“ Soudain, Ascylte et Giton de fuir vers la ville à travers les buissons, et moi de rebrousser chemin. La peur me donnait des ailes. Dans la chaleur de la course, ma chère robe, dépositaire de mon or, avait glissé de dessus mes épaules, sans que je m’en aperçusse. Bientôt, rendu, hors d’haleine, je m’étends au pied d’un arbre, pour respirer un peu. Alors seulement mes yeux s’ouvrent sur ma perte : la douleur me rend mes forces ; je me lève pour chercher mon trésor. Temps perdu ! peine inutile ! le corps brisé, le désespoir dans l’âme, je m’enfonce au plus fort du bois. ”
Résumé
Le Satyricon, attribué à Pétrone au Ier siècle, est un roman satirique en latin mêlant prose et vers, marquant l’apogée de la satire ménippée. À travers les pérégrinations d’Encolpe, Giton et Ascylte, il dépeint une Rome décadente, où les thèmes de l’homosexualité, de l’opulence et des mœurs libertines s’entrelacent.
Enchaînant récits enchâssés et parodies classiques, Pétrone offre un portrait acerbe de la société romaine, entre dérision et naturalisme. Son style accessible et ses descriptions précises en ont fait un chef-d’œuvre de la littérature antique, préfigurant le roman moderne.
Citations de Satyricon (Pétrone)
“ De son côté Tryphène, toujours couchée dans les bras de Giton, tantôt couvrait son sein de baisers, tantôt rajustait les boucles de sa chevelure d’emprunt. Quant à moi, j’étais profondément triste : j’assistais, la mort dans l’âme, à leur raccommodement ; j’en perdais le boire et le manger et je ne savais que les foudroyer de regards obliques et farouches. Chaque baiser, chaque caresse, tout ce qu’enfin imaginait une femme dévergondée me blessait au cœur. Et je ne savais si j’en voulais davantage à ce garçon de me souffler ma maîtresse, ou à cette amie qui me débauchait mon mignon. ”
“ « Oui, notre amour méritait que les dieux nous unissent dans un même trépas, mais la fortune cruelle ne nous accorde pas cette consolation. Vois les flots qui renversent le navire, vois cette mer irritée qui va rompre notre étreinte. Si donc tu as aimé vraiment ton Encolpe, donne-lui un baiser, pendant qu’il en est encore temps. Ravissons cette suprême joie à la mort qui nous guette. » Aussitôt Giton ôte sa robe, et s’enveloppant dans ma tunique, offre sa tête à mes baisers, et craignant que, même ainsi enlacés, les flots jaloux ne viennent nous séparer, il nous lie ensemble avec sa ceinture. ”
“ Aussi, le visage tout enflammé, s’écriait-il : « Ne le voyez-vous pas, Tryphène, voici la preuve que les dieux immortels se mêlent des choses humaines ; ce sont eux qui, sans qu’ils s’en doutent, ont conduit ces deux scélérats sur notre navire et qui, en nous envoyant deux songes semblables, nous ont avertis de ce qu’ils avaient fait. Maintenant, voyez s’il nous est permis de pardonner à des coupables que la divinité elle-même nous envoie pour être punis. Pour ma part, je ne suis pas cruel, mais je craindrais, en n’infligeant pas le châtiment, de l’attirer sur moi. » ”
“ Vous devez donc, en véritable philosophe, bannir de votre esprit le souvenir des différends qui se sont élevés entre nous, de manière qu’il n’en reste aucune trace. Les neiges séjournent longtemps sur un sol inculte et raboteux ; mais, sur une terre unie et dompée par la charrue, elles se fondent aussitôt, comme une gelée blanche. Il en est de même de la colère : elle prend racine dans un esprit grossier, mais elle effleure à peine une âme éclairée. — Pour confirmer, répondit Eumolpe, la vérité de ce que vous dites, tenez, je vous donne le baiser de paix. ”
“ Chassé du bain, comme je l’ai si souvent été du théâtre, je vous cherchais dans tous les coins, et je criais à tue-tête : Encolpe ! Encolpe ! quand du côté opposé, un jeune homme tout nu et qui avait perdu ses habits se mit à crier aussi fort que moi, et d’une voix qu’animait la colère : Giton ! Giton ! Il y avait cependant cette différence entre nous, que les valets du bain se moquaient de moi comme d’un fou, et me contrefaisaient insolemment, tandis que la foule nombreuse qui l’entourait lui prodiguait les applaudissements et les témoignages d’une respectueuse admiration. ”
