“ CHAPITRE CII. Trêve, m’écriai-je, à ces timides conseils ! n’ayons recours qu’à l’audace ; laissons-nous couler dans la chaloupe le long du câble ; coupons-le, et abandonnons le reste au hasard. Cependant, cher Eumolpe, mon intention n’est pas de vous associer à nos périls : il n’est pas juste que l’innocent s’expose pour le coupable. Tous mes vœux seront comblés, si la Fortune seconde notre fuite. — Excellent avis ! dit Eumolpe, s’il était praticable. Espérez-vous donc que personne ne s’apercevra de votre départ ? ”
Eumolpe
Définition et enjeux
Citations sur “Eumolpe”
“ Aussi, pour que cette fourberie restât entre nous un secret inviolable, nous prêtâmes entre les mains d’Eumolpe le serment, dont il nous dicta la formule, de souffrir le feu, l’esclavage, la bastonnade, la mort même, en un mot tout ce qu’il ordonnerait ; enfin nous jurâmes par tout ce qu’il y a de plus sacré d’Être à lui, corps et âme, comme des gladiateurs légalement engagés. — Cette formalité remplie, nous nous déguisons en esclaves, et nous saluons notre nouveau maître. Il fut aussi convenu entre nous qu’Eumolpe venait de perdre un fils, jeune homme très-éloquent et d’une grande espérance ”
“ Pendant ce discours d’Eumolpe, je changeais sans cesse de visage les embarras d’un ennemi font notre joie, mais on se désole de tout ce qui lui arrive d’heureux. Toutefois, comme si j’étais étranger à toute cette histoire, je gardai un silence prudent et fis part à Eumolpe du menu. ‘ J’avais à peine fini qu’on nous servit ; nourriture, il est vrai, commune, mais savoureuse et substantielle, que notre docteur famélique se mit à dévorer. ”
“ Eumolpe, tâchez de le retrouver, dussiez-vous même le rendre à Ascylte. — Il commençait à ajouter foi à cette histoire, lorsque Giton, ne pouvant plus longtemps retenir son haleine, éternua trois fois de suite avec tant de force, que le lit en trembla. — Les dieux vous bénissent [1] ! — dit Eumolpe, se tournant du côté d’où venait ce bruit ; et, soulevant le matelas, il aperçut notre Ulysse, qu’un Cyclope même à jeun eût épargné. À cette vue, il m’apostropha de la sorte : — Scélérat ! pris sur le fait, tu as encore l’effronterie de nier la vérité ! ”
“ Quant à Giton et à moi, il nous fut impossible de fermer l’œil. Je réfléchissais tristement à l’imprudence que j’avais faite en recevant dans ma société Eumolpe, rival plus dangereux encore qu’Ascylte : sa présence m’inspirait les plus vives inquiétudes. Enfin, pour triompher de mon chagrin, j’appelai la raison à mon secours. — Il est fâcheux, disais-je en moi-même, que cet enfant plaise à Eumolpe. Mais, après tout, la nature n’a-t-elle pas mis en commun, pour l’usage de tous, ses plus belles créations ? Le soleil luit pour tout le monde. ”
“ Eumolpe nous fait voir la folie qu’avait Néron pour le théâtre, et sa vanité à réciter ses ouvrages et vous remarquerez en passant, par tant de beaux vers dont il fait un méchant usage, qu’un excellent poète peut être un malhonnête homme. Cependant comme Encolpe, pour représenter Eumolpe un faiseur de vers fantasque, ne laisse pas de trouver en sa physionomie quelque chose de grand, il observe judicieusement de ne pas ruiner les idées qu’il nous en donne. ”
“ Et en même temps il détache à l’aubergiste un vigoureux soufflet ; mais celui-ci, échauffé par les nombreuses libations qu’il avait faites avec ses hôtes, lance à la tête d’Eumolpe une cruche de terre qui lui meurtrit le front [3] , puis s’enfuit à toutes jambes. Notre poëte, furieux d’un tel outrage, se saisit d’un grand chandelier de bois, poursuit le fuyard, et, l’en frappant à tour de bras, lui rend avec usure le coup qu’il a reçu au front. Les valets de l’auberge et un grand nombre d’ivrognes accourent à ce bruit. ”
