“ Bientôt son caprice pour moi devint une véritable persécution ; mais mon cœur brûlait pour Tryphène, et je fermais l’oreille aux propositions de Lycas. Le refus irritant ses désirs, il me suivait partout. Une nuit, il pénètre dans ma chambre ; se voyant rebuté, il passe des prières à la violence : mes cris furent si aigus, qu’ils réveillèrent les valets ; et, grâce au secours de Lycurgue, j’échappai sain et sauf aux attaques de ce brutal. Voyant que la maison de Lycurgue opposait trop d’obstacles à ses desseins, Lycas voulut m’attirer chez lui. ”
Lycas
Définition et enjeux
Le thème de “Lycas” a été abordé par des auteurs tels que Pétrone, Petronius Arbiter, André Mareschal Philip Sidney, Mlle Duwicquet d'Ordre ou Voltaire. Il est souvent associé à des termes comme Tryphène, Giton, Lycurgue, le navire ou le berger.
Citations sur “Lycas”
“ Telles étaient nos positions réciproques à notre arrivée chez Lycas : Tryphène se mourait d’amour pour Giton, Giton répondait de tout cœur à son amour, double spectacle qui n’avait rien d’agréable à mes yeux. Pendant ce temps, Lycas, dans son désir de me plaire, s’ingéniait à inventer chaque jour un nouveau divertissement ; en bonne maîtresse de maison, sa femme, la belle Doris, le seconda de son mieux et avec tant de grâce et de distinction qu’elle chassa bien vite Tryphène de mon cœur. ”
“ Mais lorsque la tempête fut à son comble, Lycas, épouvanté et tendant vers moi ses mains suppliantes : — Encolpe, s’écria-t-il, secourez-nous dans cette extrémité ; rendez le voile sacré et le sistre à la patronne de ce navire ! Au nom des dieux, daignez compatir à notre sort : votre cœur ne fut jamais sourd à la pitié ! — Il criait de toutes ses forces, quand un coup de vent le jeta dans la mer. Nous le vîmes reparaître un instant, tournoyer sur la vague, puis le gouffre béant l’engloutit sans retour [3] . Déjà des esclaves fidèles s’étaient hâtés d’enlever Tryphène ”
“ Elle les révèle à Lycas. La jalousie triomphant de l’amour, il court à la vengeance. Mais Doris, prévenue par une servante de Tryphène, pour détourner l’orage, suspend notre secrète intimité. Dès que j’eus compris tout cela, maudissant cette perfide Tryphène et ce Lycas au cœur ingrat, je pris le parti de filer. La fortune me fut favorable. La veille, justement, le navire sacré d’Isis, riche butin, avait fait naufrage sur les rochers voisins. Je tins donc conseil avec Giton, qui se mit facilement d’accord avec moi, parce que Tryphène, l’ayant vidé jusqu’à la moelle, semblait le négliger. ”
“ Lycurgue, persuadé par mon discours, jura de nous défendre envers et contre tous. Ce ne fut qu’au réveil de Tryphène et de Doris qu’on s’aperçut de notre disparition. Chaque matin, nous assistions galamment à la toilette de ces dames, et notre absence inattendue devait sembler étrange. Aussitôt Lycas met ses gens en campagne ; les recherches se dirigent surtout vers la côte : on apprend notre tournée sur le tillac du navire ; mais du vol point de nouvelles, car la poupe tournait le dos au rivage, et le pilote était encore à terre. ”
“ À cette nouvelle, ils prennent la même route, et nous nous rencontrons sous le portique du temple. Leur abord nous déconcerta. Lycas querellait déjà Lycurgue au sujet de notre fuite, mais une réponse fière et menaçante lui ferma bientôt la bouche. Fort de l’appui de Lycurgue, j’élève la voix à mon tour ; je reproche hautement à Lycas les assauts scandaleux livrés à ma pudeur par sa lubricité, tantôt chez lui, tantôt chez Lycurgue. ”
“ CXIII. ENCOLPE EN BUTTE AUX ASSAUTS ET DE LYCAS ET DE TRYPHÈNE PAR LA FAUTE D’UNE PERRUQUE Cette histoire fit beaucoup rire les matelots. Quant à Tryphène, elle cachait sa rougeur [35] en penchant amoureusement son visage sur le cou de Giton. Lycas, lui, ne riait pas, mais secouant une tête indignée : « Si le gouverneur, dit-il, avait été juste, il eût fait reporter dans son tombeau cet honnête bourgeois et mettre la femme en croix. » ”
