Émile Amiel

Résumé

Émile Amiel L'éloquence sous les Césars (1864)

Les éloges de Sénèque sont donc justifiés. « La nature, écrit-il à Lucilius, semble l'avoir fait naître de nos jours, pour montrer que, s'il ne peut pas nous corriger, nous ne pouvons pas le corrompre ; c'est un type, quoiqu'il le nie, de sagesse accomplie ; son éloquence sied aux idées les plus nobles ; elle ne s'inquiète ni de symétrie ni de style, mais marche fièrement à son but et n'obéit qu'à l'élan qui la pousse. Il n'est pas douteux pour moi que la Providence nous ait donné l'image d'une telle vie et d'une telle éloquence pour servir de modèle et de censure à notre siècle 1. »
Source : Gallica

Émile Amiel L'éloquence sous les Césars (1864)

Mais, s'il éblouit les esprits, ajoutons avec Sénèque qu'il les corrompit. Le philosophe l'a pris pour exemple de l'influence des mœurs sur la forme et sur l'expression de la pensée. Des métaphores singulières, des alliances de mots bizarres, l'afféterie, en un mot, et la recherche : voilà ce qui distingue le style de Mécène.
« Ce style, s'écrie Sénèque3, n'est-il pas aussi lâche que les plis de sa robe sans ceinture, son expression aussi prétentieuse que sa parure ? son éloquence est celle d'un homme ivre : elle est obscure, désordonnée, pleine de licences. »
Source : Gallica

Émile Amiel L'éloquence sous les Césars (1864)

Cette langue d'Homère ardente et pressée, qui tombe sans relâche comme la neige, c'est la langue de l'orateur, tandisque celle du vieillard coule lentement et plus douce que le miel. Que cette éloquence abondante et rapide (qu'il blâme dans le philosophe Sérapion) soit donc à tes yeux celle d'un charlatan plutôt que celle d'un homme occupé d'une chose grande et sérieuse, d'un homme qui enseigne. Sa parole ne doit ni couler goutte à goutte ni courir ; qu'elle ne fasse pas tendre l'oreille, qu'elle ne l'assourdisse pas non plus.
Source : Gallica

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