“ s'écria ce dernier; je crois que c'est c'ta couquin de Passepoil!185—Cocardasse! Cocardasse junior! repartit le Normand, dont les yeux habitués aux larmes s'inondaient déjà; est-ce bien toi que je revois?—En chair et en os, mon bon, capédébiou!... Embrasse-moi, ma caillou!Il ouvrit ses bras. Passepoil se précipita sur son sein.A eux deux, ils faisaient un véritable tas de loques.Ils restèrent longtemps embrassés. Leur émotion était sincère et profonde. ”
Passepoil
Définition et enjeux
Citations sur “Passepoil”
“ Passepoil baissa les yeux humblement : — Ah ! mon noble ami ! fit-il, que tu es heureux d’avoir de bonnes mœurs ! — Troun de l’air ! je suis comme cela !... et sois sûr, mon bon, que la fréquentation d’un homme tel que moi finira par te corriger... le vrai philosophe commande à ses passions... — Je suis l’esclave des miennes, soupira Passepoil ; mais c’est qu’elles sont si fortes ! Cocardasse lui toucha la joue paternellement. — À vaincre sans péril, prononça-t-il avec gravité, on triomphe sans agrément... Monte un peu voir ce qu’il y a là-haut. Passepoil grimpa aussitôt comme un chat. ”
“ Cela voulait dire sans doute bien des choses.—Berrichon tremblait de tous ses membres.—Eh donc! respectable dame, dit enfin Cocardasse junior, vous avez un timbre qui me va droit au cœur... et toi, Passepoil?Passepoil, nous le savons bien, était de ces âmes tendres que la vue d'une femme impressionne toujours fortement. L'âge n'y faisait rien. Il ne détestait même pas que la personne du sexe eût des moustaches plus fournies que les siennes.Passepoil approuva d'un sourire et mit son regard en coulisse. Mais admirez cette riche nature! ”
“ Passepoil répondit, chantant du nez selon la gamme normande : — Patience ! patience ! nous arriverons toujours assez tôt pour ce que nous avons à faire là-bas... — Capédébiou ! frère Passepoil, fit le Gascon avec un gros soupir, si nous avions eu un peu de conduite, avec nos talents, nous aurions pu choisir notre besogne... — Tu as raison, ami Cocardasse, répliqua le Normand ; mais nos passions nous ont perdus. — Le jeu, caramba ! le vin... — Et les femmes ! ajouta Passepoil en levant les yeux au ciel. Ils longeaient en ce moment les rives de la Clarabide, au milieu du val de Louron. ”
“ Passepoil baissa les yeux. — Tous les regards se tournèrent vers Cocardasse. — Mon bon, reprit ce dernier en s’adressant toujours à son compagnon, monseigneur va me permettre de rendre un éclatant hommage à ta sincérité... les hommes tels que toi sont rares... et je suis fier de t’avoir pour frère d’armes... — Laissez ! dit Gonzague en l’interrompant, je veux adresser une question à cet homme. Il montrait Passepoil qui était debout devant lui, l’innocence et la candeur peintes sur le visage. — Et ces deux hommes ? demanda le prince — les défenseurs de la jeune femme en domino rose ?... ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ La Paillarde a des vues sur Passepoil et ne le lâchera pas avant demain. Une querelle n’aurait d’autre résultat que de nous obliger à dégainer dans la salle même, où nous ne serions pas les plus forts, car les femmes se tourneraient contre nous. ”
Paul Féval, Le Bossu (1857)
“ Puis, apercevant tout à coup les mousquets des gardes françaises au bout de l'allée : — Que veut dire ceci? ajouta-t-il, — Cela veut dire que vous êtes bloqué; mon pauvre enfant! répondit Passepoil. C'était au fond de sa gourde qu'il avait puisé cette liberté de langage. Lagardère ne demanda même pas d'explication. Il avait tout deviné. La fête était finie, voilà ce qui faisait son effroi. Les heures avaient passé pour lui comme des minutes; il n'avait point mesuré le temps; il s'était attardé. ”