“ Un esclave obligeant s’empresse d’approcher de sa joue malade un vase d’eau glacée ; Fortunata, la tête penchée sur ce vase, gémit et verse un torrent de larmes. Mais Trimalchion, loin d’en être ému : — Eh quoi ! dit-il, cette coureuse ne se souvient-elle plus que je l’ai tirée de la huche à pétrir ? que je lui ai donné un rang dans le monde ? La voilà qui s’enfle comme une grenouille ! elle crache en l’air, et cela lui retombe sur le nez. C’est une bûche, et non pas une femme. On sent toujours la fange où l’on est né. ”
“ Mon cœur, frappé par toi, saigne d’une blessure profonde que l’acier même ne peut guérir : mais que tes lèvres calment par un baiser mes cruelles souffrances ; ce bienfaisant dictame est seul capable de dissiper les maux que j’endure. Cesse de déchirer avec tant de violence mes fibres ébranlées ; et je payerai de ma mort le crime de t’avoir aimée. Mais si cette faveur te paraît trop grande, accorde au moins à ma prière une dernière grâce : lorsque j’aurai cessé d’être, entoure-moi de tes bras d’albâtre, et tu me rendras la vie. ”
“ Ce n’est pas d’avoir les mains couvertes de pierreries, de reposer sur un lit incrusté d’écaille, d’ensevelir ses flancs dans une plume moelleuse, de boire dans des vases d’or, ou de s’asseoir sur la pourpre, de couvrir sa table de mets dignes d’un roi, ou de serrer dans ses vastes greniers toutes les moissons de l’Afrique. Mais présenter un front calme à l’adversité, dédaigner la vaine faveur du peuple, contempler, sans s’émouvoir, les épées nues : quiconque est capable d’un tel effort peut se vanter de maîtriser la fortune. ”
“ Et qu’importe, après tout, qu’un corps, né pour périr, soit consumé par le feu, par les flots ou par le temps ? quoi qu’il arrive, le résultat est toujours le même. Cependant ce cadavre va être déchiré par les bêtes féroces. Croyez-vous donc qu’il lui soit plus avantageux d’être dévoré par les flammes ? le feu n’est-il pas regardé comme le supplice le plus rigoureux dont un maître irrité puisse punir ses esclaves ? Quelle est donc notre folie de nous donner tant de soins pour qu’aucune partie de nous-mêmes ne reste sans sépulture ? les destins, malgré nous, n’en disposent-ils pas à leur gré ? ”
“ Ainsi donc l’amour n’épargne pas même les dieux ! Jupiter, ne trouvant dans les cieux aucune beauté digne de son choix, descend sur la terre pour satisfaire ses caprices ; mais du moins il n’enlève à personne un objet aimé. La Nymphe qui ravit Hylas eût sans doute imposé silence à sa passion, si elle eût pensé qu’Hercule viendrait le réclamer. Apollon fit revivre dans une fleur l’enfant qu’il adorait ; enfin toutes les fables sont pleines d’amoureuses liaisons qui ne sont point traversées par des rivaux ; mais moi, j’ai admis dans mon intimité un hôte plus cruel encore que Lycurgue. ”
“ Vous vous trompez, Encolpe, me dit-il, si vous pensez qu’il vous soit possible de mourir avant moi. Je vous avais prévenu dans ce dessein : quand j’étais chez Ascylte, j’ai vainement cherché une épée ; mais j’avais résolu, si je ne parvenais pas à vous rejoindre, de trouver la mort au fond d’un précipice : et, pour vous prouver que la mort ne se fait jamais attendre au malheureux qui la cherche, jouissez, à votre tour, du spectacle que vous me destiniez tout à l’heure. ”
“ Son Encolpe est un aventurier lettré qui ne connaît ni scrupules, ni remords, ni foi, ni pitié, mais c’est un jeune homme, et quand il lui arrive d’avoir à souffrir des agissements de ses pareils, il pleure, il déclame, il s’indigne et devient pour un moment moraliste : son caractère est peint avec une finesse, une naïveté et une grâce inimitables. Dans le Banquet, ce n’est plus qu’un provincial un peu naïf à qui le luxe de Trimalcion en impose malgré tout, et plus qu’il ne convient à un homme de goût on ne salit pas assez s’il est dupe ou s’il se moque. ”