“ Transporté de colère, Lycas éclata : « Pauvre femme, dit-il, comment pouvez-vous être assez simple pour croire ces lettres marquées au fer chaud ! Plût au Ciel que les marques qui souillent leurs fronts fussent véritables. Ce serait pour nous une suprême consolation. Mais on cherche encore à nous tromper par toute cette comédie, et cette inscription postiche n’est qu’un nouveau moyen de se moquer de nous. » ”
“ Qu’avaient-ils besoin, dit Lycas, de se raser la tête, pour s’offrir à nous en suppliants ? depuis quand un front chauve est-il plus digne de compassion ? Mais à quoi bon m’arrêter à chercher la vérité dans les paroles d’un interprète ? Qu’as-tu à dire, infâme voleur ? quelle salamandre [2] a fait tomber tes sourcils ? à quelle divinité as-tu fait le sacrifice de ta chevelure ? ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Les matelots accueillirent cette fable par des rires soutenus et Tryphœna, qui ne rougissait pas médiocrement, déroba son visage dans le sein de Giton, avec un air de caresse. Mais Lycas ne se dérida point et, secouant sa tête irritée:—Si l'Imperator, dit-il, avait fait son devoir, le corps du défunt eût été replacé dans la tombe et sa veuve mise en croix. ”
“ Nous verrons plus loin à quel supplice Lycas les condamna pour expier cette impiété, bien qu’ils prétendissent, pour se disculper, qu’ils ignoraient qu’on ne fait le sacrifice de ses cheveux sur un vaisseau qu’à la dernière extrémité, etc. Du reste, le sacrifice des cheveux passait, chez les anciens, pour un des plus agréables qu’ils pussent offrir aux dieux. Les esclaves prêts à être affranchis, se rasaient la tête, et en consacraient la dépouille à quelque dieu, comme en échange du bienfait de la liberté qu’ils supposaient lui devoir. ”
“ Lycas m’avait très bien reconnu, comme si lui aussi avait entendu ma voix. Il accourt à son tour : il ne regarda ni mes mains ni ma figure, mais sa vue se fixa immédiatement sur mon braquemart que, de sa main officieuse, il soupesa, et aussitôt : « Bonjour, dit-il, Encolpe ! » Et l’on s’étonnera que la nourrice d’Ulysse ait trouvé à vingt ans de distance la cicatrice signe de sa noble origine, alors que cet habile homme, sans se laisser dérouter par mon déguisement, alla, avec tant de perspicacité, tout droit au signalement authentique de son fugitif. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Pertinemment, Lycas avait pris ses mesures. Pendant la route, il se fit mon voisin, tandis que Tryphœna s'asseyait près de Giton. L'homme avait ainsi disposé les choses, connaissant bien les complexions de sa maîtresse, qu'elle se plaisait au changement, et qu'elle ne manquerait pas de convoiter le cher mignon. [Pg 32] Ce qui ne tarda guère d'advenir. La belle ardait pour le gamin, s'affichait de bonne grâce. Lycas, avec grand soin, m'indiquait leur manège. ”
“ Néanmoins, Lycas, pour purifier son vaisseau, nous condamna l’un et l’autre à recevoir quarante coups de corde [3] . L’exécution suivit de près l’arrêt. Les matelots, armés de câbles, se jettent sur nous comme des furieux, et se disposent à apaiser leur divinité tutélaire [2] par l’effusion d’un sang abject. Pour moi, je digérai les trois premiers coups avec la fermeté d’un Spartiate [4] ; mais Giton, dès la première décharge, jeta un cri si perçant, que Tryphène s’émut aux accents de cette voix connue ; ses femmes en furent frappées comme elle, et s’élancèrent aussitôt vers le pauvre patient. ”
“ D’abord, c’est que Lycas n’a pas le droit d’empêcher des hommes libres de naviguer où bon leur semble. Secondement, c’est que, lors même que ce seraient des esclaves, le maître le plus cruel pardonne à son esclave fugitif que le repentir ramène à ses pieds. Enfin, comment ne pas pardonner à un ennemi qui se livre à notre merci ? ”
“ Tryphène veut défendre Lycas ; elle en fut bien punie ! Le bruit de notre querelle avait arrêté les passants : je dévoile en leur présence la turpitude de cette femme ; puis, montrant successivement et Giton et moi-même : — Vous le voyez, m’écriai-je ; sa pâleur et la mienne ne déposent que trop contre cette Messaline ! — Atterrés de voir que les rieurs étaient pour nous, nos ennemis se retirent confus, mais jurant tout bas de se venger. Ne pouvant plus douter de la prévention de Lycurgue en notre faveur, Lycas et Tryphène résolurent de l’attendre chez lui, pour le détromper de son erreur. ”
