“ Aigisthos, s’il est ici, ne l’a-t-il point appris ? — Mais, si, ayant passé le seuil des portes intérieures, je trouve Aigisthos assis sur le thrône de mon père, ou si, pour me parler, il vient à moi et me regarde, certes, sache-le, avant qu’il ait dit : — Étranger, d’où es-tu ? — je le tuerai brusquement, en le clouant de l’airain. L’Érinnys du meurtre, déjà gorgée de sang, en boira une troisième fois. Maintenant, toi, Èlektra, observe bien ce qui se passe dans la demeure, afin que tout concoure avec notre dessein. Vous, retenez votre langue ; taisez-vous ou parlez quand il le faudra. ”
Eschyle
Élements biographiques
Eschyle, l’un des trois grands tragiques grecs (avec Sophocle et Euripide), est considéré comme le père de la tragédie. Son œuvre, marquée par une force dramatique et une tension morale, explore les enjeux de l’ordre divin, l’arrogance humaine et les conflits familiaux. Innovateur, il introduit deux acteurs sur scène, enrichissant ainsi les dialogues.
Ses pièces majeures, telles que Les Perses, Les Sept contre Thèbes et l’Orestie (unique trilogie complète conservée), illustrent une réflexion sur la justice, la vengeance et l’équilibre de la cité. Seule une douzaine de ses cent soixante-dix pièces ont survécu, reflétant une pensée tragique profondément ancrée dans la mythologie et l’actualité de son époque.
Citations de Eschyle
“ A coups d'avirons brisés et de bancs de rameurs les Perses étaient écrasés ou déchirés comme des thons ou d'autres poissons pris au filet, et toute la mer retentissait de sanglots et de lamentations ; et, enfin, l'oeil de la Nuit noire se ferma sur nous. Je ne pourrais, même en dix jours, te raconter la multitude de nos maux. Mais, sache-le, jamais en un seul jour tant d'hommes ne sont morts. ATOSSA. Hélas ! une mer immense de maux s'est ruée sur les Perses et sur toute la race des Barbares ! LE MESSAGER. Certes, sache-le maintenant, je n'ai pas encore dit la moitié de nos maux. ”
“ LE CORYPHÉE Nous ne voulons, mère, ni t’effrayer, ni te rassurer à l’excès par nos discours. Va vers les Dieux, et supplie-les. Si ce que tu as vu est menaçant, prie-les de détourner le malheur, et demande que le bien se réalise pour toi et pour ton fils, et pour la ville, et pour tous ceux qui te sont chers. Puis il te faut faire des libations à la Terre et aux Morts. Prie avec douceur ton époux Daréios, que tu dis avoir vu pendant la nuit : que le bien, pour toi et pour ton fils, il le fasse surgir de terre, à la lumière ; que le mal, il le tienne caché sous terre, dans les ténèbres. ”
