“ Résumons-nous : tout ce qui trahit une décadence trop complète soit de la littérature, soit des mœurs, nous paraît indigne de l’auteur primitif du Satyricon. Il aurait écrit la meilleure partie de l’œuvre, celle qu’on ne se lassera jamais de relire. Il aurait créé un type, celui de l’élégant coquin, lettré, déluré et sans aucun scrupule, un style, celui du récit familier, un cadre, celui du roman à tiroir. ”
Satyricon
Définition et enjeux
Citations sur “Satyricon”
“ DES PRINCIPALES ÉDITIONS DE PÉTRONE. Parmi les livres qui n’ont pu soustraire qu’une partie d’eux-mêmes aux outrages du temps, le Satyricon est un de ceux qui ont le plus souffert. Ce qui nous en reste n’est, comme nous l’avons déjà dit, qu’un mince débris de cet ingénieux ouvrage. Il contenait plusieurs livres, divisés en plusieurs chapitres : on peut citer, pour preuve de cette assertion, l’autorité des anciens glossaires et le témoignage des savants Daniel, Douza, Gonsalle, Saumaise, Burmann, etc. Encore le peu que nous avons du Satyricon ne nous est-il parvenu que par lambeaux. ”
“ Il est probable que bien des passages dont l’intérêt nous paraît un peu languissant étaient pour les contemporains la spirituelle parodie de romans grecs alors en vogue et aujourd’hui perdus. Le Satyricon, « poème enjoué des amours infâmes », met perpétuellement, c’est plus que probable, les beaux sentiments, les alarmes, les délicates pensées des héros de roman dans la bouche d’un pédéraste et de son mignon : il est d’un bout à l’autre une caricature obscène de l’amour romanesque, de ses lieux communs et de ses invraisemblances. ”
“ Si j’osais, après tant de savants qui se sont épuisés en conjectures sur cet ouvrage, émettre mon opinion personnelle, je dirais : Non, le Satyricon n’est pas la diatribe contre Néron, que Pétrone composa à l’article de la mort, tandis que sa vie s’écoulait avec son sang : la longueur de cette Satyre ne permet pas de le croire ”
“ Selon les deux Valois, le Satyricon n’est que le tableau ordinaire de la vie humaine, une véritable Ménippée, mêlée de prose et de vers, dans le goût de Varron, une satire générale des ridicules et des vices qui appartiennent à tous les peuples, à tous les temps. Quelques-uns ont presque fait de Pétrone un casuiste ; ils y voient à chaque page des sermons très-édifiants, et le Satyricon est, à leur avis, un traité complet de morale, qui vaut bien celui de Nicole : c’est, du moins, ce que semble insinuer Burmann, quand il appelle Pétrone virum sanctissimum. ”
“ Il fut l’écrivain du quatrième siècle le plus versé dans la connaissance de l’antiquité ; sa sagacité dans la critique égalait sa vaste érudition. Il vivait dans un temps où l’on ne pouvait encore avoir perdu le secret du Satyricon, s’il eût renfermé quelque mystère. Son opinion individuelle peut donc ici passer pour celle de ses contemporains ; et, dans le cas où l’une eût différé de l’autre, un auteur aussi judicieux aurait-il manqué d’exposer au lecteur les motifs qui l’engageaient à s’écarter du sentiment général ? ”
“ « Arbitre du goût ; » ils ne forment donc là qu’une épithète. Séparez l’attribut du sujet, il ne vous restera qu’une abstraction. S’agit-il, au contraire, du Satyricon ? le mot seul Arbiter présente l’idée complète de son auteur ; il fait l’office de nom propre ; Arbiter et Pétrone sont alors synonymes. Aussi voyons-nous ces deux mots employés indifféremment l’un pour l’autre par Planciades Fulgence, Diomède, Servius Honoratus, Macrobe, Victorin, Sidoine Apollinaire, saint Jérôme, et Terentianus Maurus lui-même. ”
“ La crainte a fait les dieux. . . . . . Le favori disgracié adresse à Néron, pour dernier adieu, une diatribe sanglante où sont livrés à l’opprobre, et ce tyran sans pudeur, et ses infâmes complices ; or, dans les scènes symboliques du Satyricon, qui ne reconnaît les nuits du Sardanapale romain et le scandale de sa cour ? 2° Pline et Plutarque confirment ce qu’avance Tacite touchant le luxe délicat de Pétrone et la satire dont il flétrit en mourant les vices de Néron. ”