“ Lycas, Encolpe, Giton et Tryphène, ne trouvant pas qu’on vécût assez librement chez Lycurgue, prirent le partides’en aller à la maison de Lycas, où ils espéraient d’être plus à leur aise, et comptaient de faire meilleure chère. — Je vous avoue que vous commencez à m’embarrasser pour vous répondre ; tantôt je vous vois si confus, que j’ai peine à débrouiller ce que vous prétendez montrer clairement ; et tantôt vos connaissances sont si bornées, qu’il ne leur est pas permis de parvenir à celle de l’auteur : car de croire qu’il y ait de la malice en votre fait, je ne puis me l’imaginer. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Empêtrés dans la glu des baguettes, ils se laissent prendre à la main. L'aure fait tournoyer leurs plumes voltigeantes et roule dans l'écume inerte leurs pennes arrachées. Déjà Lycas, avec moi, commençait à rentrer en grâce; déjà Tryphœna sur Giton éparpillait les dernières gouttes de son breuvage, quand Eumolpus, en pointe de vin, se mit à pousser des calembredaines sur les chauves et les teigneux jusqu'au temps qu'ayant épuisé son très insipide badinage, il reprit la pente de ses vers et nous débita une petite élégie emperruquée ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Nous, feignant de ne pas ouïr la malédiction du vomisseur, nous reprenons un masque de tristesse, et, dans le plus profond silence, nous passons le restant des heures de la nuit, fort mal insoporés. [Le lendemain, Eumolpus entra dans la cabine de Lycas, d'abord qu'il sut que Tryphœna était en commodité de recevoir. Après quelques discours touchant l'heureuse navigation qu'augurait la sérénité du ciel, adressant la parole à Tryphœna Lycas] :—M'est apparu, dit-il, pendant mon sommeil, Priapus qui vaticinait: «Cet Encolpis que tu cherches, apprends qu'il fut conduit par moi sur ton navire.» ”
“ Eumolpe adresse à Lycas un discours selon toutes les règles de l’art oratoire. Il commence par un exorde insinuant et modeste, où il établit que lui, l’avocat des coupables, n’est pas un homme inconnu à Lycas, à la fois juge et partie dans cette cause ; ensuite, pour l’intéresser davantage en faveur de ses clients, il lui rappelle qu’ils ont été autrefois ses amis intimes, amicissimi. Puis arrivant, sans autre préparation, au fait principal, il adresse à Lycas cette question : Vous croyez peut-être que c’est le hasard qui a conduit ces jeunes gens sur votre bord ? ”
“ Barbares ! suspendez ce cruel châtiment ! C’est Giton, madame ; venez à son secours ! — Ce nom n’eut pas plutôt frappé les oreilles de Tryphène (on croit sans peine ce que l’on désire) , qu’elle vole vers l’aimable enfant. Quant à Lycas, qui ne me connaissait que trop, il n’eut pas besoin d’entendre ma voix ; certain de ma présence, il accourt ; et, sans s’arrêter à examiner mes mains ou mon visage, il fixe ses regards plus bas que ma ceinture, et, par un simple attouchement, s’assure que c’est bien moi. — Bonjour, Encolpe, me dit-il aussitôt. ”
“ Ajoutez à cela que Lycas, par humanité, voudra peut-être visiter le moribond. Voyez maintenant s’il est de votre intérêt d’attirer auprès de vous ce même capitaine que vous fuyez. Mais supposons qu’il soit facile de détourner le vaisseau de sa destination lointaine ; supposons même que Lycas ne fera pas la visite et l’inspection de ses malades : comment parviendrons-nous à descendre du vaisseau sans être vus de tout le monde ? Sortirons-nous la tête couverte, ou nue [4] ? Si nous nous couvrons la tête, tout le monde voudra présenter la main à de pauvres malades ”
