“ Les Dieux m'inspirent de chanter, et j'en ai encore la force, les deux thrônes des Akhaiens, les deux chefs de la jeunesse de Hellas, qu'un présage irrésistible envoie contre la terre des Troiens, avec la lance et une main vengeresse. Aux Rois des nefs deux rois des oiseaux, un noir, l'autre blanc sur le dos, apparaissent non loin des demeures, du côté de la main qui tient la lance. Et ils dévoraient, dans les demeures éclatantes, une hase qui allait mettre bas et toute une race que n'avait pu sauver une fuite suprême. – Chante un chant lugubre ; mais que tout finisse par la victoire ! ”
Résumé
"Agamemnon", tragédie d'Eschyle, explore les thèmes de la colère, du meurtre et des rapports tendus entre humains et dieux. L'œuvre, centrée sur le retour d'Agamemnon après la guerre de Troie, dépeint les conséquences tragiques de ses actes, notamment les tensions familiales et les châtiments divins.
Les citations mettent en lumière l'importance des navires, des habitations et des offrandes, tout en soulignant les maux infligés par les Dieux. Ce texte, riche en allusions aux forces surnaturelles et aux enjeux politiques, reflète les préoccupations religieuses et morales de l'Antiquité grecque.
Citations de Agamemnôn (Eschyle)
“ LE HÉRAUT. Je vous ordonne de gagner la nef qui appuie sa proue au rivage. Allons, promptementet sans retard ! sans quoi je vais vous y traîner violemment par les cheveux ! LE CHOEUR DES DANAÏDES. Strophe II. Hélas, hélas ! Père ! Le secours divin ne m'a pas sauvée du malheur. Comme une araignée qui m'enveloppe, voilà le songe noir ! ô Dieux, ô Dieux ! Terre, ma mère ! Terre, ma mère ! détourne ces clameurs terribles. O Roi ! fils de Gaia, ô Zeus ! LE HÉRAUT. Je ne crains pas les Dieux de cette terre. Ils n'ont point nourri mon enfance et ils ne me conduiront pas à la vieillesse. ”
“ A coups d'avirons brisés et de bancs de rameurs les Perses étaient écrasés ou déchirés comme des thons ou d'autres poissons pris au filet, et toute la mer retentissait de sanglots et de lamentations ; et, enfin, l'oeil de la Nuit noire se ferma sur nous. Je ne pourrais, même en dix jours, te raconter la multitude de nos maux. Mais, sache-le, jamais en un seul jour tant d'hommes ne sont morts. ATOSSA. Hélas ! une mer immense de maux s'est ruée sur les Perses et sur toute la race des Barbares ! LE MESSAGER. Certes, sache-le maintenant, je n'ai pas encore dit la moitié de nos maux. ”
“ O Dieux ! le sang d'une mère, une fois versé, est ineffaçable. Il coule et il est absorbé par le sol. Il te faut expier ton crime, il faut que je boive à ton corps vivant la rouge et horrible liqueur ; et, après t'avoir ainsi épuisé, je t'entraînerai sous terre, afin que tu sois châtié du meurtre de ta mère. Et tu verras alors ceux qui ont outragé ou les hommes, ou les Dieux, ou leur hôte, ou qui ont méprisé leurs chers parents, frappés chacun d'un juste châtiment. Car Aidés est le grand juge des mortels, et il se souvient de tout, et il voit tout sous la terre. ”
“ Que la force et la justice, et Zeus, le plus grand de tous les Dieux, soient avec nous ! ORESTÈS. Zeus ! Zeus ! contemple ceci. Vois la race de l'aigle, privée de son père étouffé dans les noeuds de la vipère horrible. La faim ronge ses petits orphelins qui ne peuvent chasser comme leur père, ni suffire aux besoins du nid. Regarde-nous, Èlektra et moi, enfants sans père et chassés tous deux de leur demeure. Si tu abandonnais les enfants de celui qui t'offrait de si riches sacrifices, de quelles mains semblables recevrais-tu désormais les honneurs sacrés ? ”
“ J'irai, je subirai aussi ma destinée. Voici la porte du Hadès. Que je sois tuée d'un seul coup ! Que mon sang coule tout entier sans convulsion et que je ferme tranquillement les yeux ! LE CHOEUR DES VIEILLARDS. O très-malheureuse ! O femme qui sais tant de choses, combien tu as parlé ! Mais si tu sais aussi ta propre destinée, pourquoi, comme le boeuf voué aux Dieux, courir si audacieusement à l'autel ? KASANDRA. Je ne puis fuir. O Étrangers, je suis étreinte par le temps. LE CHOEUR DES VIEILLARDS. Qui meurt le plus tard possible est plus fort que le temps. ”
