“ Tandis qu’ils étaient occupés à considérer attentivement notre manteau, Ascylte jette par hasard les yeux sur les épaules de cet homme, et reste muet de surprise. De mon côté, je n’étais pas sans émotion ; plus j’envisageais l’individu, plus il m’offrait de ressemblance avec celui qui avait trouvé ma robe dans le bois. Je ne me trompais pas, c’était lui-même. Ascylte ne savait s’il devait en croire ses yeux. Pour ne rien hasarder, il accoste le campagnard ; et, sous prétexte de marchander cette robe, il la lui tire doucement de dessus les épaules, et l’examine attentivement. ”
Ascylte
Définition et enjeux
Citations sur “Ascylte”
“ Entré dans la première auberge, je trouve Ascylte, plus mort que vif, étendu sur un mauvais grabat ; je tombe moi-même sur un autre lit, sans pouvoir proférer un seul mot. Ascylte cherche en vain sur mes épaules le précieux fardeau dont je m’étais chargé ; il se trouble : — Qu’as-tu fait de notre robe ? — s’écrie-t-il avec précipitation. ”
“ Ascylte en attaque un avec fureur, et l’étend à terre grièvement blessé ; puis il vient aussitôt m’aider à presser le second ; mais il se défendait si bravement, qu’il nous blessa l’un et l’autre, légèrement à la vérité, et parvint à s’échapper sans la moindre égratignure. Nous touchions au jour marqué par Trimalchion, jour où, dans un souper splendide, il devait affranchir un grand nombre d’esclaves. ”
“ J’en ai fait l’essai, et vous n’aurez pas à vous en repentir, car il est chaud comme un four. — Bravo ! bravo ! répondit Habinnas, d’un jour en faire deux, voila ce que j’aime. — Et, se levant pieds nus, il suivit Trimalchion enchanté. Pour moi, regardant Ascylte : — Que ferons-nous ? lui dis-je ; la vue seule du bain est capable de me faire mourir sur le coup. — Dites comme eux, répondit Ascylte ; et, tandis qu’ils se rendent au bain, échappons-nous dans la foule. — J’approuve son idée, et, conduits par Giton, nous traversons le vestibule, et nous gagnons la porte. ”
“ Aux sources abondantes de l’art, ta poitrine répandra les paroles des Muses [9] VI. ENCOLPE CHERCHE SON AMI ET SON AUBERGE J’écoutais si bien que je ne remarquai même pas que mon ami Ascylte s’était sauvé. Tandis que je traverse le jardin parmi ce flot de paroles, une foule d’étudiants envahit le portique : ils venaient, me semble-t-il, d’entendre la réponse de je ne sais quel rhéteur à la conférence d’Agamemnon. Ils tournaient les idées en ridicule, critiquaient le style, la disposition... J’en profite pour m’esquiver et me mettre, sans perdre un instant, à la recherche d’Ascylte. ”
“ CHAPITRE LVII. Cependant Ascylte, levant les mains au ciel, se moquait, sans contrainte, de toutes ces niaiseries, dont il riait à gorge déployée. Cette conduite irrita un des affranchis de Trimalchion, celui-là même qui était à table au-dessus de moi : — Qu’as-tu donc à rire, pécore ? s’écria-t-il. Est-ce que la magnificence de mon maître n’est point de ton goût ? Sans doute tu es plus riche que lui, et tu fais meilleure chère ? ”
“ Outré de nous voir faire tant de bruit pour un méchant haillon, le campagnard jette la robe au nez d’Ascylte ; et, pour mettre fin aux débats, il demande le dépôt, en main tierce, du manteau, cause unique du procès. Nous, certains d’avoir ressaisi notre petit trésor, nous gagnons l’auberge à toutes jambes. ”
“ À la fureur des combattants, on les eût crus ivres de satyrion [1] . À notre aspect, ils redoublèrent de postures lascives, pour nous engager à les imiter. Tout à coup l’un d’eux retrousse sa robe jusqu’à la ceinture, et, se précipitant sur Ascylte, le renverse sur un lit voisin, et veut lui faire violence. Je vole au secours du pauvre patient, et nos efforts réunis triomphent sans peine de ce brutal assaillant. Ascylte gagne aussitôt la porte et s’enfuit, me laissant seul en butte aux attaques de leur débauche effrénée ”
