“ C'était le vicomte de Larrieux.Il m'aimait lui, et dans la sincérité de son âme! Mais son âme! en avait-il une? C'était un de ces hommes froids et positifs qui n'ont pas même pour eux l'élégance du vice et l'esprit du mensonge. Il m'aimait à son ordinaire, comme mon mari m'avait quelquefois aimée. Il n'était frappé que de ma beauté, et ne se mettait pas en peine de découvrir mon coeur. Chez lui ce n'était pas dédain, c'était ineptie. S'il eût trouvé en moi la puissance d'aimer, il n'eût pas su comment y répondre.Je ne crois pas qu'il ait existé un homme plus matériel que ce pauvre Larrieux. ”
Résumé
George Sand's Nouvelles est une collection de récits qui explore les nuances de l'amour, de la beauté et des conflits intérieurs à travers des personnages comme Laurence, Mattea ou Lélio. Les thèmes de l'orgueil, du rêve et de l'amitié s'entrelacent autour de relations complexes, souvent marquées par un contraste entre l'idéal et la réalité.
Les dialogues révèlent une analyse percutante des sentiments humains, comme dans la réflexion sur l'amour terrestre ou la fragilité des illusions. Publié dans un contexte où les normes sociales évoluent, ce recueil mêle intimité et critique sociale, illustrant la tension entre le cœur et les conventions.
Citations de Nouvelles (George Sand)
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Voyons, Spada, pourquoi ne me parlez-vous pas d’elle comme à l’ordinaire ? Il me semble que vous avez quelque chagrin, et je gagerais que c’est à propos de Mattea ; car, chaque fois que je prononce son nom, vous froncez le sourcil comme un homme qui souffre. Voyons, voyons ; contez-moi cela. Je suis l’amie de votre petite famille ; j’aime Mattea de tout mon cœur, c’est ma filleule ; j’en suis fière. Je serais bien fâchée qu’elle fût pour vous un sujet de contrariété, et vous savez que j’ai droit de la morigéner. Aurait-elle une amourette ? refuserait-elle d’épouser son cousin Checo ? ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ J’avais l’orgueil de penser qu’en ces jours-là je n’eusse pas été méconnue et diffamée, que mon cœur eût pu se donner, et que je n’eusse pas été réduite à aimer un fantôme de comédie. Lélio n’était pour moi que l’ombre du Cid, que le représentant de l’amour antique et chevaleresque dont on se moquait maintenant en France. Lui, l’homme, l’histrion, je ne le craignais guère, je l’avais vu ; je ne pouvais l’aimer qu’en public. Mon Lélio à moi, c’était un être factice que je ne pouvais plus saisir dès qu’on éloignait le lustre de la Comédie. ”
“ Je ne sais qui a dit que le cœur d’une femme n’a point de rides. « Écoutez la fin, me dit-elle. Brûlée, égarée, perdue par tout ce qu’il me disait, je jetai mes deux bras autour de lui, je frissonnai en touchant le satin de son habit, en respirant le parfum de ses cheveux. Ma tête s’égara. Tout ce que j’ignorais, tout ce que je croyais être incapable de ressentir, se révéla à moi ; mais ce fut trop violent, je m’évanouis. Il me rappela à moi-même par de prompts secours. Je le trouvai à mes pieds, plus timide, plus ému que jamais. « Ayez pitié de moi, me dit-il ; tuez-moi, chassez-moi... » ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Qui eût pu supposer dans un homme froid et nonchalant en apparence une résolution si sèche et si cruelle ? Personne, à coup sûr. Laurence, malgré tout son jugement, ne pouvait le soupçonner, et Pauline, moins que personne, devait en concevoir l’idée. Lorsque Laurence se rapprocha d’elle, se souvenant avec sollicitude qu’elle l’avait laissée auprès de Montgenays troublée jusqu’à la fièvre, confuse jusqu’à l’angoisse, elle fut fort surprise de la retrouver brillante, enjouée, animée d’une beauté inconnue, et presque aussi à l’aise que si elle eût passé sa vie dans le monde. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Ma bonne Metella, votre nièce n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est pas une petite fille, c’est une espèce d’oiseau déguisé. Je le lui ai dit, et je crois qu’elle rit encore. — Je vois avec plaisir, dit lady Mowbray avec un sourire mélancolique, que ma Sarah est devenue gaie. Chère enfant ! elle est si aimable et si belle ! — Oui, elle est jolie, dit Olivier, elle a une physionomie que j’aime beaucoup. Elle a l’air intelligent et bon ; elle vous ressemble, Melella ; je ne l’ai jamais tant trouvé qu’aujourd’hui. Elle a votre son de voix par instants. ”
