“ Parmi les femmes réunies en ce lieu, Tryphène était la plus jolie. Elle était venue avec un patron de vaisseau nommé Lycas, possesseur de quelques domaines sur le bord de la mer. Si la table de Lycurgue n’était pas splendide, sa maison de campagne, en récompense, nous offrit à profusion tous les autres plaisirs. Vous saurez d’abord que l’amour prit soin de nous assortir par couples. Tryphène était belle : elle me plut, et ne se montra pas rebelle à mes vœux. ”
Citations sur “Tryphène”
“ Aussi, le visage tout enflammé, s’écriait-il : « Ne le voyez-vous pas, Tryphène, voici la preuve que les dieux immortels se mêlent des choses humaines ; ce sont eux qui, sans qu’ils s’en doutent, ont conduit ces deux scélérats sur notre navire et qui, en nous envoyant deux songes semblables, nous ont avertis de ce qu’ils avaient fait. Maintenant, voyez s’il nous est permis de pardonner à des coupables que la divinité elle-même nous envoie pour être punis. Pour ma part, je ne suis pas cruel, mais je craindrais, en n’infligeant pas le châtiment, de l’attirer sur moi. » ”
“ Telles étaient nos positions réciproques à notre arrivée chez Lycas : Tryphène se mourait d’amour pour Giton, Giton répondait de tout cœur à son amour, double spectacle qui n’avait rien d’agréable à mes yeux. Pendant ce temps, Lycas, dans son désir de me plaire, s’ingéniait à inventer chaque jour un nouveau divertissement ; en bonne maîtresse de maison, sa femme, la belle Doris, le seconda de son mieux et avec tant de grâce et de distinction qu’elle chassa bien vite Tryphène de mon cœur. ”
“ Déjà des esclaves fidèles s’étaient hâtés d’enlever Tryphène ; et, la plaçant sur la chaloupe, avec la meilleure partie de son bagage, ils la sauvèrent d’une mort inévitable. Pour moi, penché sur Giton, je m’écriais en pleurant : — Hélas ! notre amour avait mérité des dieux qu’un même trépas nous unît ; mais le sort jaloux nous refuse cette consolation. Vois ces flots prêts à engloutir notre vaisseau ; vois ces ondes irritées qui bientôt vont briser nos douces étreintes. ”
“ De son côté Tryphène, toujours couchée dans les bras de Giton, tantôt couvrait son sein de baisers, tantôt rajustait les boucles de sa chevelure d’emprunt. Quant à moi, j’étais profondément triste : j’assistais, la mort dans l’âme, à leur raccommodement ; j’en perdais le boire et le manger et je ne savais que les foudroyer de regards obliques et farouches. Chaque baiser, chaque caresse, tout ce qu’enfin imaginait une femme dévergondée me blessait au cœur. Et je ne savais si j’en voulais davantage à ce garçon de me souffler ma maîtresse, ou à cette amie qui me débauchait mon mignon. ”
“ Elle les révèle à Lycas. La jalousie triomphant de l’amour, il court à la vengeance. Mais Doris, prévenue par une servante de Tryphène, pour détourner l’orage, suspend notre secrète intimité. Dès que j’eus compris tout cela, maudissant cette perfide Tryphène et ce Lycas au cœur ingrat, je pris le parti de filer. La fortune me fut favorable. La veille, justement, le navire sacré d’Isis, riche butin, avait fait naufrage sur les rochers voisins. Je tins donc conseil avec Giton, qui se mit facilement d’accord avec moi, parce que Tryphène, l’ayant vidé jusqu’à la moelle, semblait le négliger. ”
“ CXIII. ENCOLPE EN BUTTE AUX ASSAUTS ET DE LYCAS ET DE TRYPHÈNE PAR LA FAUTE D’UNE PERRUQUE Cette histoire fit beaucoup rire les matelots. Quant à Tryphène, elle cachait sa rougeur [35] en penchant amoureusement son visage sur le cou de Giton. Lycas, lui, ne riait pas, mais secouant une tête indignée : « Si le gouverneur, dit-il, avait été juste, il eût fait reporter dans son tombeau cet honnête bourgeois et mettre la femme en croix. » ”
“ Son exaspération divise en deux camps toute la foule qui encombre le pont : d’un côté, le barbier d’Eumolpe, armé lui-même d’un rasoir, nous distribue ses autres outils ; de l’autre, les esclaves de Tryphène retroussent leurs manches. Rien ne manque à ce branlebas, pas même les cris des servantes de Tryphène. Seul le pilote déclare qu’il va abandonner la direction du navire, à moins que ne cesse cette folie soulevée par la rage de quelques vauriens. Son intervention n’arrive pas à calmer la fureur des gens qui luttaient les uns pour leur vengeance, les autres pour leur vie ”