“ Passepoil avait les larmes aux yeux. Cela ne l’embellissait point. Cocardasse dut s’avouer, à cet instant suprême, qu’il n’avait jamais vu d’homme plus laid que sa caillou. Voici pourtant ce que répondit Passepoil en baissant modestement sa paupière sans cils : — Je désire, mon noble ami, mourir d’un coup dans la poitrine, parce que, ayant été habitué généralement à plaire aux dames, il me répugnerait de penser qu’une ou plusieurs personnes de ce sexe à qui j’ai voué ma vie pussent me voir défiguré après ma mort. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Et l’espoir de joies nouvelles, non encore goûtées, le talonna, ranima son courage. L’amoureux Passepoil ne voulait pas mourir parce qu’il voulait encore aimer. Quand il entendit là voix des bandits s’éloigner et s’éteindre, il tenta un dernier effort. Le mur cessait et la berge de terre permettait l’escalade. ”
“ Je ne vous tutoie point... mettez de côté cette familiarité malséante... sauf le bon plaisir de monseigneur. — Réponds à la question, dit Gonzague. — L’eau est trouble et profonde, répliqua Passepoil ; à Dieu ne plaise que j’affirme un fait quand je n’ai point une complète certitude. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ C’est à savoir, se contenta de répondre Passepoil. Et les deux braves reprirent leur course, buttant contre les croix, se choquant aux entourages des sépultures, glissant sur les dalles et se relevant pour courir encore. Enfin, ils arrivèrent. Un corps de femme était étendu sur le sol et, derrière, sept lames se rangeaient en ligne. Il faisait nuit noire, mais quelques rares points lumineux indiquaient les lames d’acier. Dans les ténèbres, les prévôts virent s’estomper seulement une barrière humaine. Ils savaient de quels corps elle était faite. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Mlle Cidalise elle aurait fait une dame Passepoil fort présentable... Le Normand répliqua, en lançant à son noble ami un indéfinissable regard : — Trop présentable... Ce n’était pas là chaussure à mon pied. — Pécaïre !... où voudrais-tu te chausser, mon mignon ?... La Paillarde elle est, je crois, rudement au-dessus de ta mesure. — Elle serait si jolie si elle ne louchait pas !... Cependant, elle me fait plus de peur que d’envie. — Les femmes qui regardent de travers, elles ne trouvent jamais que leurs maris marchent droit. ”
“ Si nous avons eu parfois à blâmer Passepoil, ce n’a point été par suite d’une injuste partialité : la preuve c’est que nous ne craignons pas de signaler à l’occasion ses côtés vertueux : il était économe. Cocardasse, entaché au contraire de prodigalité, ne releva point ce qui avait trait aux mouchoirs. — Eh donc ! reprit-il, le plus fort est fait... — Du moment qu’il n’y a pas du Lagardère dans une affaire, fit observer Passepoil, tout va comme sur des roulettes. — Et, Dieu merci ! Lagardère est loin... ”
“ Il est vrai que l'épée de Lagardère sifflait et fouettait le vent.—Capédébiou! fit observer Cocardasse en ouvrant la retraite, le bon sens dit que nous n'avons pas peur; chevalier, nous vous cédons la place.—Pour vous faire plaisir, ajouta Passepoil; adieu!—Au diable! répliqua le Parisien en tournant le dos.Les fourrageurs partirent au galop, les estafiers disparurent derrière l'enclos du cabaret. Ils oublièrent de payer; mais Passepoil ravit en passant un doux baiser à la maritorne, qui demandait son argent. ”
“ Bien entendu qu’il n’y trouva rien. — Bagasse ! fit-il d’un air indigné ; le monde est plein de filous ! Ah ! ma caillou ! reprit-il, dix-neuf ans ! Nous étions jeunes tous deux ! — L’âge des folles amours !... Hélas ! mon cœur n’a pas vieilli ! — Moi, je bois aussi honnêtement qu’autrefois ! Ils se regardèrent dans le blanc des yeux. — Dites donc, maître Cocardasse, prononça Passepoil avec regret, ça ne vous a pas embelli, les années ! — Franchement, mon vieux Passepoil, riposta le Gascon, je suis fâché de t’avouer cela, mais tu es encore plus laid qu’autrefois. Eh donc ! ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Un homme est bien formé, vois-tu, se distingue des moins bien venus en ce qu’il sait boire... Il faut être jeune et sans raison ou vieillard et malade, pour perdre un temps précieux en révérences aux demoiselles... Eh donc ! songer à la bagatelle, c’est une toquade du diable ! Le regard que Passepoil jeta sur son noble ami n’était pas exempt d’une certaine pitié. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Mathurine ?... Je me souviens, maintenant... Passepoil l’a enlevée ! Ce qu’il avait prévu arriva. L’hôtelière se rua sur lui sous l’empire d’une colère effroyable ; mais déjà les jeunes gens étaient loin, tout au moins hors de la portée d’une balle. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Si leurs fourrures produisaient une sensation de froid sur la Fleury, par contre la Nivelle se sentait singulièrement réchauffée, rien qu’à en supputer la richesse et à compter ce que valaient leurs bijoux... On peut se placer à tant de points de vue pour apprécier les gens qu’on rencontre !... La conversation s’engagea fort vive ; on se remémora le passé et l’on parla du présent. — Qu’avez-vous vu sur la foire ? demanda la grosse Cidalise à son ami Passepoil. ”
“ Passepoil s’inclina plus modestement, mais en homme cependant qui a vu le monde. Puis Cocardasse junior, d’une voix haute et claire, parcourant de l’œil cette foule pailletée qui venait de le railler, prononça ces paroles : — Ce gentilhomme et moi, vieilles connaissances de monseigneur, nous venons lui présenter nos hommages. — Ah !... fit encore Gonzague. — Si monseigneur est occupé d’affaires trop importantes, reprit le Gascon, qui s’inclina de nouveau, nous reviendrons à l’heure qu’il voudra bien nous indiquer. — C’est cela, balbutia Passepoil ; nous aurons l’honneur de revenir. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ On l’exaltait, lui ; on bafouait ses adversaires, dont toute la science en escrime, les attaques traîtresses et les coups déloyaux, se heurtaient, à une lame toujours prête à la riposte. Passepoil avait abattu son dernier gredin. Le maître de Crèvepanse et l’ex-caporal aux gardes restaient seuls debout sur les onze qui étaient venus là pour occire les prévôts ; et le petit homme contrefait s’amusait, jouait d’eux, avec leurs lames, comme un chat le fait avec la queue d’une souris. Le front des spadassins dégouttait de sueur froide. ”
“ A mesure que cette patrouille passait dans une allée, les lumières s'éteignaient.Cocardasse et Passepoil entendirent bientôt ce qui se disait dans la troupe.—Il est dans le jardin! affirmait un sergent aux gardes; j'ai interrogé tous les piquets et les grand'gardes des portes... son costume était facile à reconnaître. On ne l'a point vu.—Vingt dieux! répliqua un soldat, celui-là n'aura pas volé son affaire!... Je l'ai vu secouer M. le prince de Gonzague comme un pommier dont on veut les pommes.—Ce bon garçon doit être un pays! murmura Passepoil attendri par cette métaphore normande. ”
“ En sortant du cabaret de Venise, ils s’étaient rendus pour la seconde fois à la maison de la rue du Chantre. Point de nouvelles de Lagardère. Qu’était-il devenu ? Cocardasse et Passepoil étaient à ce sujet dans la plus complète ignorance. — Soyez bref ! ordonna Gonzague. — Concis et précis ! ajouta Navailles. — Voici la chose en deux mots, dit frère Passepoil ; la vérité n’est jamais longue à exprimer... et ceux qui vont chercher midi à quatorze heures, c’est pour enjôler le monde... tel est mon avis... Si je pense ainsi, c’est que j’en ai sujet. L’expérience... ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Inutile d’ajouter qu’il ne se vanta pas de ce succès auprès de ses maîtres et tout au plus s’il eût la pensée de prier Passepoil d’intercéder pour lui auprès de la farouche Françoise. Dès qu’il osa s’en ouvrir à celui-ci, le Normand se mit à sourire : — Apparemment que ton idée est bonne, petit, répondit-il après réflexion ; mais il faut attendre. On verra à s’en occuper quand tu auras de la moustache aux lèvres et ce n’est pas encore pour à présent. Repoussé aussi de ce côté avec perte et fracas, Jean-Marie n’en voulut pas démordre. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Une forte pression du genou, pleine de sous-entendus, fit comprendre à frère Passepoil ce que cela voulait dire, et, moitié parce qu’il entrevoyait des joies auxquelles il ne se refusait jamais, il y répondit par la même voie. — Baissez les contrevents et fermez les portes, ordonna la Paillarde à ses servantes. Il faut que nous soyons chez nous, que personne ne vienne nous déranger. — Un instant, intervint Yves de Jugan. Préparez les dés et les cartes ”