“ Je prie les Dieux de m’affranchir de ces fatigues, de cette veille sans fin que je prolonge toute l’année, comme un chien, au plus haut faîte du toit des Atréides, regardant l’assemblée des Astres nocturnes qui apportent aux vivants l’hiver et l’été, Dynastes éclatants qui rayonnent dans l’Aithèr, et qui se lèvent et se couchent devant moi. Et, maintenant, j’épie le signal de la torche, la splendeur du feu qui doit annoncer, de Troia, que la ville est prise. En effet, voilà ce que le cœur de la femme impérieuse commande et désire. ”
“ A quoi sert aux survivants de se plaindre ? Il faut plutôt se réjouir d'avoir échappé à ces malheurs. Pour nous, qui sommes saufs, dans l'armée Akhaienne, le bien l'emporte et le mal ne peut lutter contre. Glorifions-nous, à la lumière de Hèlios ; certes, cela est juste, après avoir tant souffert sur terre et sur mer : – Troia est prise, et la flotte des Argiens a consacré ces dépouilles aux Dieux qui sont honorés dans Hellas, et les a suspendues dans leurs demeures, comme un trophée antique. – Ceci entendu, il faut glorifier la Ville et les chefs, et honorer Zeus qui a fait cela. ”
“ Elle ne s’accoutumera point au frein qu’elle ne l’ait souillé d’une écume sanglante. Mais je ne veux pas subir l’affront de lui parler encore. Le Chœur des Vieillards. Moi, la pitié me saisit, je ne m’irrite point. Va, ô malheureuse, quitte ce char, cède à la nécessité, fais l’apprentissage de la servitude. Kasandra.Strophe I. Ô Dieux ! Dieux ! ô terre ! ô Apollôn ! ô Apollôn ! Le Chœur des Vieillards. Pourquoi cries-tu vers Loxias ? Ce n’est point un Dieu qu’on invoque par des lamentations. Kasandra.Antistrophe I. Ô Dieux ! Dieux ! ô terre, ô Apollôn ! ô Apollôn ! ”
“ APOLLÔN. Je dirai ceci ; vois si je parle bien. Ce n'est pas la mère qui engendre celui qu'on nomme son fils ; elle n'est que la nourrice du germe récent. C'est celui qui agit qui engendre. La mère reçoit ce germe, et elle le conserve, s'il plaît aux Dieux. Voici la preuve de mes paroles : on peut être père sans qu'il y ait de mère. La fille de Zeus Olympien m'en est ici témoin. Elle n'a point été nourrie dans les ténèbres de la matrice, car aucune Déesse n'aurait pu produire un tel enfant. – Pour moi, Pallas, et entre autres choses, je grandirai ta ville et ton peuple. ”
“ Antistrophe IV. La justice resplendit dans les demeures enfumées et glorifie une vie honnête. Elle détourne les yeux de l’or et des richesses qui souillent les mains, et cherche une demeure sainte. Elle méprise la puissance marquée d’infamie, et mène toute chose à sa fin. Le Chœur des Vieillards. Viens, Roi, destructeur de Troia, fils d’Atreus ! Comment te nommer ? Comment te vénérer, ni trop, ni incomplètement, dans la juste mesure ? Beaucoup d’hommes n’aiment que l’apparence et dédaignent la justice. Chacun est prêt à pleurer avec les malheureux, mais la douleur ne mord point le cœur. ”
“ Quand la terre nourricière a bu le sang, la souillure vengeresse devient ineffaçable. Le remords terrible travaille le coupable. La virginité une fois violée, il n'y a plus de remède. Les fleuves réuniraient leurs eaux qu'ils ne laveraient point la main qu'a souillée le meurtre. Pour moi, les Dieux m'ont enveloppée dans la calamité de ma ville : ils m'ont jetée dans la servitude, loin des toits paternels. Il appartient à ceux qui sont, par la violence, les maîtres de ma vie d'être, comme il leur convient, justes ou injustes. Il me faut réprimer l'amère indignation de mon coeur. ”