“ Nous courons vers l’endroit d’où les cris semblent partir : qu’y trouvons-nous ? Eumolpe assis devant un immense parchemin qu’il couvrait de ses vers. Chacun s’étonne de voir un homme, que la mort menace de si près, s’occuper tranquillement d’un poëme [1] ; et, malgré ses cris, nous le tirons de là, et nous l’engageons à songer à son salut. Mais, furieux d’être interrompu dans son œuvre : — Laissez-moi, nous criait-il, achever ce passage ; mon poëme est presque fini. — Je me saisis de ce frénétique, j’appelle Giton à mon aide, et nous traînons jusqu’au rivage le poëte mugissant de colère. ”
“ Encolpe n’en peut prendre ombrage, car je sais qu’il aime ailleurs. — Fort heureusement pour notre poëte, je n’avais plus l’épée que le soldat m’avait enlevée : bien lui en prit ; car tout le courroux qu’Ascylte avait allumé dans mon âme, je l’aurais éteint dans le sang d’Eumolpe. Giton s’en aperçut, et, sous le prétexte d’aller chercher de l’eau, il quitta la chambre. Son départ opportun apaisa mon ressentiment ; et, devenu plus calme : — J’aime encore mieux, dis-je à Eumolpe, vos vers que votre prose, quand vous exprimez de semblables désirs. Vous êtes libertin ; moi, je suis violent ”
“ Vous devez donc, en véritable philosophe, bannir de votre esprit le souvenir des différends qui se sont élevés entre nous, de manière qu’il n’en reste aucune trace. Les neiges séjournent longtemps sur un sol inculte et raboteux ; mais, sur une terre unie et dompée par la charrue, elles se fondent aussitôt, comme une gelée blanche. Il en est de même de la colère : elle prend racine dans un esprit grossier, mais elle effleure à peine une âme éclairée. — Pour confirmer, répondit Eumolpe, la vérité de ce que vous dites, tenez, je vous donne le baiser de paix. ”
“ Quant à Giton, tombant dans mes bras, il s’évanouit. Une abondante sueur nous remit un peu d’aplomb. Alors je me jetai aux genoux d’Eumolpe : « Aie pitié, lui dis-je, de mourants au nom de nos communes amours, de cet enfant, aide-nous à en finir. La mort approche qui, si tu n’y mets pas obstacle, sera accueillie par nous comme un bienfait. » ”
“ J’en appelle aux dieux et aux hommes, s’écria Eumolpe, votre vie ne finira pas si vilainement. Faites plutôt ce ce que vais vous dire : mon domestique, comme vous l’avez pu voir par son rasoir, est barbier de son métier ; il va vous raser complètement non seulement la tête, mais aussi les sourcils [23] . Je passerai derrière lui pour marquer adroitement vos fronts d’une inscription pour vous être enfuis. ”
Edmond Auguste Texier,
Critiques et récits littéraires…
(1853)
“ Parmi les personnages étranges qui passent dans ce roman sans tête et sans dénoûment, figure un certain littérateur du nom d'Eumolpe ; lequel débite d'assez belles poésies et de sanglantes critiques sur l'éloquence des sophistes et les livres produits dans ces serrescbaudes de l'intelligence qu'on nommait écoles d'Athènes ou de Rhodes. Rien de décousu et de détraqué comme le cerveau de ce philosophe de carrefours : les enfants des rues le poursuivent armés de pierres, et il doit braver une avalanche de projectiles chaque fois qu'il se hasarde à réciter quelque chose sur le théâtre ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Eumolpe fut le premier hiérophante que Cérès se choisit elle-même pour la célébration de ses mysteres, c’est-à-dire, que ce fut lui qui le premier y présida & les enseigna. Cet Eumolpe, selon Athénée, fut le chef d’une des plus célebres familles d’Athènes, qui seule eut la gloire de donner sans discontinuation un hiérophante aux Eleusiniens, tant que le temple de Cérès subsista parmi eux. ”
“ CXVII. PLAN DE CAMPAGNE Eumolpe, toujours avisé, n’eut aucune peine à s’assimiler ces notions nouvelles et nous avoua que cette manière de s’enrichir n’était pas pour lui déplaire. Je crus d’abord que, par une fantaisie de poète, le vieillard voulait plaisanter, mais il déclara : « Plût au Ciel que je dispose d’un plus ample outillage, je veux dire d’habits plus élégants, pour donner plus de poids à mes mensonges. Certes, j’enverrais bien vite promener cette besace et je vous conduirais tout droit aux plus brillantes destinées. » ”