“ L’inauthenticité en fut presque aussitôt péremptoirement établie, et par la seule étude de la langue le faussaire, mauvais latiniste, mais écrivain assez ingénieux, s’était servi des allusions contenues dans les fragments déjà connus à des événements qui n’y sont pas racontés pour en reconstituer le récit et avait exécuté ce travail avec assez d’adresse pour faire du Satyricon un ouvrage suivi, se suffisant à lui-même et ne présentant plus que de rares incohérences. ”
Petronius Arbiter,
Le Satyricon
“ Elle vint chez Eumolpus, remettant ses enfants à sa bonne prud'homie, confiant à son grand cœur elle-même et ses vœux. Satyricon, page 272. [Pg 256] Quelles stryges, dit-elle, ont dévoré tes nerfs? As-tu foulé nuitamment, dans un trivier, immondices ou cadavre? Non, pas même avec ton amant tu n'as pris de revanche; mais flasque, débile, aplati comme une haridelle gravissant un coteau, et l'ouvrage, et la sueur tu les as perdus. Non content de prévariquer toi-même, tu suscites contre moi les Dieux irrités. ”
Remy de Gourmont,
Le IIme Livre des masques
“ Il n’est rien de durable sans l’ironie ; tous les romans de jadis qui se lisent encore, le Satyricon et Don Quichotte, l’Âne d’or et Pantagruel se sont conservés dans le sel de l’ironie. Ironie ou poésie ; hors de là, tout est fadeur et platitude. ”
“ CHAPITRE I. 1 Num alio furiarum genere declamatores inquietantur ? — C’est ici que commence, à proprement parler, le Satyricon ; tout ce qui précède est regardé comme une interpolation par les meilleurs éditeurs et commentateurs de Pétrone. 2 Succisi poplites membra non sustinent. — Allusion aux soldats vaincus, auxquels on coupait les nerfs des jarrets pour les empêcher de fuir. CHAPITRE II. 1 Non magis sapere possunt quam bene olere qui in culina habitant. — On nous pardonnera d’avoir traduit ces mois par le proverbe trivial : « Un cuistre sent toujours sa cuisine. » ”
“ L’une, ont-ils dit, tend directement à réformer les mœurs ou à ridiculiser les travers de l’esprit humain. Ceux qui la craignent l’accusent de misanthropie ou de malignité. C’est sans doute pour adoucir l’austérité du précepte ou l’acerbe du sarcasme qu’elle emprunte à la poésie les grâces de son langage. Sœur cadette de la comédie, elle n’en diffère que dans sa forme. Elle est plus courte et n’est pas. essentiellement dramatique. Horace, Juvénal et Perse ont porté dans Rome cette espèce de satyre à sa perfection ”
Raoul Rosières, L'évolution de l'architecture en France (1894)
“ C'en est à jamais fini de tous les genres pseudo-antiques acclimatés tant bien que mal depuis la Renaissance, l'épopée, la tragédie, la satire, l'épître : à leur place florissent la poésie lyrique qui, libre de toutes règles, peut prendre toutes les formes, et le drame, et le récit poétique. ”
François Bournand,
Histoire des beaux-arts et des arts appliqués à l'industrie
(1885)
“ Et cette raillerie, cette satire, se montre non seulement dans les lettres, mais dans les arts. Elle est partout, dans les fresques lugubres où le grotesque se mêle au sublime, dans les sculptures de nos cathédrales où des monstres à figures grimaçantes coudoient les vierges, les saints, les scènes de la Passion. Il n'était pas jusqu'aux appartements, jusqu'aux meubles les garnissant, qui n'aient revêtu dans la première partie du moyen âge une teinte de mélancolie. ”
Jules Marsan, Autour du romantisme (1937)
“ Il ne s'agit plus que de frapper les regards et de tenir la curiosité en éveil : pour cela, toutes les ficelles du théâtre populaire, les effets de décor, les portes * secrètes, les déguisements, le poison, les poignards. Et toutes les platitudes grandiloquentes, une prose emphatique et boursouflée, et ces élégances lamentables, et ces formules qui font trépigner le public des poulaillers. Le drame ennobli de lyrisme, que le romantisme avait annoncé, n'est plus bientôt que le mélodrame dans toute sa vulgarité. ”
Vincenzo Gioberti,
Essai sur le beau, ou Éléments de philosophie esthétique…
(1843)