“ Prie les Dieux. Si tu as vu quelque chose de sinistre, supplie-les de le détourner de toi, et qu'ils accomplissent tout ce qu'il y a d'heureux pour toi, pour tes enfants, pour le royaume et pour tes amis ! Puis, il te faut faire des libations à la Terre et aux Morts. Prie aussi pour que ton époux Daréios, que tu as vu, dis-tu, dans ton sommeil, envoie à la lumière, du fond de la terre, les prospérités à toi et à ton fils, et pour qu'il retienne et cache les calamités dans les ténèbres souterraines. Divinateur bienveillant, je te donne ces conseils ”
“ C’est pour cela qu’il faut élever des actions de grâces vers les Dieux. Nous avons tendu des rets inévitables, et, pour la cause d’une femme, le monstre Argien, fils du cheval, a détruit la ville. Tout un peuple porte-bouclier, au coucher des Pléiades, s’est rué d’un bond. Le lion affamé a franchi les murailles, et il a bu à satiété le sang royal. Je devais avant tout parler ainsi des Dieux, mais je me souviens de tes paroles et je dis comme toi : Il est accordé à peu d’hommes de ne point envier un ami heureux. Un poison envahit le cœur de l’envieux. ”
“ Tu as raconté brièvement une grande calamité. LE CHOEUR DES VIEILLARDS. Que dit-on de lui parmi les autres marins ? Qu'il est vivant ou qu'il est mort ? TALTHYBIOS. Nul ne le sait, nul ne peut en donner de nouvelles certaines, si ce n'est Hèlios d'où vient la force génératrice de la terre. LE CHOEUR DES VIEILLARDS. Dis-nous comment est venue et comment a cessé cette tempête excitée contre les nefs par la colère des Daimones. TALTHYBIOS. Il ne convient pas de profaner un jour heureux par des récits de malheurs ; mais c'est le prix des Dieux. ”
“ Aussitôt, à la voix de chaque chef, ils frappèrent de leurs avirons retentissants les eaux frémissantes de la mer, et voici que toutes leurs nefs nous apparurent. L'aile droite précédait en bon ordre, puis venait toute la flotte, et on entendait ce chant immense : — O enfants des Hellènes, allez ! Délivrez la patrie, vos enfants, vos femmes, les demeures des Dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux ! Maintenant, c'est le suprême combat ! — Et le cri de la langue Persique répondit à ce cri, car il n'y avait plus à hésiter. Les proues d'airain se heurtèrent. ”
“ Dans ce lieu sacré, asseyez-vous comme une troupe de colombes épouvantées par ces faucons, ces ennemis, vos parents, qui souillent leur race. Un oiseau qui se repaît d'un oiseau est-il pur ? Comment donc serait-il pur celui qui veut épouser une femme malgré elle et malgré son père ? Même mort, dans le Hadès, s'il a commis ce crime, il n'échappera pas au châtiment. C'est là, dit-on, qu'un autre Zeus est le juge suprême des crimes parmi les morts. ”
“ Je te supplie pour qu'Orestès revienne heureusement. Et toi, exauce-moi, mon père ! Donne-moi de valoir beaucoup mieux que ma mère, et de mieux agir. Voilà nos voeux. Je souhaite à nos ennemis que ton vengeur apparaisse ! Que les meurtriers soient tués à leur tour, comme cela est juste. Je mêle à mes prières ces imprécations funestes que je crie contre eux. Du fond du Hadès envoie-nous toutes les prospérités, avec l'aide des Dieux, de la terre, de la justice victorieuse ! Après ces voeux, je verse ces libations. Vous, poussez des lamentations et chantez le Paian funèbre ! ”
“ Il est loin le temps où les nefs étaient amarrées par les câbles à ce rivage d’où la flotte est partie pour Ilios. Antistrophe I. De mes yeux je vois son retour, j’en suis le témoin, et je n’ai ni espérance, ni confiance, et mon esprit chante, mais non sur la lyre, la lamentation d’Érinnys ! Le cœur ne trompe pas, agité du pressentiment de l’expiation certaine. Je prie les dieux qu’une part de mes terreurs soit démentie et ne s’accomplisse pas ! Strophe II. La meilleure santé aboutit à d’inévitables douleurs, car la maladie habite à côté et n’est séparée d’elle que par un même mur. ”