“ Ce conseil me parut sage et utile ; il me délivrait des persécutions d’Ascylte, et me promettait une existence plus heureuse. Vaincu par la générosité d’Eumolpe, je me repentais amèrement des mauvais procédés que je venais d’avoir à son égard, et je me reprochais la jalousie qui en avait été la cause. Je le conjurai donc, les larmes aux yeux, de me pardonner : — Il n’est pas, lui dis-je, au pouvoir d’un homme qui aime de réprimer ses transports jaloux ”
“ Il était, à l’en croire, le seul homme au monde capable de dresser les deux jouvenceaux en les faisant profiter des conseils quotidiens de son expérience. Elle déclara, en terminant, désirer les laisser dans la maison d’Eumolpe pour qu’ils pussent profiter de ses moindres paroles, seul héritage qu’elle fût en état de leur assurer. Et elle le fit comme elle le dit ; elle nous confia une fille fort belle et un jeune éphèbe, et s’en fut, sous prétexte de se rendre au temple pour s’y acquitter d’un vœu. ”
“ Je mis donc tous mes soins à calmer les transports de Chrysis : je feignis de répondre à son amour ; je lui tins les plus tendres propos ; enfin, je dissimulai si bien, qu’elle me crut sérieusement épris de ses charmes. Alors je lui représentai les dangers auxquels nous serions exposés tous deux, si on la surprenait dans ma chambre ; je lui peignis Eumolpe comme un maître qui punissait avec rigueur la moindre peccadille. Á ces mots, elle s’empressa de partir, et d’autant plus vite, qu’elle vit revenir Giton, qui était sorti de ma chambre un moment avant son arrivée. ”
“ « Tu te trompes, cria-t-il, Encolpe, si tu crois qu’il t’est permis de mourir le premier. C’est moi qui ai commencé : chez Ascylte, j’ai cherché une épée... En vain ! Mais si je ne te retrouvais pas, résolu à périr, je me serais jeté dans un précipice. Et pour que tu saches bien que ça ne traîne pas quand on cherche la mort, regarde à ton tour ce que tout à l’heure tu voulais me faire voir. » Ayant dit, il arrache un rasoir au valet d’Eumolpe [13] , et, s’en tranchant le cou, de droite, de gauche, le voilà étalé à nos pieds. ”
Le cabinet des fées, ou Collection choisie des contes des fées et autres contes merveilleux… (1785-1786)
“ Eumolpe ou justifïoit 5 ou approuvoit toujours Geniade, qui se sentant fort de la tendresse de son oncle, ne craignoit plus son père. Eumolpe n'eut pas le temps de se repentir de l'excès de sa complaisance pour son neveu. Sa santé étoit toujours languissante ; sa douceur naturelle le soutenoit, cependant il succomba, & mourut âgé de trente-neuf ans. Tout le hameau pleura la perte d'Eumolpe : prévenant, humain , secourable & riche, il alloit au-devant de tous les besoins des habitans oubliés de la fortune. Voici l'instant de la désunion de Timante & de mon père. ”
Jean-Victor Audouin,
Histoire des insectes nuisibles à la vigne et particulièrement de la pyrale…
(1842)
“ Ce genre de dégât est peu dangereux ; mais l'Eumolpe entaille aussi quelquefois les grains de raisin avec ses mandibules , et alors ses ravages peuvent devenir considérables. Au reste, ce n'est pas à l'état d'insecte parfait que l'EUMOLPE est véritablement redoutable. Sa larve, que malheureusement je n'ai pas pu observer par moi-même, vit aux dépens des racines de la Vigne; elle s'attache au point que l'on nomme le collet, et mange les jeunes radicelles : ainsi attaquée, la Vigne ne tarde pas à dépérir et à jaunir ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ EUMOLPE, roi d’Éleusis, à la fois guerrier, barde et prêtre, était, selon les uns, né en Attique et petit-fils de Triptolème, ou, selon d’autres, originaire de Thrace, et gendre de Tégyrius, roi de ce pays. Il disputa le trône d’Athènes à Érechthée, et périt en le combattant à la tête des Éleusiniens. Il institua (vers 1374 ?) les mystères d’Éleusis. Ses descendants, les Eumolpides, eurent pendant 1200 ans le privilège de présider à ces mystères. ”
Alexandre Ysabeau, Connaissance et description botanique des plantes usuelles… (1878)