“ L'épopée, qui contient toute espèce d'éloquence et de poésie, comme le temple antique renferme tous les ornements de l'art, est une imitation du grand monde de la nature, et, sans se restreindre aux bornes d'une époque ou d'une localité, embrasse dans sa vaste compréhension tous les pays et tous les âges, et après avoir, pour ainsi dire, fait le tour du globe, et épuisé la source de la beauté, elle s'élève au sublime et essaye avec audace de décrire l'infini, l'immense, l'éternel. La Divine Comédie est l'exemple le plus parfait de cette magnifique épopée qui soit connu dans aucune langue. ”
“ Alors même que vous resterez de cœur dans le pur et noble Parthénon de la tragédie comme dans le sanctuaire même de l’art parfait, vous ne nierez point d’abord que ce genre nouveau soit, lui aussi, un art, puisqu’il appelle à la vie de la rampe des émotions et des sensations qui nous touchent de plus près. Vous regrettez l’harmonieuse beauté de ce théâtre architectural où l’on entre comme dans un temple, où les passions les plus violentes, sous le rayon qui les enveloppe, paraissent des vertus, où les personnages ont la noblesse des statues et s’expriment en musique. ”
Jules-Emile Alaux, Études esthétiques : l'art dramatique… (1884)
“ Tous les tons s'y mêlent et s'y heurtent: épopée, hymne, idylle même, tout se confond dans cette satire monstrueuse, oeuvre confuse, désordonnée et disproportionnée, supérieure toutefois, même par la composition, aux grandes oeuvres des poètes précédents ; exubérante, surabondante, mais sublime, et où partout le génie éclate dans le chaos. ”
Camille Melloy, Le Beau Réveil
“ En sa prose haletante, comme en ses vers, les idées sont reprises, retournées ; les images se heurtent, se poussent, se répandent, comme des flots ; elles sont tantôt familières, presque triviales, tantôt élevées ; le grotesque souvent coudoie le sublime. S’il eût pu vivre, son œuvre fût devenue colossale, monumentale. ”
Friedrich Nietzsche,
La Naissance de la tragédie
(1872)
“ Ceci est l’état de rêve apollinien, où le monde réel se couvre d’un voile, et dans lequel un monde nouveau, plus clair, plus intelligible, plus saisissant, et pourtant plus fantomal, naît et se transforme incessamment sous nos yeux. Aussi constatons-nous dans le style de la tragédie un contraste frappant : la langue, la couleur, le mouvement, la dynamique du discours, apparaissent, dans la lyrique dionysienne du chœur, et, d’autre part, dans le monde de rêve apollinien de la scène, comme des sphères d’expression absolument distinctes. ”
Camille Saint-Saëns,
Portraits et Souvenirs
“ La logique dans l’opéra ! Commencez par lui donner ce que sa nature lui refuse, ce fonds de vérité relative indispensable à l’illusion artistique. Dans la tragédie ou le drame, a côté de la part du convenu, j’aperçois la part du réel ; mais l’opéra n’est qu’un perpétuel défi à ma raison..... Quand j’ai là devant moi, sur la scène, des êtres humains, qui agissent et qui parlent, venir les faire chanter par surcroît, c’est vouloir m’empêcher de les prendre au sérieux. Et ne me répétez pas que, pour un héros de tragédie, chanter ou parler en vers est également bizarre ”
Alfred Bougeault,
Principes de composition et de style…
(1853)
“ Enfin, le drame romantique emprunte une grande partie de son effet au mouvement physique de la scène, aux machines, aux décorations, aux éclats de voix, aux surprises, aux grands coups de théâtre. La Melpomène antique, la vraie tragédie, est une muse aux traits nobles et sévères, au geste modéré, sobre de mouvements, et se drapant majestueusement dans les plis de sa robe ; elle est belle jusque dans ses fureurs ; elle met de l'art jusque dans les convulsions de l'agonie. ”
Camille Saint-Saëns,
Portraits et Souvenirs
“ Cela est si vrai, que le drame lyrique, même incomplet, même détourné de son but, déformé, avili de toutes manières, a toujours été, depuis qu’il existe, de toutes les formes d’art, la plus attractive. ”
Friedrich Nietzsche,
La Naissance de la tragédie
“ Qu’avec lui commence la tragédie, que la sagesse dionysienne de la tragédie parle par sa bouche, c’est là pour nous un phénomène aussi étrange que, d’ailleurs, l’origine de la tragédie dans le chœur. Nous trouverons peut-être une base et un point de départ pour nos recherches futures, en admettant que le satyre, cette entité naturelle imaginaire, est à l’homme civilisé ce que la musique dionysienne est à la civilisation. ”
