“ C’est vrai, dit Trimalcion, et il ne faut pas que cet incident passe sans laisser de traces. Aussitôt il demande ses tablettes, et sans trop se torturer la cervelle, voici ce qu’il récite : Ce qu’on n’attend pas, c’est précisément ce qui vient à la traverse ; Au-dessus de nous, c’est la Fortune qui règle tout. Donc, esclave, verse le falerne... ”
Trimalcion
Définition et enjeux
Le thème de “Trimalcion” a été abordé par des auteurs tels que Pétrone, Eugène Pelletan, Jules Janin, Claude-Henri Watelet ou Charles Baudelaire. Il est souvent associé à des termes comme l'esclave, Trimalchion, le festin, le luxe ou décurie.
Citations sur “Trimalcion”
“ Dès lors, plus de joie : parmi les nouveaux arrivants se trouvait, en effet, un esclave qui n’était pas vilain ; Trimalcion s’en empare et le couvre de baisers. Fortunata, voyant ses droits méconnus, se met à invectiver Trimalcion, qu’elle traite de fumier et de crapule, incapable même de cacher sa passion. ”
Eugène Pelletan,
Le Monde marche, Lettres à Lamartine
“ Le bonheur pour Trimalcion consiste à regarder, la tête couronnée de lierre, l’amphore de Falerne circuler de main en main autour du triclinium ; le bonheur pour le héros scandinave consiste à sentir pétiller sur sa lèvre l’écume de la cervoise dans le crâne de l’ennemi égorgé à la dernière bataille ; le bonheur pour le conquérant consiste à passer sur ce monde comme un ouragan de feu, en laissant derrière lui une longue traînée de cendre ; le bonheur pour le pénitent indou consiste à crucifier son corps à un tronc de figuier, pour fondre intarissablement son âme dans l’âme de Brahma ”
“ Nous te croyons, dit Trimalcion, et pour ma part ton récit m’a tellement frappé que mes cheveux se dressent d’horreur : car je sais Nicéron incapable de raconter des bêtises. On peut se fier à lui et il ne parle pas à tort et à travers. Du reste, j’ai de mon côté une histoire terrible à vous raconter. C’est une affaire aussi peu croyable qu’un âne sur un toit. ”
“ En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on lui amena un coq du voisinage : Trimalcion le condamne à bouillir dans la marmite. Découpé aussitôt par le cuisinier émérite qui, peu auparavant, faisait des oiseaux et des poissons avec du porc, il est jeté dans le chaudron ; tandis que ce Dédale l’arrose de. son bouillon bien chaud, Fortunata, saisissant un mortier de buis, broie le poivre. Quand on eut mangé les mattées, Trimalcion se tourna vers les esclaves : « Eh quoi ! leur dit-il, vous n’avez pas encore soupé ? Allez-vous-en, et que d’autres viennent prendre le service. » ”
“ Au sortir de sa rhétorique toutes les carrières vulgaires lui sont fermées, et à tout prendre, grâce à la belle éducation qu’il a reçue, il ne peut plus être qu’un grand homme ou un chevalier d’industrie. La plus terrible des aventures de ce jeune chevalier romain, perdu au milieu de tant de vices et de tant de débauches, et aussi le plus formidable chapitre du livre de Pétrone, c’est sans contredit ce fameux festin de Trimalcion cité si souvent, et dont bien peu de gens pourraient dire les détails. Ne nous inquiétons pas des autres aventures de notre héros : suivons-le chez Trimalcion ”
“ Mais cette bagarre ne fut qu’un prélude à de pires esclandres, car, un lustre tombant sur la table, brisa le cristal qui s’y trouvait, et couvrit d’huile bouillante quelques-uns des convives. Trimalcion, pour ne pas paraître ému de la casse, embrassa son bijou et lui dit de monter sur son dos. L’autre ne se fait pas prier, enfourche sa monture, lui frappe les épaules du plat de la main et s’écrie en éclatant de rire : « Eh gourde ! Combien en vois-tu [101] ? » ”
“ Trimalcion a machiné sans doute cette scène pour avoir l’occasion de montrer son esprit. ↑ Ce n’est pas par hasard que le squelette vient après le vin de cent ans. L’un et l’autre font penser à la brièveté de la vie et sont destinés à amener les vers que récite Trimalcion. On verra par la suite que dans ce repas tout est truqué les incidents en apparence imprévus ont été à l’avance réglés avec soin pour permettre au maître de faire montre soit de sa richesse, soit de son esprit. ”