“ Oh ! la puissance de l’âme ! qui n’a pas compris ses miracles n’a jamais aimé ! En voyant des rides prématurées à son beau front, de la langueur à son sourire, de la pâleur à ses lèvres, j’étais attendrie ; j’avais besoin de pleurer sur les chagrins, les dégoûts et les travaux de sa vie. Je m’identifiais à toutes ses peines, même à celles de son long amour sans espoir pour moi, et je n’avais plus qu’une volonté, celle de réparer le mal qu’il avait souffert. « Mon cher Lélio, mon grand Rodrigue, mon beau don Juan ! lui disais-je dans mon égarement. » ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Je sais la vie aujourd’hui, je sais ce que vaut le monde et son faux éclat. Je sais que pas un de mes triomphes n’a valu un seul de vos regards, et la chimère du bonheur que j’ai poursuivie m’a toujours fui jusqu’au jour où elle me ramène à vous. Oh ! Lavinia, reviens à moi aussi ! Qui t’aimera comme moi ? qui verra comme moi ce qu’il y a de grandeur, de patience et de miséricorde dans ton âme ? Lavinia gardait le silence, mais son cœur battait avec une violence dont s’apercevait Lionel. ”
“ J’ai sombré ce malheur-là dans ma mémoire, et depuis je me suis fait une morale à moi : c’est de ne jamais aimer une femme plus de quinze jours. Ensuite, je lève l’ancre, et le vent du départ souffle sur mon amour. — Ainsi, dit Jenny, c’est par ressentiment contre les femmes que vous les vouez toutes au mépris et à l’indifférence ? — Point, répondit le marin, je ne les juge pas. Je fais mieux, je les aime toutes, sauf pourtant les vieilles et les laides. Jenny fut saisie d’un sentiment de dégoût, et elle se leva pour s’en aller. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Il ne se demanda plus s’il existait ; il en avait trop besoin pour en douter ; il le conjura de le proléger, de sauver Jenny... Un léger bruit lui fit lever la tête ; en se retournant, il vit au-dessus de lui comme une ombre diaphane qui semblait voltiger sur la rampe du navire ; c’était Jenny qui se hasardait, imprudente et folâtre, à rejoindre son fugitif. Le vent faisait claqueter sa robe blanche et collait autour de ses jambes fines et rondes les larges plis de son pantalon. — Allez-vous-en, Jenny, cria Melchior avec un ton d’autorité. Vous allez tomber à la mer, vous êtes une folle !... ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Pauline ne voulait pas accuser Montgenays d’un plus grand crime que celui d’un entraînement involontaire. Trop fière pour persévérer dans un amour mal récompensé, elle ne souffrait déjà plus que de l’humiliation d’être délaissée ; mais cette douleur était la plus grande qu’elle pût ressentir. Elle n’était pas douée d’une âme tendre, et la colère faisait plus de ravages en elle que le regret. Elle avait d’assez nobles instincts pour agir et penser noblement au sein même des erreurs où l’entraînait l’orgueil blessé. Ainsi elle croyait Laurence odieuse à son égard ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Laurence rougit et pâlit en écoutant ces paroles ; elle renferma un soupir, et baisa la main de Pauline avec un sentiment de vénération. — Il est bien vrai, reprit Pauline, que ta condition présente révolte les opinions étroites et intolérantes de toutes les personnes que je vois. Une seule porte dans sa sévérité un reste d’affection et de regret : c’est ma mère. Elle te blâme, il faut bien t’attendre à cela ; mais elle cherche à t’excuser, et l’on voit qu’elle lance sur toi l’anathème avec douleur. Son esprit n’est pas éclairé, tu le sais ; mais son cœur est bon, pauvre femme ! ”
“ Laissez-moi emporter d’ici la satisfaction délicieuse de ne vous avoir aimé qu’avec le cœur. Peut-être, si je n’avais appartenu à personne, me donnerais-je à vous avec joie ; mais sachez que Larrieux m’a profanée ; sachez qu’entraînée par l’horrible nécessité de faire comme tout le monde, j’ai subi les caresses d’un homme que je n’ai jamais aimé ; sachez que le dégoût que j’en ai ressenti a éteint chez moi l’imagination au point que je vous haïrais peut-être à présent si j’avais succombé tout à l’heure. Ah ! ne faisons point ce terrible essai ! restez pur dans mon cœur et dans ma mémoire. ”