“ L’air emporte leur duvet qui voltige leurs plumes, plus lourdes, tombent à la mer et tournent dans l’écume au gré des flots. Déjà Lycas et moi commencions à nous raccommoder, déjà Tryphène provoquait Giton en lui jetant au nez le fond de son verre, quand Eumolpe, également pris, de vin, voulut faire un discours sur les chauves et les teigneux ; enfin, fatigué lui-même de ses fades plaisanteries, il revint à sa chère poésie et nous débita cette sorte d’élégie sur la perte des cheveux : Ce qui, seul, met la beauté dans son lustre, ces cheveux sont tombés. ”
“ Nous courons vers l’endroit d’où les cris semblent partir : qu’y trouvons-nous ? Eumolpe assis devant un immense parchemin qu’il couvrait de ses vers. Chacun s’étonne de voir un homme, que la mort menace de si près, s’occuper tranquillement d’un poëme [1] ; et, malgré ses cris, nous le tirons de là, et nous l’engageons à songer à son salut. Mais, furieux d’être interrompu dans son œuvre : — Laissez-moi, nous criait-il, achever ce passage ; mon poëme est presque fini. — Je me saisis de ce frénétique, j’appelle Giton à mon aide, et nous traînons jusqu’au rivage le poëte mugissant de colère. ”
“ Puissé-je voir ma fortune renversée de fond en comble, si je ne force ton maître à se cacher dans un trou de souris ! et je ne t’épargnerai pas non plus : oui, certes, quand bien même tu appellerais à ton secours le grand Jupiter, je t’allongerai encore ta chevelure d’une aune : toi et ton digne maître, vous tomberez tous deux sous ma griffe. Ou je ne me connais pas, ou tu perdras pour longtemps l’envie de me railler, quand tu aurais une barbe d’or, comme nos dieux. J’attirerai les maléfices de la sorcière Sagana sur toi et sur celui qui le premier a pris soin de ton éducation. ”
“ Bientôt son caprice pour moi devint une véritable persécution ; mais mon cœur brûlait pour Tryphène, et je fermais l’oreille aux propositions de Lycas. Le refus irritant ses désirs, il me suivait partout. Une nuit, il pénètre dans ma chambre ; se voyant rebuté, il passe des prières à la violence : mes cris furent si aigus, qu’ils réveillèrent les valets ; et, grâce au secours de Lycurgue, j’échappai sain et sauf aux attaques de ce brutal. Voyant que la maison de Lycurgue opposait trop d’obstacles à ses desseins, Lycas voulut m’attirer chez lui. ”
“ Habitué à donner le jour au sommeil, il partageait la nuit entre ses devoirs, la table et ses maîtresses. Idole d’une cour corrompue, qu’il charmait par son esprit, ses grâces et ses dépenses, il y fut longtemps l’arbitre du goût, le modèle du bon ton, le favori du prince. Mais enfin, supplanté par Tigellin son rival, il prévint, par une mort volontaire, la cruauté de Néron. Fidèle épicurien, même à son dernier soupir, il regardait en souriant la vie s’échapper avec son sang de ses veines entr’ouvertes. ”
“ La seconde espèce de satyre est celle qu’on nomme Ménippée. Le plus savant des Romains, Varron, la mit en honneur chez ses concitoyens. Si son but est également d’instruire, elle y vise par des détours plus cachés : plaire est son premier désir, l’instruction chez elle n’est que secondaire. Ses tableaux plus variés embrassent toutes les scènes de la vie, comme toutes les branches de la littérature. Son caractère distinctif est un mélange agréable de prose et de vers. La fiction est son arme favorite ; sa marche approche de celle du roman dont elle usurpe impunément l’étendue. ”
“ Pour nous, nous restons sur le seuil de la chambre, et au premier rang Quartilla qui, à une fente déloyalement aménagée, avait appliqué un œil curieux et contemplait avec un vicieux intérêt leurs jeux enfantins. Elle m’attira doucement par la main pour me faire jouir du même spectacle, et comme, dans cette position, nos visages se touchaient, abandonnant de temps en temps une scène si captivante, elle avançait les lèvres et me bombardait de baisers en quelque sorte volés. ”
“ Tu couvres d’un voile jaloux ta gorge d’albâtre, et ta gorge repousse le voile qui la couvre. Pour empêcher ta robe de flotter, tu emprisonnes ta taille dans les nœuds d’une ceinture : ta taille est l’objet de ma vénération, même lorsque ta robe est flottante. Dis-moi : pourquoi cet anneau et cette pierre précieuse qui entourent tes doigts délicats, quand la pierre reçoit tout son prix du doigt qui la porte ? Il n’est point de parure qui puisse ajouter à tes charmes naturels, et tu n’es déjà que trop belle, pour mon malheur ! ”