“ Toutefois, comme si j’eusse été complètement étranger à cette aventure, je gardai le silence sur mes relations avec Ascylte, et je détaillai à Eumolpe le menu de notre souper, A peine avais-je cessé de parler, qu’on nous servit. Ce n’était que des mets assez communs, mais substantiels et nutritifs : notre poëte famélique les dévora avec une effrayante avidité. Lorsqu’il fut enfin rassasié, il se prit à moraliser, et se répandit en invectives contre ces hommes qui dédaignent tout ce qui est d’un usage commun et vulgaire, et n’estiment que ce qui est rare. ”
“ Quelle nuit ce fut là, dieux et déesses ! Quels doux enlacements ! Nous serrant, brûlant de fièvre, Nous répandions ça et là en baisers Nos âmes errant sur nos lèvres. Foin des soucis Qui tuent : c’est là qu’on apprend à mourir ! J’avais tort de me croire heureux. Car tandis que, lourd de vin, je laisse échapper mon Giton de mes bras sans vigueur, Ascylte, toujours attentif à me nuire, me le subtilise et l’emporte dans son lit. ”
“ « Tu te trompes, cria-t-il, Encolpe, si tu crois qu’il t’est permis de mourir le premier. C’est moi qui ai commencé : chez Ascylte, j’ai cherché une épée... En vain ! Mais si je ne te retrouvais pas, résolu à périr, je me serais jeté dans un précipice. Et pour que tu saches bien que ça ne traîne pas quand on cherche la mort, regarde à ton tour ce que tout à l’heure tu voulais me faire voir. » Ayant dit, il arrache un rasoir au valet d’Eumolpe [13] , et, s’en tranchant le cou, de droite, de gauche, le voilà étalé à nos pieds. ”
“ CHAPITRE LIX. Ascylte commençait à répondre à ces invectives, quand Trimalchion, charmé de l’éloquence de son affranchi : — Laissez là, leur dit-il, les injures, et ne songez qu’à vous réjouir. Toi, Herméros, tu devrais épargner ce jeune homme : le sang lui bout dans les veines ; montre-toi le plus raisonnable : dans ces sortes de combats, tout l’avantage est pour celui qui cède : lorsque tu venais d’être chaponné, cocorico, tu n’étais pas plus raisonnable que lui. Nous ferons bien mieux de reprendre notre humeur facile et joyeuse, en attendant les Homéristes. ”
“ Nous faisons main basse sur ce que nous trouvons de plus précieux, décampons avec le jour, en évitant les grandes routes, et ne nous arrêtâmes que quand nous nous sentîmes en sûreté. Alors Ascylte, dès qu’il eut repris haleine, nous témoigna de la joie qu’il avait eue à livrer au pillage la villa de ce grigou de Lycurgue, dont il-déplorait, à juste titre, la parcimonie : il n’avait rien touché pour le prix de ses nuits, et la chère était maigre et mal arrosée. Lycurgue, en effet, malgré ses immenses richesses, était ladre au point de se refuser même le nécessaire. ”
A . Titeux T. Devilly Eugène Bareste Homer, L’Odyssée/Traduction Bareste
“ Sache donc alors que Scylla ne peut être privée de la vie : elle est immortelle. Scylla est un monstre terrible, sauvage, cruel, qu'on ne peut combattre ; il est impossible de se défendre contre elle, et le plus sûr est de fuir. Si tu restes auprès de Scylla pour lutter avec elle, je crains bien que, s'élançant de nouveau, elle n'engloutisse autant de guerriers qu'elle a de têtes. Navigue donc avec vitesse, en implorant la mère de Scylla, Cratais, qui donna le jour à ce fléau ; elle empêchera peut-être le monstre de s'élancer sur vous tous. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Ascyltos, indigné d'un tel soupçon, proteste qu'il ne demande autre chose que son fugitif, qu'il ne convoite pas la mort d'un homme ni d'un suppliant, encore moins d'un ami, qui, nonobstant nos démêlés fâcheux, lui demeure très cher. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Je tombai sur mon grabat, comme désarmé, et j'eusse porté sur moi-même ces mains damnées, si le désir de la vengeance n'eût combattu mon désespoir. Superbe, avec le butin délicieux, m'abandonne Ascyltos. Moi, naguère encore, son très cher camarade, moi son égal par la similitude fraternelle de nos destins, il me laisse en un lieu pérégrin, dans la plus sinistre abjection. Le nom d'amitié permane tant qu'il sert. Le jeton sur le damier conduis une œuvre peu sûre. Que Fortuna demeure, vous gardez un front souriant, amis! Qu'elle défaille, vous détournez le visage dans une fuite honteuse. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Abasourdis par ces hurlements, nous saisissons, pour donner le change, l'immonde tunique en lambeaux, nous écriant, sur le même ton, que ces gens-là brocantent nos dépouilles. Mais la partie n'était pas égale. La populace, conglomérée par nos abois, se tordait à nous entendre: les uns revendiquant un habit des plus riches, les autres, une loque ne valant pas d'être ravaudée. Mais Ascyltos vint à bout de calmer la risée et, le silence acquis:Nous voyons bien que chacun prise très haut ses appartenances: qu'ils nous rendent notre tunique et remportent leur gaban. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Axël, comme se décidant, après l’avoir regardé Maître, je sais que, selon la doctrine ancienne, pour devenir tout-puissant il faut vaincre, en soi, toute passion, oublier toute convoitise, détruire toute trace humaine, — assujettir par le détachement. — Homme, si tu cesses de limiter une chose en toi, c’est-à-dire de la désirer, si, par là, tu te retires d’elle, elle t’arrivera, féminine, comme l’eau vient remplir la place qu’on lui offre dans le creux de la main. Car tu possèdes l’être réel de toutes choses en ta pure volonté, et tu es le dieu que tu peux devenir. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Nous n’avons qu’à secouer un peu notre paresse, au lieu de nous en tenir aux opinions courantes. Lisons Eschyle, je dis le texte lui-même, et Eschyle sera bientôt vengé des ridicules sottises qu’ont écrites à son intention tant de gens qui n’avaient pas même essayé de déchiffrer le premier mot de son théâtre. Personne n’a mieux compris qu’Aristophane la grande âme d’Eschyle ; personne n’a mieux décrit ce caractère de beauté morale qui distingue entre toutes les œuvres du vieux tragique. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Axël La rosée tombe encore ; quelques-unes de ses claires larmes suffiront pour dissoudre ce poison dans ce calice sacré ! Il monte sur un sépulcre, près du soupirail ; et tandis que Sara caresse, distraitement, un lévrier de marbre, élevant sa main droite où rayonne son hanap tragique, il passe le bras au dehors, à travers les barreaux. Ainsi, le ciel sera de complicité avec notre suicide ! Au loin, des voix, dans les forêts, chantent un chant du matin : ils écoutent.Chœur des Bûcherons, dans l’éloignement En joie ! ”
Louis Binaut, Revue des Deux Mondes
“ Le drame, parlant à la foule, pouvait moins que toute autre poésie échapper à cette influence des choses ; Eschyle la reçoit tout entière, et de la l’unité et la concentration de sa pensée. Terminons par une dernière réflexion, pour achever d’éclaircir l’idée principale qui nous a inspiré cette étude. On a dû voir, ce nous semble, par cet exposé, que partout dans Eschyle se manifeste de la manière la plus éclatante l’énergie de la liberté humaine, telle qu’elle se développe dans la Grèce, avec ses plus hautes applications à l’état et à l’intelligence. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Enrichis d’une entité de plus le monde noir où souffrent les volontés éteintes qui ne se sont pas éperdument élancées, au dédain de toutes choses, vers l’Incréée-Lumière ! Plus d’espérances hautes, d’épreuves rédemptrices, de surnaturelle gloire ; plus de quiétude intérieure. Tu l’as voulu. Tu es devenu ton justicier et tu te seras précipité toi-même. Adieu. Axël s’est croisé les bras et demeure les yeux fixes, sans parler. Maître Janus s’est approché de l’escalier de pierre : il fait un signe en étendant la main : — coup de cloche au loin dans la nuit. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Silence. Paraît, au fond de la salle, Axël d'Auërsperg. — Il semble âgé de vingt-trois à vingt-quatre ans. Il est d'une très haute taille et d'une admirable beauté virile. L'élégance musculeuse et les proportions de sa personne annoncent une puissante force corporelle. Son visage, d'une pâleur presque radieuse, ressortant sous de longs et ondulés cheveux bruns, est d'une expression mystérieuse à force d'être pensive. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Axël Ce sont des enfants qui s’épousent ! Prononce, vers eux, une parole de bonheur : quelque pensée leur venant de toi, Sara, les rendra, sans douter plus charmants encore l’un pour l’autre ! Sara, souriante, se détournant vers le soupirail Ô vous, les insoucieux, qui chantez, là-bas, sur la colline... soyez bénis ! Axël, redescendant vers elle Les lueurs de cette lampe nuptiale pâlissent devant les rayons du jour ! Elle va s’éteindre. Nous aussi. ”