“ Mon cœur, qui n’était peut-être pas destiné à cette froideur, se resserra et s’entoura de méfiances. Je pris les hommes en aversion et en dégoût. Leurs hommages m’insultèrent ; je ne vis en eux que des fourbes qui se faisaient esclaves pour devenir tyrans. Je leur vouai un ressentiment et une haine éternels. Quand on n’a pas besoin de vertu, on n’en a pas ; voilà pourquoi, avec les mœurs les plus austères, je ne fus point vertueuse. Oh ! combien je regrettai de ne pouvoir l’être ! combien je l’enviai, cette force morale et religieuse qui combat les passions et colore la vie ! ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Ces folies que je faisais pour un homme avec lequel je n’avais jamais échangé un mot ni un regard avaient pour moi tout l’attrait du mystère et toute l’illusion du bonheur. Quand l’heure de la comédie sonnait à l’énorme pendule de mon salon, de violentes palpitations me saisissaient. J’essayais de me recueillir, tandis qu’on m’apprêtait ma voiture ; je marchais avec agitation, et, si Larrieux était près de moi, je le brutalisais pour le renvoyer ; j’éloignais avec un art infini les autres importuns. Tout l’esprit que me donna cette passion de théâtre n’est pas croyable. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ La princesse jeta un cri en reconnaissant en effet Mattea, mais si grande, si forte, si brune et si belle sous ce déguisement, qu’elle lui causait la douce illusion d’un jeune homme charmant à ses pieds. — Je te pardonnerai, à toi, lui dit-elle en l’embrassant ; mais que ce misérable Zacharias, Timothée, ou comme on voudra l’appeler, ne se présente jamais devant moi. — Hélas ! chère marraine, il n’oserait, dit Mattea ; il est resté dans le port sur un vaisseau qui nous appartient et qui apporte à Venise une belle cargaison de soie blanche. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Eh bien, malgré tout cela, voilà que, du jour au lendemain, et sans avertir personne, elle s’est monté la tête pour quelqu’un que je n’ose pas seulement nommer. — Pour qui, grand Dieu ? s’écria Veneranda ; est-ce le respect ou l’horreur qui glace ce nom sur vos lèvres ? est-ce de votre vilain bossu garçon de boutique ; est-ce du doge que votre fille est éprise ? — C’est pis que tout ce que Votre Excellence peut imaginer, répondit ser Zacomo en s’essuyant le front : c’est d’un mécréant, c’est d’un idolâtre, c’est du Turc Abul. — Qu’est-ce que cet Abul ? demanda la princesse. ”
“ La beauté du pays existerait, mais, à moins de monter sur la cime des branches, personne n’en jouirait. L’artiste, qui rêve en contemplant l’horizon, y perdrait le spectacle de sites enchanteurs, et le paysan, qui n’est jamais absurde et faux dans son instinct, n’y aurait plus cette jouissance de respirer et de voir, qu’il exprime en disant : C’est bien joli par ici, c’est bien clair, on voit loin. Voir loin, c’est la rêverie du paysan ; c’est aussi celle du poëte. Le paysagiste aime mieux un coin bien composé que des lointains infinis. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ « Qu’elle soit satisfaite, se disait-elle, qu’elle triomphe, je le veux bien. Je me résigne à lui servir de trophée, pourvu qu’elle soit forcée un jour de me rendre justice, d’admirer ma grandeur d’âme, d’apprécier mon inaltérable dévouement, et de rougir de ses perfidies ! Montgenays ouvrira les yeux aussi, et saura quelle femme il a sacrifiée à l’éclat d’un nom. Il s’en repentira, et il sera trop tard ; je serai vengée par l’éclat de ma vertu. » Il est des âmes qui ne manquent pas d’élévation, mais de bonté. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Ce n’est pas que j’aie jamais aimé ce freluquet ; Dieu merci ! mon cœur superbe a toujours résisté aux traits de l’amour ; mais c’est un affront que vous m’avez fait l’un et l’autre... — Hélas ! non, ma bonne marraine, répondit Mattea, qui avait pris un peu de la fourberie moqueuse de son mari ; Timothée était réellement fou d’amour pour vous. Rassemblez bien vos souvenirs, vous ne pourrez en douter. Il songeait à se tuer par désespoir de vos dédains. Vous savez que, de mon côté, j’avais mis dans ma petite cervelle une passion imaginaire pour notre respectable patron Abul-Amet. ”
“ Au bout de quelques pas, et au moment de le perdre pour jamais, je me retournai et jetai sur lui un dernier regard. Le désespoir l’avait brisé. Il était redevenu vieux, décomposé, effrayant. Son corps semblait paralysé. Sa lèvre contractée essayait un sourire égaré. Son œil était vitreux et terne : ce n’était plus que Lélio, l’ombre d’un amant et d’un prince. » La marquise fit une pause ; puis, avec un sourire sombre et en se décomposant elle-même comme une ruine qui s’écroule, elle reprit : « Depuis ce moment je n’ai pas entendu parler de lui. » ”