“ Naguère, ce bavardage intempérant et creux qui, né en Asie, a envahi Athènes, tel un astre porteur de la peste, souffla sur une jeunesse qui se dressait déjà pour de grandes choses : du coup, sous une règle corrompue, l’éloquence, arrêtée dans son essor, a perdu la voix. Qui depuis lors a approché de la maîtrise d’un Thucydide, de la gloire d’un Hypéride ? L’éclat même dont brille la poésie n’est plus celui de la santé : tous les arts, comme si leur source commune avait été empoisonnée, meurent sans attendre les neiges de la vieillesse. ”
“ Si rien ne s’oppose plus à sa malheureuse passion, elle serre dans ses bras le cou du farouche taureau, pare ses cornes des fleurs du printemps, et s’efforce de coller sa bouche à la sienne. Que l’Amour inspire d’audace à ceux qu’il frappe de ses traits ! Elle ne craint pas de renfermer son corps dans des planches de chêne qui ont reçu la forme d’une génisse : elle se livre à tous les égarements que lui inspire un amour infâme, et donne la vie... ”
“ Elle entra donc, la robe retenue par une ceinture vert pâle, de manière à montrer en dessous sa tunique couleur cerise, ses jarretières en torsade d’or et ses mules brodées d’or. Après avoir essuyé ses mains au mouchoir qu’elle portait au cou, elle se met sur le même lit que Scintilla, dont elle reçoit les félicitations et qu’elle embrasse : « Que je suis heureuse, dit-elle, de vous voir ! » Et, de fil en aiguille, Fortunata ôte de ses bras, qui étaient forts, ses lourds bracelets pour les faire admirer à son amie. ”
“ LA NATURE NOUS DONNE LE NÉCESSAIRE. Une divinité propice a mis à la portée des mortels tout ce qui peut soulager leurs maux et faire cesser leurs plaintes. Les végétaux les plus communs et les mûres suspendues aux buissons épineux suffisent pour apaiser la faim d’un estomac à jeun. Il n’y a qu’un sot qui puisse mourir de soif, quand un fleuve coule près de lui, ou trembler de froid, lorsqu’il peut s’approcher du foyer où pétille un bois enflammé. La loi, armée de son glaive, défend le seuil redoutable de la femme mariée, et la jeune épouse goûte sans crainte les douceurs d’un hymen légitime. ”
“ Il n’y a pas de mots pour rendre sa beauté ; tout ce que j’en pourrais dire serait trop faible. Ses cheveux naturellement ondulés se répandaient en flots abondants sur ses épaules son front très étroit était ramené en arrière par une coiffure en aigrette ; ses sourcils immenses allaient se perdre dans la ligne des joues et s’unissaient presque aux confins des deux yeux. Son regard était plus clair que les étoiles dans une nuit sans lune, ses narines délicatement infléchies et sa bouche mignonne telle que Praxitèle se figurait celle de Vénus. ”
“ Quand tu joues au milieu de la foule de tes compagnes, dont tu sembles la reine, étoile resplendissante au milieu de tes jeunes satellites, si, du haut des cieux, le puissant Jupiter t’apercevait, il ne rougirait pas de déposer à tes pieds sa divinité. La beauté d’Hélène et ses puissants attraits furent la proie du Troyen Pâris, qui l’emporta au delà des mers. La Grèce conjurée arma mille vaisseaux pour la reprendre ; mille voiles volèrent à sa poursuite. Si le ravisseur phrygien t’eût vue si belle, il t’eût enlevée, soit sur son navire, soit sur son coursier. ”
“ Il ne s’agit pas, en effet, de renfermer dans les vers tout le récit des événements, soin dont les historiens s’acquittent infiniment mieux ; mais par des détours imprévus, par l’intervention des dieux, par un torrent irrésistible de pensées vraiment épiques, il faut que le génie s’avance d’une marche rapide et libre et que l’œuvre apparaisse plutôt comme l’oracle mystérieux d’un esprit égaré dans le rêve que comme un récit fidèle appuyé sur des témoignages solides. ”