“ Vous, Tryphène, consentez, de votre plein gré, à oublier tous les sujets de plainte que vous avez contre Giton, à ne jamais lui reprocher les torts qu’il peut avoir eus envers vous jusqu’à ce jour, à ne pas en tirer vengeance et à n’exercer envers lui aucune espèce de poursuite pour ce motif, comme aussi à ne rien exiger de lui par force, ni caresses, ni baisers, ni faveurs plus tendres : le tout, sous peine de lui payer cent deniers comptants pour chaque contravention. ”
“ Tryphène veut défendre Lycas ; elle en fut bien punie ! Le bruit de notre querelle avait arrêté les passants : je dévoile en leur présence la turpitude de cette femme ; puis, montrant successivement et Giton et moi-même : — Vous le voyez, m’écriai-je ; sa pâleur et la mienne ne déposent que trop contre cette Messaline ! — Atterrés de voir que les rieurs étaient pour nous, nos ennemis se retirent confus, mais jurant tout bas de se venger. Ne pouvant plus douter de la prévention de Lycurgue en notre faveur, Lycas et Tryphène résolurent de l’attendre chez lui, pour le détromper de son erreur. ”
“ Déjà, de part et d’autre, plusieurs champions sont tombés demi-morts de frayeur [1] ; un plus grand nombre, couverts de sang et de blessures, se retirent de la mêlée ; cependant la fureur des deux partis ne se ralentit point. Alors Giton, approchant bravement son rasoir des organes de sa virilité, menace de couper dans sa racine la cause de tant de désordres ; mais Tryphène, en lui faisant espérer sa grâce, s’oppose à la consommation d’un si grand sacrifice. ”
“ Non ; l’amour méprisé veut venger son outrage. Eh bien ! d’un seul trépas, cruels, soyez contents [2] : Puisse ma mort, du moins, assouvir votre rage ! N’allez pas, surpassant Neptune en ses fureurs, Des flots de votre sang grossir ses flots vengeurs. CHAPITRE CIX. Ce discours, prononcé d’un son de voix qui trahissait l’émotion de Tryphène, parut calmer un peu l’ardeur des deux armées, qui, ramenées à des sentiments plus pacifiques, s’arrêtèrent et suspendirent les hostilités. Eumolpe, comme chef de son parti, voyant que l’heure du repentir avait sonné, profita de l’occasion ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Adieu au palais de mon époux, adieu à mon crucifix d’or, qui recevait mes confidences de joie ; maintenant les croix de pierre des carrefours seront baignées de mes larmes. Triffine sort ; elle marche long-temps dans la nuit, comme une femme qui va à la mort, aussi frissonnante que les feuilles des buissons. Toujours, derrière elle, elle croit entendre des voix qui crient : Triffine ! Triffine !... Et quand le bruit des traquets des moulins s’élève dans la vallée, elle se penche pour écouter si ce n’est pas le galop des cavaliers qui la poursuivent. ”
Lucien de Samosate,
Œuvres complètes de Lucien de Samosate
“ Critias. Fuis, Triéphon ; éloigne-toi de plus d’un arpent, de peur que le vent ne t’enlève aux yeux de toute la foule, et qu’en tombant comme Icare, tu ne donnes ton nom à quelque mer triéphontienne. Les discours que j’ai entendus aujourd’hui de la bouche de ces détestables sophistes m’ont terriblement gonflé le ventre. Triéphon. Je vais m’en aller aussi loin que tu voudras. Souffle à ton aise. Critias. Fi ! fi ! fi ! fi ! quelles fadaises ! Ah ! ah ! ah ! ah ! les affreux desseins ! Hé ! hé ! hé ! hé ! les ridicules espérances ! 3. Triéphon. Ah ! quel vent il a emporté les nuages. ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Eh bien ! telle est Triffine, épouse d’Arthur, et reine de Bretagne ; Triffine, la pauvre jeune fille d’Hybernie, poursuivie par le démon, dans la personne de son frère Kervoura ; Triffine, qui passe par toutes les hontes, par toutes les terreurs, par toutes les souffrances, et qui reste tendre, douce jusqu’à la fin. Et ne croyez pas que cette céleste résignation lui vienne d’insensibilité. La jeune fille d’Hybernie aime les beaux vêtemens, les pages à toques bleues, et les crucifix d’or. Elle aime à s’asseoir aux pieds de son noble époux, sa tête blonde bercée sur ses genoux ”