“ En effet, les Eumolpes de la première génération ne vivent qu'aux dépens des feuilles de la vigne, dont ils sucent le parenchyme, et qu'ils font tomber, entravant ainsi le cours naturel de la végétation. Les Eumolpes de la seconde génération naissent à l'époque où commence la maturité du raisin; ce n'est plus à la substance verte de la feuille que l'Eumolpe demande sa nourriture, c'est à la grappe à demie mûre, ce qui donne aux dégats commis par cet insecte un tout autre caractère de gravité. ”
“ GITON AUSSI « Heureuse, disait de son côté ‘ Eumolpe ’, heureuse la mère qui t’a engendré. Hardi, mon jeune ami ! Quand la sagesse se marie à la beauté, c’est, en vérité, un alliage rare. Et pour que tu ne croies pas avoir parlé en vain, tu viens, je te le déclare, de trouver un amoureux. C’est moi qui veux, par mes poèmes, te louer à l’égal de ton mérite ! C’est moi qui, précepteur et gardien, te suivrai partout, même ou tu ne voudrais pas ! Au reste, je ne fais aucun tort à Encolpe : il en aime un autre...! » ”
Luc de Clapiers Vauvenargues, Oeuvres morales de Vauvenargues… (1874)
“ Là, notre poëte écrit en vers une longue lettre à M. le lieutenant de police, dans laquelle il le nomme plusieurs fois le lieutenant d'Apollon , et le prie de venger l'honneur des Muses. La vie d'Eumolpe est pleine de semblables traits , et il y en a qu'on n'oserait écrire. Qui le croirait, cependant? Cet homme si déréglé dans ses mœurs, et si extravagant dans sa conduite, n'est pas tout à fait sans mérite, et si la fortune l'eût voulu, il avait plus qu'il ne fallait d'esprit pour être honnête homme; mais il est né pauvre et glorieux, et veut, à toute force, faire des vers ”
“ CHAPITRE XCVII. Pendant que Bargate était en conversation secrète avec Eumolpe, entra dans l’auberge un crieur public, suivi d’un valet de ville et d’une grande foule de curieux : secouant un flambeau qui répandait plus de fumée que de lumière, il lut à haute voix cette proclamation : Un jeune homme d’environ seize ans, nommé Giton, aux cheveux frisés [1] , d’une complexion délicate et d’un extérieur agréable, vient de s’égarer au bain public : mille écus de récompense à quiconque le ramènera ou pourra indiquer le lieu de sa retraite. ”
“ Mais Giton succombait sous un fardeau inaccoutumé, et Corax, le valet à gages d’Eumolpe, pestant contre son métier, posait à chaque instant nos bagages en nous maudissant de marcher si vite et nous promettait qu’il allait ou les jeter ou s’enfuir avec. « Me prenez-vous, disait-il, pour une bête de somme ou pour un navire de transport ? Vous m’avez engagé pour faire le service d’un homme, non d’un cheval, et je suis aussi libre que vous, bien que mon père m’ait laissé dans la misère. » ”
“ Eumolpe, si peu délicat sur cet article, que, malgré mon âge, il eût fait de moi son mignon, ne perdit pas de temps, et invita la jeune fille à un combat amoureux. Mais, comme il s’était donné à tout le monde pour un homme atteint de la goutte et d’une paralysie lombaire, il courait risque, s’il ne soutenait pas son imposture, de renverser notre plan de fond en comble. Pour ne pas se démentir, il pria la jeune fille d’avoir la complaisance de jouer le rôle de l’homme, en se plaçant sur lui ”
“ Que vous semble, par exemple, de cette invention ? Eumolpe, en sa qualité d’homme de lettres, doit avoir avec lui sa provision d’encre [1] : servons-nous-en pour nous teindre en noir de la tête aux pieds ; ainsi déguisés, nous passerons pour des esclaves éthiopiens, nous vous servirons comme tels, trop heureux d’éviter ainsi le châtiment dont nous sommes menacés ; et notre changement de couleur nous rendra méconnaissables aux yeux mêmes de nos ennemis. — Oui-da ? reprit Giton ”
Géminien Luppi, La Californie du ménage : plus de deux mille recettes… (1868)
“ L'Eumolpe ou Barbotte ravage la luzerne lorsqu'il n'est qu'à l'état de larve. On le détruit en saupoudrant la luzerne avec de la chaux au moment de la plus grande chaleur de la journée lorsque la femelle est prête à pondre. ”