“ Ils jouaient si bien de l'épée! Soyons cléments, et ne cherchons pas trop pourquoi, mettant la clef sous la porte un beau jour, 36 ils avaient quitté Paris comme si le feu eût été à leurs chausses.Il est certain qu'à Paris, en ce temps-là, les maîtres en fait d'armes se frottaient aux plus grands seigneurs. Ils savaient souvent le dessous des cartes mieux que les gens de cour eux-mêmes.C'étaient de vivantes gazettes. Jugez si Passepoil, qui, en outre, avait été barbier, devait en connaître de belles! ”
“ Et se rapprochant vivement, il ajouta:—Prépare ton mouchoir, j'ai le mien... et va prendre le petit; je me charge de la femme.Dans les grandes occasions, ce Passepoil se montrait parfois supérieur à Cocardasse lui-même.Leur plan était tracé. Passepoil se dirigea vers la porte de la cuisine; l'intrépide Françoise s'élança pour lui barrer le passage, tandis que 158 Berrichon essayait de gagner la rue afin d'appeler du secours. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Le Gascon présenta son ami Passepoil, vivant et souriant, bien qu’ils l’eussent cru mort, ainsi que Berrichon, très fier de boire avec des gardes françaises. — Au cas où l’on vous tendrait encore par là quelque piège, leur dit amicalement le sous-officier, tâchez de nous dépêcher quelqu’un pour nous prévenir. Le plus grand nombre de mes hommes ne seraient pas fâchés d’aller voir un peu ce qui se passe par là. Ce sont des amusements qui font paraître les gardes moins longues. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Ah ! si... cela me revient : Gendry, la Baleine... tous ces coquins... — Ils n’auront pas votre peau, monsieur Passepoil. Celui-ci se souleva brusquement et poussa un cri : — Cocardasse !... où est Cocardasse ? Mathurine baissa la tête et garda le silence. — Les gredins l’ont tué, huila le Normand. Pauvre Cocardasse !... mon ami, mon frère ! — Allons, pas de bêtises, interrompit la vieille. Il a dû se tirer d’affaire tout seul et vous le retrouverez. Ce n’est pas le moment de vous lamenter, mais bien plutôt de remercier celle qui vous a tiré vous-même de ce mauvais pas. ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Je n’en sais rien. Je remarque cependant qu’il est plutôt mauvais pour eux d’avoir tant de femmes dans leur jeu. Toutes les actrices que nous avons vues le soir où elles avaient été attaquées à Montmartre étaient là ; et bientôt elles entraînèrent les prévôts vers l’un des cabarets où la grosse Cidalise avait peut-être l’envie de se griser encore, ne fût-ce que pour mieux renouveler connaissance avec son ami Passepoil. ”
Louis-Victor Pascal, Vie de M. Pascal : archidiacre et vicaire général de Digne (1878)
“ Oh! ma fille, ayez plus de courage; pour l'amour de Dieu, ne vous abattez pas. Allez, vous vaincrez, et il me semble voir le Sauveur roi dans votre cœur, mais roi caché à votre âme, qui considère vos efforts, et écrit vos victoires au livre éternel. Croyez bien que votre père vous connaît mieux que vous ne vous connaissez vous-même. — Non, ma fille, vous ne jeûnerez pas. Quelques légères privations, songer plus fréquemment, si Dieu le permet, à la Passion, faire le via crucis, mais en partie debout, pour ne pas trop fatiguer le corps ”
Paul Féval fils,
Cocardasse et Passepoil
“ Henri la vit chanceler, prête à s’abattre sur les marches et il étendit son bras pour la soutenir. Alors seulement à ce contact, sentant le visage du bien-aimé tout près du sien, elle put lire dans ses yeux et jusqu’au fond de son cœur ; elle se ressaisit, regarda la croix de pierre sculptée au portail, le Christ qui avait souffert encore plus qu’elle. Alors lentement, au bras du comte, elle monta les degrés, le front auréolé maintenant d’un rayon d’espérance. ”