“ Telles étaient nos positions réciproques à notre arrivée chez Lycas : Tryphène se mourait d’amour pour Giton, Giton répondait de tout cœur à son amour, double spectacle qui n’avait rien d’agréable à mes yeux. Pendant ce temps, Lycas, dans son désir de me plaire, s’ingéniait à inventer chaque jour un nouveau divertissement ; en bonne maîtresse de maison, sa femme, la belle Doris, le seconda de son mieux et avec tant de grâce et de distinction qu’elle chassa bien vite Tryphène de mon cœur. ”
“ Mais dans ce que la nature a créé de meilleur, qu’y a-t-il qui ne soit commun à tous ? Le soleil luit pour tous. La lune, avec son cortège innombrable d’étoiles, guide la bête sauvage elle-même cherchant pâture. Que peut-on trouver de plus beau que les eaux ? Cependant elles coulent pour tout le monde. Et l’amour seul serait une propriété dont on ne pourrait s’emparer sans vol au lieu d’un don gratuit de la nature ! ”
“ C’est ainsi que, souvent, rebuté, des fatigues du barreau, maint avocat cherche un asile dans le temple des Muses, comme dans un port plus tranquille et plus assuré : insensé ! il se figure qu’il est plus facile de bâtir un poëme que d’écrire un plaidoyer enluminé de petites sentences scintillantes ! Mais un esprit généreux ne se flatte pas ainsi : il sait que le génie ne peut ni concevoir ni enfanter une grande production, s’il n’a été d’abord fécondé par de longues études. ”
“ GITON AUSSI « Heureuse, disait de son côté ‘ Eumolpe ’, heureuse la mère qui t’a engendré. Hardi, mon jeune ami ! Quand la sagesse se marie à la beauté, c’est, en vérité, un alliage rare. Et pour que tu ne croies pas avoir parlé en vain, tu viens, je te le déclare, de trouver un amoureux. C’est moi qui veux, par mes poèmes, te louer à l’égal de ton mérite ! C’est moi qui, précepteur et gardien, te suivrai partout, même ou tu ne voudrais pas ! Au reste, je ne fais aucun tort à Encolpe : il en aime un autre...! » ”
“ Pendant ces transports furieux, le malheureux enfant embrassait nos genoux, et, baigné de larmes, nous suppliait de ne pas faire de cette méchante auberge le théâtre d’une nouvelle Thébaïde, de ne pas souiller du sang d’un frère nos mains qu’unissait naguère la plus tendre intimité. — Oui, s’écria-t-il, si la mort d’un de nous est nécessaire, voici ma gorge, frappez, plongez-y vos épées ; c’est à moi de mourir, à moi qui ai brisé les liens de votre amitié mutuelle. ”
“ Quant à Giton et à moi, il nous fut impossible de fermer l’œil. Je réfléchissais tristement à l’imprudence que j’avais faite en recevant dans ma société Eumolpe, rival plus dangereux encore qu’Ascylte : sa présence m’inspirait les plus vives inquiétudes. Enfin, pour triompher de mon chagrin, j’appelai la raison à mon secours. — Il est fâcheux, disais-je en moi-même, que cet enfant plaise à Eumolpe. Mais, après tout, la nature n’a-t-elle pas mis en commun, pour l’usage de tous, ses plus belles créations ? Le soleil luit pour tout le monde. ”
“ Cette langue populaire, déjà corrompue, est du reste bien plus celle du Banquet que des Aventures d’Encolpe, mais qu’il faille ou non l’attribuer à Pétrone, combien n’est-elle pas plus intéressante pour nous avec sa verdeur pittoresque et savoureuse que cette écriture tendue et morbide, ces oppositions de mots, ces scintillements d’expression, toute cette froide et savante cuisine de style dont Pétrone n’a pas toujours su s’affranchir même dans sa prose, parce qu’il était homme de lettres. ”
“ FRAGMENTSATTRIBUÉSÀ T. PÉTRONE I.À SA MAÎTRESSE. Tes yeux étincellent de tout l’éclat des astres ; l’incarnat des roses anime ton teint ; l’or est moins brillant que tes cheveux [1] ; tes lèvres, plus suaves que le miel, ont les vives couleurs de la pourpre, et l’azur des veines qui sillonnent ton sein en relève la blancheur ; enfin, tous les attraits composent ton apanage : ta taille est celle des déesses, et tes formes célestes l’emportent sur celles de Vénus. Lorsque ta blanche main et tes doigts délicats tressent la soie, ils semblent jouer avec son précieux tissu. ”
Termes fréquents
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