Victor Hugo,
Oeuvres complètes de Victor Hugo…
“ Un homme, un poëte roi, poeta soverano, comme Dante le dit d’Homère, va tout fixer. Les deux génies rivaux unissent leur double flamme, et de cette flamme jaillit Shakespeare. Nous voici parvenus à la sommité poétique des temps modernes. Shakespeare, c’est le Drame ; et le drame, qui fond sous un même souffle le grotesque et le sublime, le terrible et le bouffon, la tragédie et la comédie, le drame est le caractère propre de la troisième époque de poésie, de la littérature actuelle. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
“ On a fait, dit-on, d’immenses progrès dans l’art de composer le drame depuis cinquante ans ; il est certain que cet art a bien changé, et qu’il y a déjà presque aussi loin de la forme de Werther à celle d’un roman moderne que de la forme d’un mélodrame de notre temps à celle d’une tragédie grecque. ”
C. Martha, La Moralité dans l’art
“ La sculpture ne serait que l’art de cacher la beauté sous des voiles. En littérature, le théâtre serait condamné, la tragédie, parce qu’elle excite les passions ; la comédie, parce que le rire est mauvais ”
Antoine-Augustin Cournot,
Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique
“ De ce qu’une tragédie ou un opéra, souvent médiocres, nous remueront plus que la vue d’un tableau, d’une statue ou d’un monument d’architecture, nous nous garderons de conclure qu’il y a dans l’opéra ou dans la tragédie des beautés d’un ordre bien supérieur à tout ce que peut produire l’art des Phidias et des Raphaël. ”
Paul Stapfer,
Causeries guernesiaises
(1869)
“ Parlons surtout du drame. Néanmoins, le drame, impersonnel de sa nature, n'est pas le type le plus pur de l'art romantique ; c'est la poésie lyrique qui en fait le mieux voir le caractère fondamental ; car elle est personnelle par excellence. Chez les poëtes modernes l'accent lyrique résonne partout, même dans le drame et dans l'épopée. Quelle différence à cet égard, entre Homère et les poëtes de l'épopée chrétienne, Dante et même Milton ! ”
Paul Stapfer,
Racine et Victor Hugo
(1887)
“ L'auteur des Châtiments parle tour à tour le langage de Corneille, de Molière, de Juvénal, de Dante, d'Esaïe, et la tragédie, la comédie, la satire, la prophétie et l'épopée sont traversées de place on place par des parfums d'idylle et de mélodieux soupirs d'élégie qui rappellent Virgile et Tibulle. ”
Charles Batteux, Les Beaux Arts réduits à un même principe (1746)
“ Mais comme il y a dans l'Epopée deux sortes de grands : le Merveilleux & l'Héroïque ; il peut y avoir aussi deux espèces de Tragédie, l'une héroïque, qu'on appelle simplement Tragédie : l'autre merveilleuse, qu'on a nommée Spectacle Lyrique ou Opera. Le merveilleux est exclus de la premiere espèce, parce que ce sont des hommes qui agissent en hommes ; au lieu que dans la seconde, les Dieux agissant en Dieux, avec tout l'appareil d'une puissance surnaturelle ; ce qui ne seroit point merveilleux, cesseroit en quelque sorte d'être vraisemblable. ”
Jules-Emile Alaux, Études esthétiques : l'art dramatique… (1873)
“ Point de peinture ni de musique sans le style, qui est lui-même l'idée exprimée par l'image, l'idéal réel. L'art littéraire, qui est par excellence l'art du style, est aussi l'art par excellence, dramatique et lyrique tout ensemble. Si quelques- uns y sont plutôt lyriques, d'autres plutôt dramatiques, les grands dramatiques s'y élèvent, par le caractère subjectif, tout idéal, de leurs conceptions, jusqu'à l'ode, et leur drame est tragédie ; les grands lyriques y poussent, par la puissance de leurs personnifications, jusqu'au drame, et leur ode est épopée. L'épopée et la tragédie sont sœurs. ”
Paul Souriau, La rêverie esthétique; essai sur la psychologie du poète
“ L'effet poétique d'une œuvre d'art pourra tenir encore au caractère propre des objets représentés. En reproduisant les spectacles de la nature qui sont le plus capables de nous charmer ou de nous émouvoir; en s'inspirant de l'antique mythologie, de la légende, de l'œuvre écrite des romanciers et des poètes, en se faisant lui-même créateur de mythes et de symboles, l'artiste agira sur notre imagination ”