“ L’auteur du roman satirique ne représente-t-il pas Trimalcion, réunissant dans son festin l’abondance et la profusion, au plus mauvais goût pour le choix des mets, à la malpropreté du service, à la grossièreté et à l’incivilité de ses manières, qui, toutefois, semblent partir d’un cœur assez bon ? ”
“ Trimalcion, après s’être à son tour essayé à une imitation des joueurs de flûte, se retourna vers son chéri qu’il appelait Crésus. C’était un enfant chassieux, aux dents affreuses. Il s’amusait à envelopper d’un ruban vert une petite chienne noire, hideusement grasse, et ayant posé sur le lit un pain d’une demi-livre, il en gavait consciencieusement la pauvre bête qui n’en pouvait plus. Ce qui donna l’idée à Trimalcion de faire venir Scylax, gardien de sa maison et de sa famille. ”
“ Leurs locutions, dit C. H. de Guérie, seront barbares et étrangères, fourmilleront de solécismes et de barbarismes, de mots bâtards formés du grec et du latin, de proverbes et de quolibets les plus grossiers ce qui nous donnera une juste idée... de la société que rassemble autour de lui ce Trimalcion, esclave parvenu, dont les goûts dépravés ne tarderont pas à se faire connaître. L’hôte et les convives sont dignes les uns des autres, et peuvent aller de pair ”
“ Trimalcion, qui par ostentation jetait tout à l’heure du falerne à la tête de ses masseurs, est un parvenu assez rapiat qui sait qu’un sou est un sou ; il traite ses invités avec un faste inutile, mais leur refuse souvent le confortable et même les égards auxquels ils ont droit. Il n’a ni éducation ni délicatesse naturelle, bien qu’il soit au fond assez bon homme. ”
“ Il n’en manque pas qu’en littérature. Il a voulu nous donner un manuel de l’élégance : tout ce que fait Trimalcion est à éviter, tout ce qu’il dit est à ne pas dire. Mais il n’a pas, comme l’auteur des Aventures d’Encolpe, le sens de ce qu’est la véritable distinction. On sent que c’est chez lui leçon apprise, qu’il professe à son tour ce qu’on lui a enseigné, qu’il a étudié les règles du bon ton, laborieusement, mais que ce n’est là que connaissance acquise ”
Claude-Henri Watelet,
Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts
(1788)
“ Trimalcion, dans Pétrone, fait apporter sur la table un squelete d’argent, & s’écrie : « hélas ! hélas ! combien l’homme est peu de chose ! c’est ainsi que nous serons tous quand les destins nous auront enlevés. Livrons-nous donc au plaisir, tandis qu’il nous est encore permis de vivre. » ”
“ Il faut à Trimalcion, pour s’essuyer au sortir du bain, des étoffes de grand prix. ↑ Le texte porte intraliptæ : médecins guérissant par des onguents et des frictions. Mais ici il ne s’agit que de garçons étuvistes, qui massaient et parfumaient les baigneurs. C’est toujours le même luxe tapageur et inutile : Trimalcion donne du vin de prix à trois ouvriers qui ne savent pas le boire et le gâchent. ↑ Il faut à Trimalcion un mignon comme il lui faut une litière, des coureurs, un joueur de flûte à la portière, parce que les gens de qualité en ont. ”
Charles Baudelaire,
Œuvres posthumes
(1887)
“ Trimalcion est bête, mais il est heureux. Il est vaniteux jusqu'à faire crever de rire ses serviteurs, mais il est heureux. Il est abject et immonde, — mais heureux. Il étale un gros luxe et feint de se connaître en délicatesses ”
“ Dans Tacite, Annales xii, Pallas, accusé d’avoir conspiré contre Néron, avec plusieurs de ses affranchis, répond qu’il ne leur parlait jamais que par gestes de la tête ou de la main. Trimalcion, bourgeois parvenu, affecte donc ridiculement les grandes manières. ↑ C’est encore là un raffinement de riche élégant que s’est approprié Trimalcion. ”
“ Trimalcion s’en pare sans aucun droit. ↑ L’anneau d’or était interdit aux hommes du peuple et aux affranchis. Trimalcion doit donc se contenter d’un anneau doré que du moins il a choisi très gros, et d’un autre en or, mais orné d’étoiles de métal. ↑ C’était un signe de luxe, les cure-dents étant généralement en bois ou en plume chez les Romains ; de même les dés étaient de verre : à Trimalcion il en faut en cristal. ”