“ Oh ! mon enfant, n’aimez jamais ainsi ; car c’est un orage qui ne s’apaise qu’à la mort ! Alors je partais, vive, et légère, et jeune, et heureuse ! Je commençais à apprécier tout ce dont se composait ma vie, le luxe, la jeunesse, la beauté. Le bonheur se révélait à moi par tous les sens, par tous les pores. Doucement pliée au fond de mon carrosse, les pieds enfoncés dans la fourrure, je voyais ma figure brillante et parée se répéter dans la glace encadrée d’or placée vis-à-vis de moi. ”
“ Allons donc décider Amet, reprit Timothée, car, entre gens de bonne foi comme nous le sommes, on doit s’entendre à demi-mot. M. Spada vient de m’offrir pour vous, dit-il en turc à son maître, le remboursement de votre créance de cette année ; le jour où vous aurez besoin d’argent, il le tiendra à votre disposition. — C’est bien, répondit Abul, dis à cet honnête homme que je n’en ai pas besoin pour le moment, et que mon argent est plus en sûreté dans ses mains que sur mes navires. La foi d’un homme vertueux est un roc en terre ferme, les flots de la mer sont comme la parole d’un larron. ”
“ Madame, je sais qui vous êtes ; je connais l’austérité de vos mœurs, je connais votre piété, je connais même vos sentiments pour le vicomte de Larrieux. Je n’ai pas la sottise d’espérer de vous autre chose qu’une parole de pitié ; mais il faut qu’elle tombe de vos lèvres sur moi. Il faut que mon cœur la recueille et l’emporte, ou il faut que mon cœur se brise. « Lélio. » Je dirai pour ma gloire, car toute noble et courageuse confiance est glorieuse dans le danger, que je n’eus pas un instant la crainte d’être raillée par un impudent libertin. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Jenny se laissa machinalement entraîner dans une des cabines dont les portes donnaient sur le salon. C’était la chambre de Melchior, et il referma la porte. — Pourquoi m’amenez-vous ici ? dit Jenny en s’éveillant comme d’un rêve. Ma place est auprès de mon père ; allons lui demander sa bénédiction, Melchior, et qu’il meure entre nous deux. — Tout à l’heure, Jenny, répondit Melchior d’une voix calme. Avant que ce noble bâtiment soit brisé tout entier, il se passera encore une heure. Une heure ! entendez-vous, Jenny ? c’est tout ce qui nous reste. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Regardez-vous, vous êtes superbe. Allons, Francesca, apportez les gants et l’éventail de milady. Voici votre bouquet, Metella ; c’est moi qui l’ai apporté ; c’est un droit que je ne veux pas perdre. Metella prit le bouquet, regarda tendrement le comte avec un sourire sur les lèvres et une larme dans les yeux. — Allons, venez, mon amie, lui-dit-il. Vous allez être encore une fois la reine du bal. Le bal était somptueux ; mais, par un de ces hasards facétieux qui se rencontrent souvent dans le monde, il y avait une quantité exorbitante de femmes laides et vieilles. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Qu’elle vienne donc près de nous ; puisqu’elle a besoin de vivre, elle vivra. — Oui, elle vivra par les yeux, répondit madame S..., la mère de Laurence ; elle verra les merveilles de l’art, mais son âme n’en sera que plus inquiète et plus avide. — Eh bien, reprit l’actrice, vivre par les yeux lorsqu’on arrive à comprendre ce qu’on voit, n’est-ce pas vivre par l’intelligence ? et n’est-ce pas de cette vie que Pauline est altérée ? — Elle le dit, repartit madame S..., elle te trompe, elle se trompe elle-même. C’est par le cœur qu’elle demande à vivre, la pauvre fille ! ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Ma tante, où est allé Olivier ? — Il va voyager pour sa santé, répondit lady Metella avec un sourire mélancolique, mais il reviendra ; ayons courage, restons ensemble, aimons-nous bien. Sarah sut renfermer ses larmes ; Metella reporta sur elle toute son affection. Olivier ne revint pas : Sarah ne sut jamais pourquoi. Mais le temps est plus maître de nous que nous-mêmes ; la femme ne veut pas se flétrir sans avoir fleuri, et il n’est point de courageux dévouement que Dieu ne récompense dans ceux qui l’accomplissent, ou dans ceux qui en sont l’objet. Celui d’Olivier porta ses fruits. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ VI Au lieu d’aller souper chez son actrice, Timothée rentra chez lui et se mit à rêver. Lorsqu’il s’étendit sur son lit, aux premiers rayons du jour, pour prendre le peu d’instants de repos nécessaire à son organisation active, le plan de toute sa vie était déjà conçu et arrêté. Timothée n’était pas, comme Abul, un homme simple et candide, un héros de sincérité et de désintéressement. C’était un homme bien supérieur à lui dans un sens, et peu inférieur dans l’autre, car ses mensonges n’étaient jamais des perfidies, ses méfiances n’étaient jamais des injustices. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Olivier chérissait si réellement, si tendrement sa mère adoptive, il avait connu auprès d’elle une manière d’aimer si paisible et si bienfaisante, qu’il s’était cru incapable d’une passion plus vive ; il s’était donc livré en toute sécurité au danger d’avoir pour sœur une créature vraiment angélique. À mesure que ses sentiments pour Sarah devenaient plus vifs, il réussissait à se tranquilliser en se disant que Metella lui était toujours aussi chère ; et en cela il ne se trompait pas ; seulement, pour l’une l’amour prenait la place de l’amitié, et pour l’autre l’amitié avait remplacé l’amour. ”
“ C’était un homme qui, en fait d’art, n’était pas plus de son siècle qu’en fait de mœurs je n’étais du mien. Ce fut peut-être là le rapport immatériel, mais tout-puissant, qui des deux extrémités de la chaîne sociale attira nos âmes l’une vers l’autre. Le public n’a pas plus compris Lélio que le monde ne m’a jugée. « Cet homme est exagéré, disait-on, de lui ; il se force, il ne sent rien ; » et de moi l’on disait ailleurs : « Cette femme est méprisante et froide ; elle n’a pas de cœur. » ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Pourtant il y avait de la fascination dans ses yeux, qui étincelaient dans l’ombre comme ceux d’une panthère ; puis il repoussa Jenny si brusquement, qu’il faillit la faire tomber. Il la ressaisit avec effroi et la serra de nouveau contre lui. Le banc était court pour deux personnes ; il attira Jenny à demi sur ses genoux, et meurtrit son cou délicat de baisers rapides et furieux. Jenny eut peur ; elle voulut fuir, puis elle pleura, et revint en sanglotant se jeter à son cou. — Parle-moi, Jenny, parle-moi ! dit Melchior d’une voix étouffée. Il me semble, quand je t’écoute, que je suis mieux. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Montgenays, tout homme du monde qu’il était, eut la sottise de s’y tromper ; et, au moment où il crut avoir enfin éveillé la colère et la jalousie de Laurence, il risqua le coup de théâtre qu’il avait longtemps médité, lui avoua que son amour pour Pauline n’était qu’une feinte vis-à-vis de lui-même, un effort désespéré, inutile peut-être pour s’étourdir sur un chagrin profond, pour se guérir d’une passion malheureuse... ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Le comte ne répondit rien. — On m’a pourtant assuré à Aix, poursuivit Olivier, qu’elle était toujours belle comme un ange, qu’elle était grande, légère, agile, qu’elle galopait au bord des précipices sur un vigoureux cheval, qu’elle dansait à merveille. Elle doit avoir trente ans environ, n’est-ce pas, monsieur ? — Qu’importe son âge ? dit le comte avec impatience. Une femme n’a jamais que l’âge qu’elle paraît avoir, et tout le monde vous l’a dit : lady Mowbray est toujours belle. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Allons, mon cher Lionel ; dit-elle en souriant avec un regard plein de bonté qu’il ne lui connaissait pas encore, lui qui n’avait connu d’elle que la femme passionnée, ne craignez pas que j’abuse de l’occasion. Avec l’âge, la raison m’est venue, et j’ai fort bien compris, depuis longtemps, que vous n’étiez point coupable envers moi. C’est moi qui le fus envers moi-même, envers la société, envers vous peut-être ; car, entre deux amants aussi jeunes que nous l’étions, la femme devrait être le guide de l’homme. ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Demandez à Lavallée ce qu’il en pense ; confiez-lui ce qui se passe : c’est un homme sûr, pénétrant et dévoué. — Je le sais, dit Laurence ; je ne puis cependant disposer d’un secret que Pauline refuse de me confier : on n’a pas le droit de trahir un mystère aussi délicat, quand on l’a surpris volontairement ; Pauline en souffrirait mortellement, et, fière comme elle l’est, ne me le pardonnerait de sa vie. D’ailleurs, Lavallée a des prétentions exagérées ; il déteste Montgenays ; il ne saurait le juger avec impartialité. Voyez quel mal nous allons faire à Pauline si nous nous trompons ! ”
