“ Voyons, Spada, pourquoi ne me parlez-vous pas d’elle comme à l’ordinaire ? Il me semble que vous avez quelque chagrin, et je gagerais que c’est à propos de Mattea ; car, chaque fois que je prononce son nom, vous froncez le sourcil comme un homme qui souffre. Voyons, voyons ; contez-moi cela. Je suis l’amie de votre petite famille ; j’aime Mattea de tout mon cœur, c’est ma filleule ; j’en suis fière. Je serais bien fâchée qu’elle fût pour vous un sujet de contrariété, et vous savez que j’ai droit de la morigéner. Aurait-elle une amourette ? refuserait-elle d’épouser son cousin Checo ? ”
Mattea
Définition et enjeux
Citations sur “Mattea”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ La princesse jeta un cri en reconnaissant en effet Mattea, mais si grande, si forte, si brune et si belle sous ce déguisement, qu’elle lui causait la douce illusion d’un jeune homme charmant à ses pieds. — Je te pardonnerai, à toi, lui dit-elle en l’embrassant ; mais que ce misérable Zacharias, Timothée, ou comme on voudra l’appeler, ne se présente jamais devant moi. — Hélas ! chère marraine, il n’oserait, dit Mattea ; il est resté dans le port sur un vaisseau qui nous appartient et qui apporte à Venise une belle cargaison de soie blanche. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Mattea dut rebrousser chemin. La jeune fille se précipita à sa rencontre. « Ah! petite tante, si vous saviez!. » dit-elle d'un accent tristement ému ; puis, retenue par la présence de sa belle-sœur, elle s'arrêta; mais des larmes jaillirent de ses yeux. Il y avait dans le cœur si bon, si désintéressé de Mattea quelque chose de plus fort que sa douleur, de plus fort que tout au monde, c'était l'aspect de la douleur d'autrui. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ « La comtesse disait l'autre jour : Mattea doit être un fort mauvais confesseur, car elle aime tant cette enfant qu'elle ne voit pas ses défauts et excuse toutes ses fautes. » — Ses défauts? reprit Mattea, est-ce qu'elle en a? des fautes? est-ce qu'elle en commet? Oh! non, non ; c'est une naïve et adorable enfant, qui ignore le mal et le repousserait si elle le connaissait. L'homme qui l'aura pour femme sera bien heureux, je vous assure. » Comme Mattea achevait ces mots, elle entrait dans son jardin, et tendait la main en signe d'adieu à Léonel. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Il ne fut pas difficile à Timothée de s'y rendre entre onze heures et minuit sur la barchetta d'un pêcheur d'huîtres.Mattea était assise avec sa marraine sur une terrasse couverte de sycomores et d'aloès, d'où ses grands yeux rêveurs contemplaient tristement le lever de la lune, qui argentait les flots paisibles et semait d'écailles d'argent le noir manteau de l'Adriatique. Rien ne peut donner l'idée de la beauté du ciel dans cette partie du monde ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Quand tout fut rentré dans le silence, le cœur de Mattea, jusque-là douloureusement tendu, se détendit enfin; elle pleura, mais sans en éprouver du soulagement; elle versa de ces larmes amères, brûlantes, qui semblent apporter les ténèbres au cœur et creuser plus profondément encore le lit de la douleur : du centre de cette obscurité se fit pour elle une lumière, mais sinistre, fatale. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Il ne trouva rien de mieux qu'une boîte de cristal pleine de gomme de lentisque qu'il portait habituellement sur lui, et dont il mâchait une pastille de temps en temps, suivant l'usage de son pays. Il tira ce don de sa poche et le mit dans la main de Mattea. Mais comme elle le repoussait, il craignit d'avoir manqué de grâce, et se souvenant d'avoir vu les Vénitiens baiser la main aux femmes qu'ils abordaient, il baisa celle de Mattea; et, voulant ajouter quelque parole agréable, il mit sa propre main sur sa poitrine en disant en italien d'un air grave et solennel: «Votre ami.» ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Mattea se jeta à bas de son lit, saisit la lampe de nuit, l'approcha de la figure de l'enfant, dont les joues étaient en feu, et d'une main tremblante écarta les draps de la poitrine de la pelite, qu'elle trouva couverte de taches rouges. Alors, inquiète, bouleversée, la pauvre mère se pendit aux sonnettes, éveilla tout le monde pour avoir au plus vite un médecin. Tandis que Mattea passait à la hâte une robe, l'enfant s'assoupit; la respiration, d'abord précipitée, se fit plus calme, la chaleur à la peau diminua. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Durant le reste de la soirée Léonel eut dans la voix, dans le geste, quelque chose de triste, d'ému, parfaitement fait pour entretenir Marie dans ses soupçons et Mattea dans un espoir secret. Mattea partit avant la nuit; elle s'éclipsa sans prendre congé de personne : elle éprouvait le besoin d'être entièrement seule pour savourer à son aise la joie qui remplissait son cœur. En rentrant chez elle, elle trouva son mari fumant sa pipe au jardin. ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Qu’en savez-vous, mon père ? dit Mattea, poussée par un petit mouvement d’orgueil blessé. Cette parole fit frémir Spada de crainte et de surprise ; Peut-être se sont-ils entendus, pensa-t-il ; peut-être l’aime-t-il et l’a-t-il séduite par l’entremise de son Grec, si bien que rien ne pourra l’empêcher de courir à sa perte. Mais en même temps qu’il s’effrayait de cette supposition, je ne sais comment les deux mille sequins, le bâtiment smyrniote et la soie blanche lui traversèrent le cerveau, et son cœur bondit d’espérance et de désir. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Louise pria Mattea de l'assister dans la triste obligation d'en instruire la comtesse et Marie. La douleur de la jeune fille ne connut pas de bornes; elle jeta des cris perçants, s'accusa d'être cause de la mort de son cousin. Une fièvre violente la saisit. Pendant que Louise et son mari soignaient leur mère, Mattea s'installa au chevet de Marie, ne la quitta que lorsqu'elle fut hors de danger, et resta assez calme, assez maîtresse d'elle-même pour ne pas trahir un secret que la mort du jeune homme rendait doublement dangereux. ”
“ C’était le seul courage dont il fut capable, car il ne la redoutait pas moins que Mattea, et de plus la faiblesse de son caractère le plaçait sous la domination de cet esprit plus obstiné et plus impétueux que le sien. En grandissant, Mattea avait appelé la prudence au secours de son oppression, et par frayeur, par aversion peut-être, elle s’était habituée à une stricte obéissance et à une muette ponctualité dans sa lutte ; mais la conviction qui enchaîne les cœurs s’éloignait du sien chaque jour davantage. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ L'entretien de Mattea et de Marie avait été fort long; on vint prévenir la jeune fille que son maître de musique l'attendait; elle accompagna son amio jusqu'à la grille, et l'embrassa une dernière fois en lui disant : « Oh ! comme je vais bien étudier pendant six mois.» Mattea s'acheminait pensive, lorsque de derrière la haie elle vit tout d'un coup sortir Léonel. Elle fit un geste de surprise. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Mattea crut toujours de sa part à une affection parfaitement désintéressée, née à l'île de Scio, et inspirée par son isolement et ses malheurs. Elle n'en fut pas moins heureuse pour être un peu dans l'erreur. Son mari lui prouva toute sa vie qu'il l'aimait encore plus que son argent, et l'amour-propre de la belle Vénitienne trouva son compte à se persuader que jamais une pensée d'intérêt n'avait trouvé place dans l'âme de Timothée à côté de son image. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Au bout d'une heure, Marie rouvrit les yeux, étendit ses petits bras, et tout d'un coup les laissa retomber, et poussa un faible et dernier soupir en tournant amoureusement son doux regard vers sa mère. Mattea ne jeta pas un cri, ne versa pas une larme ; la commotion fut si violente, si inattendue, qu'elle lui enleva tout sentiment, toute conscience d'ellemême et de son malheur. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Il faut donc en effet, comme Votre Excellence le remarque et comme je l'avais déjà pensé, qu'il y ait une cause surnaturelle à cet amour-là; car de tous les hommes dont Mattea est entourée, ce damné est le dernier auquel une fille sage et prudente comme elle aurait dû songer. On dit que c'est un bel homme; quant à moi, il me semble fort laid avec ses grands yeux de chouette et sa longue barbe noire.