Aristophane, Théâtre complet d’Aristophane
“ TRYGÆOS. Iou ! Iou ! Quelle foule s’est empressée au banquet nuptial ! Tiens, essuie les tables avec cette aigrette : elle ne peut désormais servir absolument à rien. Puis apporte les gâteaux, les grives, les nombreux plats de lièvres et les pains d’orge. UN FABRICANT DE FAUX. Où donc est Trygæos ? Où est-il ? TRYGÆOS. Je fais cuire des grives. LE FABRICANT DE FAUX. Ô mon cher, ô Trygæos, que de bonheurs tu nous as procurés, en ramenant la Paix ! En effet, personne auparavant n’aurait acheté une faux, même un kollybe ; aujourd’hui je les vends cinquante drakhmes. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1896)
“ « ... Me voici tout entière à toi, déesse aimée. Je voudrais entrer dans tes jardins, mourir courtisane du temple. Je jure de ne désirer que l’amour, je jure de n’aimer qu’à aimer, et je renonce au monde, et je m’enferme en toi. » Le prêtre alors la couvrit de parfums et entoura sa nudité du voile tissé par Tryphèra. ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Mais, pendant que Triffine se résigne ainsi à la mort, l’évêque de Saint-Malo, averti par Dieu, part pour Rennes avec le fils de Triffine et sa nourrice. L’enfant est armé comme un cavalier, il a une épée à la main, des pistolets ; ceux qui le voient passer s’émerveillent en remarquant son regard fier, et ils se découvrent devant lui en disant : Celui-ci est un jeune saint ou un ange déguisé qui va faire quelque miracle. ”
Louis-Simon Auger,
Oeuvres complètes de Molière
(1915)
“ Ah ! Tyrcis, ôtez-vous : j'ai peur que dans ce jour La pitié dans mon coeur n'introduise l'amour. LYCASTE ET MÉNANDRE, l'un après l'autre. Soit amour, soit pitié. Il sied bien d'être tendre. C'est par trop vous défendre; Bergère, il faut se rendre A sa longue amitié. Soit amour, soit pitié, Il sied bien d'être tendre. CALISTE, à Tyrcis. C'est trop, c'est trop de rigueur. J'ai maltraité votre ardeur, Chérissant votre personne; Vengez-vous de mon coeur, Tyrcis, je vous le donne. TRYCIS O ciel ! bergers ! Caliste ! Ah ! je suis hors de moi : Si l'on meurt de plaisir, je dois perdre la vie. ”
Émile Souvestre,
Les Derniers Bretons
(1843)
“ Femme , vous ne vous lèverez plus vivante de la place où vous êtes . – Et toi , Morvan , dit Abalen en frappant sur l' épaule de l' idiot , que penses - tu de la tragédie du Kernewote ? L' idiot releva la tête . Il jeta sur l' armurier un long regard d' une intelligence et d' une douleur indicibles , et , avec un accent dans lequel l' égarement de la passion se mêlait étrangement à l' interrogation naïve et enfantine : – Où est Triffine ? dit -il , où est Triffine ? Mon Dieu ! moi j' aime Triffine . Puis , d' une voix harmonieuse , il murmura ces vers de son Saint Guillaume . ”
Philippe Busoni,
Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises
“ Tircis, de tous les cœurs le charme inévitable ; Tircis, en qui reluit tout ce qui rend aimable, Et dont le ciel, prodigue à verser ses trésors, Ne forma que trop bien et l’esprit et le corps. Pour tout autre que lui je serois invincible, Jamais autre que lui ne me rendit sensible, Et je ne croyois pas l’amour contagieux, Lorsque, sans y penser, je le vis dans ses yeux. Mon cœur par mille efforts a voulu se défendre ; Mais je sens bien qu’enfin il est près de se rendre. Et ma foible raison, dans ce mortel danger, Le trahit elle-même et sert à l’engager. ”
Justin de Naplouse,
Les Pères de l’Église
“ LXVIII. — Le tort n’est pas de mon côté, mais du vôtre, me dit Tryphon ; vous voulez nous faire croire ce qui est incroyable, impossible. Peut-on supposer qu’un Dieu se soit abaissé jusqu’à naître et se faire homme ? ”
Émile Deschanel,