“ Enfin Trimalcion expliquera plus loin pourquoi il a mis une couronne sur le Lion, mais il le fera fort vaguement : s’agit-il de la couronne de fleurs qu’on portait dans les banquets ou, qui sait, peut-être d’une couronne royale... ↑ Nous verrons en effet au chapitre 74 que le premier métier de Fortunata était de faire du pain. ↑ A partir d’ici nous n’avons plus pour guide que le manuscrit de Trau qui seul nous a conservé la suite du festin de Trimalcion jusqu’au chapitre 79. ↑ Une pie d’oreiller : une femme qui bavarde la nuit avec son mari aux dépens de ceux qu’elle n’aime pas. ”
“ « Tant que Trimalcion est présent, lui seul a la parole ; alors même qu’il fait une demande à un convive, il se hâte de couper court à la réponse : il est chez lui et il le fait sentir. En son absence, ses invités respirent ; nous pouvons entendre et savoir pour quelques-uns ce qu’ils sont. » E. Thomas. L’Envers de la société romaine p. 116. ↑ Le texte dit : « Une boisson chaude est un marchand d’habits », c’est-à-dire tient lieu d’un habit. ↑ Chaque esclave affranchi diminuait en effet d’autant l’héritage. ”
“ Tandis que, tout en buvant, nous admirions en détail la somptuosité du festin, un esclave posa sur la table un squelette d’argent [4] , si bien imité, que les vertèbres et les articulations se mouvaient avec facilité dans tous les sens. Lorsque l’esclave eut fait jouer deux ou trois fois les ressorts de cet automate, et lui eut fait prendre plusieurs attitudes, Trimalchion se mit à déclamer : Que l’homme est peu de chose, hélas ! ”
“ Amis, nous dit Trimalchion, c’est aujourd’hui que l’on coupe la première barbe de mon esclave favori ; c’est un garçon de bonne conduite et que j’aime beaucoup, soit dit sans offenser personne. Buvons donc comme des éponges, et que le jour nous trouve encore à table. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Cependant Trimalchio, ayant fini de jouer, ordonne qu'on lui resserve tous les plats dont nous avons tâté. D'une voix haute, il proclame que si quelqu'un souhaite encore du vin miellé, il en peut boire son comptant, lorsque, au signal nouveau donné par l'orchestre, un chœur chantant d'esclaves emporte la desserte. Au milieu du fracas vint à tomber une patène d'argent. Croyant bien faire, un garçon d'office tente de la ramasser. [Pg 73] Mais Trimalchio, qui l'aperçoit, ordonne de souffleter l'esclave par manière d'objurgation et de jeter l'assiette aux épluchures. ”
“ Ce fut en vain que Trimalchion voulut prononcer sur leur différend, ils refusèrent de se soumettre à sa sentence ; mais chacun d’eux frappa de son bâton la cruche de son adversaire. Stupéfaits de l’insolence de ces ivrognes, nous regardions attentivement leur combat, lorsque nous vîmes tomber de leurs cruches brisées des huîtres et des pétoncles qu’un esclave recueillit sur un plat et nous offrit à la ronde. L’habile cuisinier, pour égaler cette ingénieuse magnificence, nous apporta des escargots sur un gril d’argent, en accompagnant cette action des sons affreux de sa voix chevrotante. ”
“ Cependant Trimalchion disait toujours avec les plus douces inflexions de voix : — Coupez, coupez. — Soupçonnant quelque fine plaisanterie dans ce mot si souvent répété, je n’hésitai pas à demander à mon plus proche voisin le sens de cette énigme. Il avait été souvent témoin de semblables scènes : — Vous voyez bien, me répondit-il, cet esclave chargé de découper ? Coupé est son nom. Ainsi toutes les fois que notre hôte lui dit : Coupez ! du même mot il appelle et il commande. ”
Hermès Trismégiste , Discours d’initiation ou Asclèpios