—Mon cher monsieur, interrompit la princesse, il y a du sortilège là-dedans. Avez-vous surpris quelque intelligence entre votre fille et ce Grec Timothée? ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Mattea écoutait ces confidences avec le plus vif intérêt, elle dévorait Marie des yeux : les larmes, la joie, les explosions de passion qui s'échappaient des lèvres de la jeune fille étonnaient et charmaient à la fois son amie. Peut-être devrais-je gronder cette imprudente et naïve enfant, se disait-elle, lui faire au moins quelques remontrances, mais je n'en ai pas le courage. Pourquoi troubler la joie de ce beau jour? Peut-il y avoir du danger dans de tels sentiments?. Non, non, le serpent ne se cache pas sous ces fleurs là : leur parfum d'innocence le tuerait! ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Rassurez-vous, mon digne monsieur, répondit la princesse d'un air grave. Le mal n'est peut-être pas aussi grand que vous l'imaginez. Peut-être quelques exhortations douces de votre part suffiront-elles pour chasser l'influence du démon. Je m'occuperai, quant à moi, de réciter des prières et de faire dire des messes. Et puis je parlerai; soyez sûr que j'ai de l'influence sur la Mattea. S'il le faut, je l'emmènerai à la campagne. Venez me voir demain, et amenez-la avec vous. Cependant veillez bien à ce qu'elle ne porte aucun bijou ni aucune étoffe que ce Turc ait touchée. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Mattéa, cachée dans un coin, considérait ce spectacle nouveau pour elle, tandis que Tommaso était tout occupé des grands sabres et des brillants uniformes, et que la poule Bianca courait effarouchée à travers les pieds des chevaux. Peu à peu les yeux de Mattéa se familiarisèrent avec ce qu’elle voyait ; de son côté, un dragon aperçut la jeune fille ; il s’avança vers elle ; il était jeune, beau et galant ; Mattéa, coquette et nullement amoureuse de celui que lui destinait le curé. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Hélas! brillante Excellence (chiarissima) ; dit-il en prenant une prise de tabac imaginaire dans sa tabatière vide, c'est en effet ma fille qui cause le chagrin que je ne puis dissimuler. Votre seigneurie sait bien que Mattea est en âge de songer à autre chose qu'à des poupées.—Sans doute, sans doute, elle à tantôt cinq pieds de haut, répondit la princesse, la plus, belle taille qu'une femme puisse avoir; c'est précisément ma taille. Cependant elle n'a pas plus de quatorze ans; c'est ce qui la rend un peu excusable ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ « Allons, ma chère amie, il faut en finir avec cette douleur exagérée ; notre enfant est morte, mais nous pouvons en avoir d'autres. » Un frisson parcourut tout le corps de Mattea; une invincible sensation d'horreur, de dégoût, s'empara d'elle. Cette femme si modeste, si soumise jusque-là, se révolta soudain, et, se dégageant du bras de son mari, elle courut dans sa chambre se réfugier près du berceau de Marie; cachant sa tête dans les oreillers de l'enfant, elle murmura : « Jamais !. jamais !. » ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Mattea put donc continuer à la ville le même genre le vie qu'à la campagne. La santé de Marie, fort ébranlée depuis la mort de son cousin, lui servit de prétexte pour cacher sa tristesse et ne pas paraître Jans le monde : sa mère sortait quelquefois le soir; ces jours-là Marie aimait à recevoir Mattea dans sa chambre de jeune fille, à causer longuement avec elle, pleurer sur le sein de celle qui avait été la confilente de son premier amour. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Dans le courant de l'hiver Mattea accoucha d'une fille : le mari attendait un garçon, il fut un peu contrarié; la jeune femme, au contraire, fut ravie: elle avait témoigné tout l'été une grande prédilection aux petites filles des paysannes ; elle les habillait, les déshabillait, les parait, et ne les rendait qu'à regret à leurs mères. Matlea n'avait pas eu d'enfance, jamais elle n'avait connu les joies que donne la maternité factice des jeux de la poupée, et à dix-sept ans les désirs non satisfaits de la petite fille venaient encore se mêler chez elle à ceux d'un âge plus avancé. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Comme elle l'aime et quelle belle chose que l'amour 1 se dit Mattea, palpitante d'émotion. Et au lieu de gronder la jeune fille comme elle aurait peut-être dû le faire, elle posa et retint longuement ses lèvres sur le front de Marie. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ « 0 Mattea! ce jour est le plus beau de ma vie, lui dit-elle. Il m'aime tant! Je suisbien heureuse; mais jamais nous ne pourrons attendre six mois; je compte sur vous, n'est-ce pas ? » Mattea fit un signe affirmatif, elle était trop émue pour répondre. Elle aussi était heureuse, elle aussi aurait voulu interroger Marie; mais comment faire? L'espiègle enfant lui en fournit tout d'un coup l'occasion. ”
“ Rien ne peut donner l’idée de la beauté du ciel dans cette partie du monde ; et quiconque n’a pas rêvé seul le soir dans une barque au milieu de cette mer, lorsqu’elle est plus limpide et plus calme qu’un beau lac, ne connaît pas la volupté. Ce spectacle dédommageait un peu la sérieuse Mattea des niaiseries insipides dont l’entretenait une vieille fille coquette et bornée. Tout à coup il sembla que le vent apportait les notes grêles et coupées d’une mélodie lointaine. La musique n’était pas chose rare sur les eaux de Venise ; mais Mattea crut reconnaître des sons qu’elle avait déjà entendus. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Il aimait Mattéa avec une vivacité qui aurait effrayé le curé, si la froideur de la jeune fille n’eût rassuré le vieux prêtre. « Il n’est pas mal, pensait le grand-oncle de l’empereur, que Mattéa conserve l’égalité de son âme : les vierges folles ne sont pas dignes de l’époux. » Quand Mattéa venait au presbytère, le curé s’amusait quelquefois à demeurer dans sa chambre, et à travers le rideau grossier de la fenêtre, il regardait dans sa cour et observait le manège de Tommaso auprès de Mattéa. ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Ser Spada, d’abord très honoré de ces questions, y répondit moins nettement, d’une façon amphigourique et troublée, lorsque la princesse attaqua le chapitre du prochain mariage de sa fille. — Mattea, lui disait-elle pour l’encourager à répondre, est la plus belle personne du monde ; vous devez être bien heureux et bien fier d’avoir une aussi charmante enfant. Toute la ville en parle, et il n’est bruit que de son air noble et de ses manières distinguées. ”
“ Elle ne connaissait en fait de femmes que sa mère et quelques volumineuses matrones de même acabit, plus ou moins exercées aux criailleries conjugales, mais toutes aussi bornées, aussi étroites dans leurs idées, aussi intolérantes dans ce qu’elles appelaient leurs principes moraux et religieux. Mattea croyait toutes les femmes semblables à celles-là, tous les hommes aussi incertains, aussi opprimés, aussi peu éclairés que son père. ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ A dater du jour où Mattea fut mère, cette étincelle que chaque femme, belle ou laide, riche ou pauvre, spirituelle ou non, apporte en naissant et conserve au fond de son cœur jusqu'au jour où un amour quelconque vienne l'en faire sortir avec plus ou moins de force, cette étincelle jaillit du cœur de la jeune mère, et enflamma tous ses autres sentiments ”
Camille Henry, Le roman d'une femme laide (1861)
“ Mon chagrin m'absorbe tellement que je n'ai plus songé à l'observer. » Mattea sourit tristement, puis écartant les cheveux qui couvraient le visage de la jeune fille, elle saisit cette charmante tête entre ses mains, la regarda un certain temps, et après l'avoir embrassée au front : « Le baron n'a jamais été occupé de moi, lui ditelle : je suis pour lui à peu près ce que je suis pour vous, Marie, la confidente d'un amour malheureux. » — Comment? dit la jeune fille : il a donc perdu aussi la femme qu'il aimait? » — Il ne l'a pas perdue, elle ne l'aime pas. ”