Etudes sur Aristophane
“ Voici la comédie d'Aristophane:Un personnage nommé Trygée (comme qui dirait Vigneron, ou plutôt Vendangeur) ouvre la scène en se disposant à monter au ciel sur un certain escarbot d'une nature si disgracieuse que l'esclave chargé de le nourrir demande aux spectateurs s'ils pourraient lui vendre un nez bouché. Trygée a pris une résolution: c'est d'aller apprendre de Jupiter lui-même pourquoi depuis tant d'années, et toujours, et sans fin, il laisse les Athéniens en proie aux calamités de la guerre. ”
“ Et M. Triphon se consumait de passion ardente; il s'amoncelait en lui des réserves d'amour, qui lui noyaient les yeux et enflaient sa grosse tête.Après le repas de midi, les faneurs faisaient une longue sieste. Allongé sur la berge à l'ombre des peupliers, on assistait au jeu du feuillage brillant sur le ciel bleu, on entendait le chant adouci des oiseaux, on sentait la brise vous rafraîchir les tempes. On fermait les yeux, on s'endormait ou faisait semblant de dormir; et parfois les hommes chatouillaient avec des brins d'herbe les jambes nues des filles. ”
Émile Souvestre,
Les Derniers Bretons
(1843)
“ Tout à coup Triffine entre , elle-même , dans le jardin , pour cueillir une salade . La duchesse va lui parler . L' intendant , qui ne la voit et ne l' entend que de loin , est frappé de sa beauté . Enfin on se met à table , et Triffine entre dans la salle du festin . L' intendant la suit des yeux . Il croit reconnaître ses traits pâles et charmants ; il commence à soupçonner la vérité , et demande à voir de plus près cette jeune fille qui sert les gentilshommes . Mais Triffine , avertie , refuse devenir ”
Adrien Robert, Le Lord de l'Amirauté, par Adrien Robert… (1856)
“ Je la sauverai si vous me laissez maître absolu de son existence. — Oui ! oui ! s'écria lady Jane, faites tout ce que le ciel... Mais se reprenant aussitôt : Tout ce que votre génie vous inspirera. — Pourquoi vous reprendre? Vous disiez mieux tout à l'heure, milady, fit-il avec bonhomie. Maintenant que j'ai vu tout ce que je voulais voir, oubliez Trifone l'empirique, le charlatan de la Piazza Reale, et faites préparer une chambre pour votre médecin, pour votre ami, le docteur Karl Miezer. ”
Émile Souvestre,
Les Derniers Bretons
(1843)
“ TRIFFINE , à l' aspect de son mari , se lève , et s' écrie avec amertume : Je suis criminelle , et il est un homme loyal ! Je me suis donnée à la Vierge sainte , qu' elle réponde pour moi si elle le veut ; je n' ai rien à dire . ( Tendant les bras au roi , avec un élan d' amour .) O Arthur !... Arthur !... ( Le roi reste immobile , Triffine se couvre le visage .) Adieu , adieu , mes gens , je veux la mort ! Le parlement va aux voix ; Kervoura opine pour la mort de la reine ; un conseiller lui dit : – Il est bon de penser , monseigneur , que c' est votre sœur ”
Émile Souvestre,
Les Derniers Bretons
(1843)
“ Voilà que le billot rouge sert d' oreiller aux têtes couronnées . Cependant Triffine a été reconduite dans sa prison , où elle attend l' heure ; la pauvre femme est triste , car , au moment de mourir , la vie lui devient plus douce . Elle est jeune , elle est belle , elle est pleine de jours , et elle voudrait vivre ; elle voudrait entendre encore une fois le bruit lointain des fléaux dans les aires des métairies , voir encore une fois une Fête-Dieu pour chanter avec les prêtres , et jeter des fleurs sur les petits enfants habillés en saint Jean-Baptiste . ”
Louis-Simon Auger,
Oeuvres complètes de Molière
(1884)
“ Ton trépas souilleroit mes ondes, Psyché ; le ciel te le défend ; Et peut-être qu'après des douleurs si profondes Un autre sort t'attend. Fuis plutôt de Vénus l'implacable colère : Je la vois qui le cherche et qui te veut punir : L'amour du fils a fait la haine de la mère. Fuis, je saurai la retenir. PSYCHÉ. J'attends ses fureurs vengeresses ; Qu'auront-elles pour moi qui ne me soit trop doux? Qui cherche le trépas ne craint dieux ni déesses, Et peut braver tout leur courroux. ”