“ Ce que tu dis est juste et vrai, ô Trismégiste. Tel est le prix de la piété envers Dieu, des soins donnés à l’entretien du monde. Mais le retour au ciel est refusé à ceux qui ont vécu dans l’impiété ; une peine leur est imposée à laquelle échappent les âmes saintes : la migration dans d’autres corps. La suite de ce discours nous amène, ô Trismégiste, à l’espérance d’une éternité future de l’âme, conséquence de sa vie dans le monde. Mais cet avenir est difficile à croire pour les uns, pour les autres c’est une fable, pour d’autres peut-être un sujet de moqueries. ”
“ CHAPITRE LXX. Je n’avais pas fini de parler, quand Trimalchion ajouta : — Puissé-je voir s’augmenter, non pas mon embonpoint, mais mon patrimoine, comme il est vrai que mon cuisinier a fait tout cela avec de la chair de porc ! Je ne crois pas qu’il existe au monde un homme plus précieux. Voulez-vous qu’il vous fasse du ventre d’une truie un poisson, une colombe avec le lard, une tourterelle avec le jambon, une poule avec les intestins ? vous n’avez qu’à parler. ”
“ Je pense aussi qu’elles ont un instinct divin, ces abeilles qui élaborent le miel, bien qu’on prétende qu’elles le reçoivent de Jupiter. Mais aussi font-elles de violentes piqûres : ce qui prouve que la plus grande douceur est toujours accompagnée de quelque amertume. — Déjà Trimalchion tranchait du philosophe, lorsque l’on fit circuler autour de la table un vase qui contenait des billets de loterie. Un esclave, chargé de cet emploi, lisait à haute voix les lots qui étaient échus à chacun des convives [1] : Argent, cause de tous les crimes [2] ! ”
“ Trimalchion possède de si vastes domaines, qu’ils lasseraient les ailes d’un milan. Il entasse les intérêts des intérêts, et l’on voit plus d’argent dans la loge de son portier, que personne de nos jours n’en possède pour tout patrimoine. Quant à ses esclaves, oh ! ”
“ Ce père auquel le roi a pris sa fille, Triboulet le raille et l'insulte. Le père lève le bras et maudit Triboulet. De ceci découle toute la pièce. Le sujet véritable du drame, c'est la malédiction de monsieur de Saint-Vallier. Écoutez. Vous êtes au second acte. Cette malédiction, sur qui est-elle tombée? Sur Triboulet fou du roi? Non. Sur Triboulet qui est homme, qui est père, qui a un cœur, qui a une fille. Triboulet a une fille, tout est là. Triboulet n'a que sa fille au monde; il la cache à tous les yeux, dans un quartier désert, dans une maison solitaire. ”
“ Comme on s’extasiait sur cet excès de luxe, notre hôte s’écria : — Mars aime l’égalité. — En conséquence, il exige que chacun des convives ait sa table à lui seul : — Par ce moyen, ajouta-t-il, ces esclaves puants, n’étant plus entassés, nous suffoqueront moins. — Aussitôt on apporte des flacons de cristal soigneusement cachetés [3] ; au cou de chacun d’eux était suspendue une étiquette ainsi conçue : FALERNE OPIMIEN DE CENT ANS. Tandis que nous parcourions des yeux les étiquettes, Trimalchion battant des mains : — Hélas ! s’écria-t-il, hélas ! ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
(1851)
“ Le seigneur Trymalcion acheva paisiblement son horrible examen, dit quelques mots au marchand, et aussitôt un gardien rajusta la robe de mon enfant, plus morte que vive, l'enveloppa dans son long voile, qu'il lia autour d'elle, et prenant entre ses bras ce léger fardeau, il se tint prêt à suivre le vieillard, qui, pour payer le marchand, prenait de l'or dans sa bourse... A ce moment de désespoir suprême... toi et ta soeur... pauvres enfants égarés par la terreur ! vous avez crié comme si vous croyiez pouvoir être entendus et secourus... vous avez crié : Ma mère !... mon père!... ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Quand elle aime, elle aime fort, mais elle hait de même ceux qu'elle tient en aversion.Trimalchio possède en biens-fonds un territoire aussi vaste que le vol du milan, sans compter le numéraire dont il entasse et fait provigner les intérêts. Chez son portier, on [Pg 78] compte plus d'écus, en un jour, que n'en ont dans tout leur patrimoine les personnes les mieux rentées. Vous voyez d'ici le trésor. Quant aux esclaves, babæ! babæ! non, Herculès, à moi! je crois que la dixième partie d'entre eux ne connaît pas son maître. ”
