Enfant, dit le prêtre, c’est parce que je crains Dieu, c’est parce que je respecte l’habit que je porte, que je maudis Lélia. Lélia ! ma perte, ma séduction, ma ruine ! Lélia ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Lélia, je vous plains, et je me plains aussi d’être votre disciple et votre esclave. Vous connaissez beaucoup trop la vie pour être heureuse ; j’espère encore que le malheur vous a aigrie, que vous exagérez le mal ; je repousse encore cette accablante insinuation de votre lettre : — que les meilleurs parmi les hommes sont les plus vains, et que l’héroïsme est une chimère ! Tu le crois, pauvre Lélia ! ”
“ Il faut devant elle regarder et sentir : le plus grand poëte est alors celui qui invente le moins. Mais Sténio avait au fond du cœur la source de toute poésie, l’amour ; et, grâce à l’amour, il couronnait les plus belles scènes de la nature, avec une grande pensée, avec une grande image, celle de Lélia. Qu’elle était belle, Lélia, reflétée dans les eaux de la montagne et dans l’ame du poëte ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Écoute, écoute, dit le prêtre, il y avait deux Lélia : tu n’as pas su cela, jeune homme, parce que tu n’étais pas prêtre, parce que tu n’avais ni révélations, ni visions, ni pressentiments. Tu vivais naturellement, et d’une grosse vie facile et commune ; moi j’étais prêtre, je connaissais les choses du ciel et de la terre, je voyais Lélia double et complète, femme et idée, espoir et réalité, corps et âme, don et promesse ; je voyais Lélia telle qu’elle est sortie du sein de Dieu : beauté, c’est-à-dire tentation ; espoir, c’est-à-dire épreuve ; bienfait, c’est-à-dire mensonge ”
“ Nous étiez indignée, vous ma sœur farouche, de l’intérêt que j’accordais à un homme ; vous n’étiez sensible qu’aux insaisissables beautés de la nature, au son, à la couleur, jamais à la forme distincte et palpable. Un chant éloigné vous faisait verser des larmes. Mais, dès que le pâtre aux jambes nues paraissait au sommet de la colline, vous détourniez les yeux avec dégoût ; vous cessiez d’écouter sa voix ou d’y prendre plaisir. En tout la réalité berçait vos perceptions trop vives et détruisait votre espoir trop exigeant. N’est-il il pas vrai, Lélia ? ”
“ Oh ! s’écria-t-il avec transport, tu pleures ! Tu vis donc enfin ? Lélia passa ses doigts dans les cheveux parfumés de Sténio, et, attirant sa tête sur son sein, elle la couvrit de baisers. Rarement il lui était arrivé d’effleurer ce beau front de ses lèvres. Une caresse de Lélia était un don du ciel aussi rare qu’une fleur oubliée par l’hiver, et qu’on trouve épanouie sur la neige. Aussi cette brusque et brûlante effusion faillit coûter la vie à l’enfant qui avait reçu des lèvres froides de Lélia son premier baiser de femme. Il devint pâle, son cœur cessa de battre ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Lélia a disparu, et les couleuvres aussi ; et les langues de feu, et le sang, et les larmes ont disparu, et je me suis trouvé seul au pied des arceaux de la cathédrale. Le jour naissait, les vapeurs se dissipaient un peu ; l’archange de pierre porta alors à ses lèvres la trompette que sa main tient immobile depuis plusieurs siècles : il en tira une fanfare éclatante dans laquelle je distinguai ce cri sauveur : Lélia n’est plus ! La chouette rentra sous le chapiteau qui lui sert de retraite, en répétant : Lélia n’est plus ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Je ne veux pas de vos plaisirs, je n’en ai pas besoin : c’est de Lélia seule que je voudrais tenir le bonheur. Si elle me repousse, je vivrai seul, et je mourrai vierge. Je ne souillerai pas sur le sein d’une courtisane ma poitrine embrasée d’un pur amour. — Viens donc, Lélia, dit Pulchérie en attirant sa sœur vers Sténio ; viens récompenser une fidélité digne des temps chevaleresques. ”