“ Ce voile rougi par l'épée d'Aigisthos m'est un témoin sûr. Les taches de sang ont résisté au temps et altèrent encore les couleurs variées de ce voile. En le voyant, je m'applaudis et je pleure, à la fois, sur moi-même, et j'atteste ce tissu qui a perdu mon père. Je pleure le meurtre et la vengeance, et ma race tout entière, et je gémis sur cette victoire qu'il faudra expier. LE CHOEUR DES KHOÈPHORES. Nul parmi les hommes ne passe des jours tranquilles pendant tout le temps de sa vie. Chacun souffre à son tour, tantôt l'un, tantôt l'autre ! ”
“ Fille de Lèda, gardienne de mes demeures, tu as parlé dans la mesure de mon absence, longuement ; mais, pour être loué avec justice, il faut que cet honneur me soit rendu par d’autres. Cependant, ne me traite point mollement, à la façon des femmes, ou comme un roi barbare. Qu’on ne se prosterne point devant moi en poussant de hautes clameurs, et qu’on n’éveille point l’envie en étendant des tapis sur mon chemin. Il n’est permis d’honorer ainsi que les Dieux. Je ne saurais sans crainte, moi qui ne suis qu’un homme, marcher sur la pourpre. Je veux être honoré comme un homme, non comme un Dieu. ”
“ Contre son gré, malgré moi, persuadé par cet oracle de Loxias, il me chassa hors de ses demeures. L'ordre de Zeus l'y forçait. Il fut contraint de le faire. Et aussitôt mon aspect et mon esprit furent transformés, et je courus, d'un bond furieux, cornue comme tu vois, piquée par l'aiguillon mordant du Taon, vers le doux rivage de la source Kerkhnéia, dans la vallée de Lerna. Le Bouvier Argos, né de Gaia, me suivait plein de colère, épiant mes traces de ses yeux innombrables. Brusquement, la destinée le priva de la vie. Moi, furieuse toujours sous l'aiguillon divin, je courus de terre en terre. ”
“ Certes, tu te hâtes de rappeler le Daimôn furieux de ces demeures. Hélas ! hélas ! Maux terribles et fortune lamentable ! O Dieux ! hélas ! c'est Zeus qui a tout voulu et tout fait. Rien, en effet, n'arrive parmi les hommes sans Zeus. Rien ne nous est envoyé que par les Dieux. Hélas ! hélas ! ô Roi, ô Roi ! comment te pleurerai-je ? comment dirai-je combien je t'aimais ? Tu gis dans cette toile d'araignée, ayant rendu l'âme par un meurtre impie ! Malheur à moi ! Te voilà couché sur ce lit d'esclave par un crime plein de ruse, frappé de la hache à deux tranchants ! ”
“ Le seul Odysseus, qui n’avait point pris la mer volontiers, une fois lié au joug avec moi, m’a été un solide compagnon. Je le dis de lui, qu’il soit mort ou vivant. Pour le reste, ce qui concerne la Ville et les Dieux, nous en délibérerons en commun dans l’Agora. Nous ferons que les bonnes choses restent ce qu’elles sont et durent ; mais s’il en est qui demandent des remèdes, nous tenterons de guérir le mal avec sagesse, en coupant et en brûlant. Maintenant, entré dans mes demeures, près de mon foyer, j’élèverai mes mains vers les Dieux qui m’ont ramené de si loin dans ma maison. ”
“ Maintenant, je croirai qu’il est des Dieux vengeurs qui regardent d’en haut les misères des hommes ! Je vois, en effet, cet homme étendu mort dans la robe des Érinnyes, et cela m’est doux, car il a expié les fureurs de son père. Atreus, le roi de cette terre, le père de cet homme, a disputé la puissance à Thyestès, pour le nommer clairement, à mon père qui était son propre frère, et l’a chassé des demeures paternelles. Et le malheureux Thyestès, ayant été rassuré sur sa vie, revint en suppliant à ce foyer, où, mort, il ne devait pas souiller de son sang le sol de la patrie. ”
“ Je ferai ainsi ; mais la crainte n'est point apaisée dans mon coeur, et les inquiétudes l'oppressent d'épouvante, à cause de l'ennemi qui enveloppe nos murailles, de même que la colombe, qui nourrit ses petits, redoute pour eux les serpents qui se glissent dans le nid. Et voici qu'ils approchent des tours, en foule et par masses serrées ! Qu'arrivera-t-il de moi ? Ils lancent de tous côtés contre les citoyens les rudes pierres qu'ils ont saisies. Par tous les moyens, ô Dieux nés de Zeus, défendez la Ville et le peuple de Kadmos ! ”