Jules Marsan, Autour du romantisme (1937)
“ « Pour lui, voilures gonflées vers l'infini, la vie quotidienne n'existait que très peu ; il ne fut ni pauvre, ni malade, ni dédaigné, mais royalement riche, comme Axël, jeune et fort, comme Axël et, comme Axël, aimé de Sara, l'énigmatique princesse. » Axël, son œuvre suprême ; mieux que cela, l'œuvre en laquelle se résume toute sa vie. La première idée datait de sa jeunesse et en vérité, il n'avait jamais cessé d'y songer. Il faut se défier pourtant des affirmations aventureuses ou trop complaisantes de certains de ses admirateurs. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Axël l’enlace de son bras désarmé et la conduit vers le prie-Dieu d’ébène aux coussins de velours violet.Axël, avec un sourire triomphant et un peu d’emphase juvénile Quel serait, parmi les rois, l’insensé qui, de toutes ces astrales pierreries, n’incendierait pas la nuit de tes cheveux ! — À toi seule, à toi, cet amoncellement radieux, ces splendeurs que tu as ressuscitées !... Laisse-moi contempler, seulement, ta pâleur mortelle. — Je veux m’asseoir à tes pieds et souffrir, à mon tour, du mal des humains. — Aimer, c’est cela, sans doute ! N’est-ce pas... Sara ? ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Il se lève et fait les cent pas. C’est égal : je suis soucieux. — Il n’est pas naturel qu’un garçon, qui n’est certes pas un esprit vulgaire, accepte délibérément l’existence d’ours que mène ici le comte Axël d’Auërsperg ! Tout l’amour des sciences occultes ne légitimerait pas une telle réclusion, un si long, si lointain, si volontaire exil. — Il y a autre chose. — Plus bas et d’un ton singulièrement rêveur, après un coup d’œil taciturne autour de la salle : — Il y a quelque chose, ici. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Mufrius [Pg 116] le magister (nous fûmes aussi à l'école) nous endoctrinait: «Vos devoirs sont-ils finis? Rentrez chez vous par le plus court. Ne baguenaudez pas. Ne haraudez point les personnes d'âge et dispensez-vous de compter les échoppes. Faute de quoi nul ne s'élève au-dessus d'un dupondius.» Pour moi, je rends grâce aux Dieux, à cause de l'artifice qui m'a élevé au rang où je splendis.»Commençait Ascyltos de répondre au monitoire: mais Trimalchio délecté par la verve de son colibert:—Laissez, dit-il, vos hargneuses querelles et, de grâce, vivons en beauté. ”
“ Pleurez avec des sanglots sur le maître lamentable, tandis que les libations sont répandues en l’honneur de celui qui défend les bons des mauvais et détourne de nous l’odieuse souillure. Entends, entends, ô vénérable, ô roi, entends mes prières, des ténèbres où gît ton âme ! Ah ! hélas ! ô Dieux ! Quel héros, puissant par la lance, rachètera tes demeures ? Un Skythe, un Arès, tendant de ses mains, dans le combat, l’arc recourbé, ou, la tête en arrière, saisissant par la poignée l’épée qu’il agite ? Èlektra. Mon père possède désormais ces libations que la terre a bues. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Axël
“ Axël, froid, souriant et scandant nettement ses paroles Vivre ? Non. — Notre existence est remplie, — et sa coupe déborde ! — Quel sablier comptera les heures de cette nuit ! L’avenir ?... Sara, crois en cette parole : nous venons de l’épuiser. Toutes les réalités, demain, que seraient-elles, en comparaison des mirages que nous venons de vivre ? À quoi bon monnayer, à l’exemple des lâches humains, nos anciens frères, cette drachme d’or à l’effigie du rêve, — obole du Styx — qui scintille entre nos mains triomphales ! La qualité de notre espoir ne nous permet plus la terre. ”