“ Encolpe et Giton s’attachent l’un avec l’autre pour mourir plus étroitement unis, et la mort n’ose toucher à leurs plaisirs. La voluptueuse Tryphène se sauve avec toutes ses hardes dans un esquif. Eumolpe fut si peu ému du danger, qu’il avait le loisir de faire quelques épigrammes. Lycas, le pieux Lycas appelle inutilement les dieux à son secours ; à la honte de leur providence, il paye ici pour tous les coupables. Si l’on voit quelquefois Encolpe dans les douleurs, elles ne lui viennent point de son repentir ; il a tué son hôte, il est fugitif ”
André Mareschal Philip Sidney, La Cour bergère ou L’Arcadie de Messire Philippe Sidney
“ Lycas, Phyloclée, Zelmane, Pamele.Lycas L'Amour, sans offenser les lois de la prudence, [795] Vous peut-il interrompre en cette confidence ? Zelmane Vous voyez, nous tentons ce combat hasardeux ; Mais c'est sans avantage, et de deux contre deux. Phyloclée Quel besoin de combattre à qui tient la victoire ? Lycas Avouez-nous vaincus, nous aurons trop de gloire. [800] Phyloclée La partie est suspecte où le plus fort se rend. Pamele Berger, et Cavalier, l'avantage est trop grand ; M'attaquer à deux fronts ? À cet assaut je tremble ; Puis-je vaincre Lycas et Lyzidor ensemble. ”
“ Ascylte avait eu jadis des bontés pour lui ; il nous reçut d’une manière affable ; nous trouvâmes bonne compagnie, et nous y passâmes le temps très-agréablement. Parmi les femmes réunies en ce lieu, Tryphène était la plus jolie. Elle était venue avec un patron de vaisseau nommé Lycas, possesseur de quelques domaines sur le bord de la mer. Si la table de Lycurgue n’était pas splendide, sa maison de campagne, en récompense, nous offrit à profusion tous les autres plaisirs. Vous saurez d’abord que l’amour prit soin de nous assortir par couples. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Tryphœna voulait compatir, n'ayant pas perdu son délice tout à fait; mais Lycas avait sur le cœur sa femme subornée et le ressentiment le plus vif de l'avanie endurée au portique d'Herculès. La face empourprée d'une extrême véhémence:—Je suis plus que jamais persuadé, proclame-t-il, que les Dieux prennent cure des choses humaines. Tu le comprends, ô Tryphœna, ce sont eux qui amenèrent ces malfaiteurs éhontés dans notre vaisseau et qui, par un double songe, nous rendirent leur providence manifeste. Ainsi, vois: nous est-il profitable d'absoudre ceux-là mêmes qu'un génie amical nous a conduits? ”
Mlle Duwicquet d'Ordre, Fables et poésies fugitives de Mlle d'Ordre (1826)
“ Le sommeil ferme encor mes yeux ; La fraîche aurore au teint de rose A peine brille dans les cieux : Et déjà mon berger fidèle Veille pour s'occuper de moi : De son temps le premier emploi Est une marque de son zèle. Et je pourrais ne pas' l'aimer 1 Je pourrais rester insensible 1 Non , non ; Mon cœur doit s'enflammer : L'indifférence est impossible ; Lycas est trop fait pour charmér. Cependant, quand venant se rendre Près de moi sans aucuns témoins , Il me demande d'un air tendre Quel effet ont produit ses soins, Malgré la touchante tristesse Que le doute met dans ses yeux ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Lycas interrompit la déprécation du suppliant et:—Ne veuille pas, dit-il, embrouiller cette cause, mais réduis chaque point à son mode réel. Et d'abord, s'ils sont venus de leur plein gré, pourquoi ont-ils dénudé leurs crânes de cheveux? Qui maquille sa tête prépare une fraude et non une satisfaction. En second lieu, si rentrer en grâce par délégation était leur but, à quoi bon tant de peine pour celer tes protégés? De quoi il appert que les malfaiteurs sont, par accident, venus se prendre au piège et que tu fais appel à ton art pour éluder le choc de notre animadversion. ”
“ Vous voyez, suppliants devant vous, des jeunes gens aimables, bien nés, etc. Avant de terminer, Eumolpe, prévoyant que Lycas lui objectera surtout le déguisement d’Encolpe et de Giton, et le crime dont ils se sont rendus coupables en se faisant tondre sur son bord, se hâte d’aller au-devant de ce reproche, en disant que c’est pour se punir de l’offense qu’ils ont faite à Lycas et à Tryphène, que ces jeunes gens, nés libres, ont fait graver sur leur front ces honteux stigmates de la servitude. ”