“ Et toi, vieillard, apprends ceci de plus jeunes que toi : Si tu respectes un suppliant, tu ne manqueras de rien, car la volonté des Dieux accepte les offrandes sacrées d'un homme pieux. LE ROI PÉLASGOS. Vous ne vous êtes point assises en suppliantes au foyer de mes demeures. S'il y a manque d'hospitalité, toute la ville en est responsable, et c'est au peuple tout entier à s'en inquiéter, afin d'échapper à l'expiation. Pour moi, je ne vous ferai aucune promesse, mais je délibérerai sur ceci avec tous les citoyens. ”
“ Elles ronflent avec un souffle farouche, et leurs yeux versent d'affreuses larmes, et leur vêtement est tel qu'on n'en devrait point porter de semblable devant les images des Dieux, ou sous le toit des hommes. Jamais je n'ai vu une telle race ! Jamais aucune terre n'a pu se vanter de nourrir de tels enfants, sans avoir encouru de lamentables calamités. Mais c'est au maître de ce sanctuaire, au tout-puissant Loxias, de s'inquiéter de ce qui en arrivera. Il est divinateur et guérisseur, interprète des augures et purificateur des demeures des autres. ”
“ Et je crus pour le mieux, accompagné de ma mère, de me joindre à Zeus qui le désirait. Et, par mes conseils, le noir et profond abîme du Tartaros engloutit l'antique Kronos et ses compagnons. Ainsi, j'ai servi ce tyran des Dieux. Il m'en a récompensé par ce châtiment horrible. C'est un vice contagieux propre aux tyrans de n'avoir point foi en leurs amis. Si vous demandez pour quelle cause il me traite si outrageusement, je vous le dirai. Dès qu'il fut assis sur le thrône paternel, aussitôt il partagea les honneurs aux Daimones et constitua sa tyrannie. ”
“ O fidèles entre les fidèles, qui êtes du même âge que moi, ô vieillards Perses, de quel malheur la ville est-elle affligée ? Le sol a été secoué, il a gémi, il s'est ouvert ! Je suis saisi de crainte en voyant ma femme debout auprès de mon tombeau, et je reçois volontiers ses libations. Et vous aussi, auprès de mon tombeau, vous pleurez, poussant les lamentations qui évoquent les morts et m'appelant avec de lugubres gémissements. Le retour à la lumière n'est pas facile, pour bien des causes, et parce que les Dieux souterrains sont plus prompts à prendre qu'à rendre ! ”
“ Puis, quand tu auras entendu mes voeux, chante le chant sacré, l'heureux Paian, qui s'élève au milieu des solennités sacrées des Hellènes, qui donne la confiance aux amis et dissipe la crainte que donne l'ennemi : – Aux Dieux de la Ville et de la terre, aux Dieux des champs et de l'Agora, aux sources de Dirkè, à l'Ismènos, je jure, si la victoire est à nous et si la Ville est sauvée, d'égorger des brebis sur les autels des Dieux, de leur sacrifier des taureaux, et de consacrer en trophées, dans leurs demeures divines, les armures et les dépouilles prises à l'ennemi. ”
“ Ni offrandes sacrées, ni libations, ni larmes n’apaiseront la colère implacable des Dieux privés de la flamme des sacrifices. Pour nous, rejetés de cette expédition à cause de la vieillesse de nos membres méprisés, nous restons dans nos demeures, égaux en forces à des enfants, et affaissés sur nos bâtons ; car le cœur qui bat dans la poitrine d’un enfant est semblable au vieillard, et Arès n’y réside pas ; et l’extrême vieillesse aussi, quand son feuillage est flétri, marche sur trois pieds, non plus vigoureuse que l’enfance, comme un spectre qui erre pendant le jour. ”
“ Chaque femme tuera son mari, égorgé de deux coups d'épée. Qu'une telle Kypris soit accordée à mes ennemis ! Mais l'amour attendrira une de ces jeunes filles. Elle ne tuera point son mari, hésitant dans son coeur, mais aimant mieux être accusée de faiblesse que de cruauté. Elle enfantera la race des Rois d'Argos, et il faudrait de nombreuses paroles pour raconter celle-ci, et c'est d'elle que sortira le courageux et illustre Archer qui me délivrera de mes maux. L'antique Titanis Thémis, ma mère, m'a révélé cet oracle. ”
