“ Aurore, Aurore ! Sait-on jamais le cœur des femmes ?... sais-je seulement, moi, si vous m’aimez... — Si je vous aime !... s’écria la jeune fille avec une ardente expansion. Henri la contemplait avidement. — Vous me demandez si je vous aime ! répéta Aurore, vous, Henri !... Lagardère lui mit la main sur la bouche. — Elle la baisa. — Il la retira comme si la flamme l’eût touchée. — Pardonnez-moi, reprit-il ; je suis bouleversé... Et pourtant, il faut bien que je sache... Vous ne vous connaissez pas vous-même, Aurore... Il faut que je sache !... Écoutez-bien !... réfléchissez bien... ”
Paul Féval
Résumé
Le Bossu, roman de cape et d'épée de Paul Féval (1857), se déroule en deux périodes, en 1699 et 1717, en France, autour de la vengeance du chevalier Henri de Lagardère contre Philippe de Gonzague.
Mêlant affaires politiques, duels et personnages historiques comme le Régent, l’œuvre célèbre la figure du "bossu" et la célèbre promesse : « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ». Adapté au théâtre et au cinéma, ce roman marqua le genre et inspira de nombreuses suites.
Citations de Le Bossu (Paul Féval)
“ Pour vous procurer cette arme qui va vous frapper, vous avez pénétré dans ma demeure, comme un voleur de nuit... vous avez brisé la serrure de ma porte et crocheté ma cassette... vous ! le prince de Gonzague !... — Monseigneur !... fit ce dernier dont les yeux s’injectaient de sang. — Défendez-vous, prince ! s’écria Lagardère d’une voix vibrante ; — ne demandez pas qu’on me ferme la bouche !... on nous laissera parler tous deux... vous comme moi... moi comme vous... parce que la mort est entre nous deux... et que Son Altesse Royale l’a dit : La parole des mourants est sacrée ! ”
“ M. de Gonzague a été bon pour moi, mais je n’ai plus de confiance en M. de Gonzague... Toi, je t’aime de plus en plus, ma pauvre petite Aurore. Elle s’assit sur le sofa auprès de sa compagne et poursuivit : — M. de Gonzague m’a certainement dit cela pour que je te le répète... — Que t’a-t-il dit ? interrogea Aurore. — Tout à l’heure, répondit dona Cruz, quand tu m’as interrompue pour me parler de ton beau chevalier, Henri de Lagardère, j’en étais à t’apprendre qu’on voulait te marier avec le jeune marquis de Chaverny. — Mais de quel droit me marier ? ”
“ Gonzague froissa le billet.—Ils vont tous lui dire, murmura-t-il:—«Assistez au conseil... pour vous-même... pour votre enfant, s'il existe...» Elle se roidira... elle ne viendra pas!... c'est une femme morte... Et qui l'a tuée?... s'interrompit-il, le front plus pâle et l'œil baissé.Il pensait tout haut, malgré lui.—Fière créature autrefois... belle au-dessus des plus belles!... douce comme les anges... vaillante autant qu'un chevalier!... c'est la seule femme que j'eusse aimée, si j'avais pu aimer une seule femme!Il se redressa, et le sourire sceptique revint à ses lèvres. ”
“ La princesse la dévorait de baisers. — Écoute ! disait-elle ; je sais ce que c’est qu’aimer un homme... mon noble et cher époux qui m’entend et dont le souvenir emplit cette retraite, doit sourire aux pieds de Dieu en voyant le fond de mon cœur... oui, je t’aime plus que je n’aimais Nevers, parce que mon amour de femme se confond avec mon amour de mère... c’est toi, mais c’est lui aussi que j’aime en toi, Aurore, mon espoir chéri, mon bonheur... Écoute ! pour que tu m’aimes, je l’aimerai... Je sais que tu ne m’aimerais plus, tu l’as écrit, Aurore, si je le repoussais... ”
“ Lagardère fit un pas vers lui et dit:—J'ai mes témoins, j'ai mes preuves!—Où sont-ils vos témoins?... s'écria Gonzague, dont le regard fit le tour de la salle.—Ne cherchez pas! répondit le condamné; ils sont deux, mes témoins... le premier est ici: c'est vous!...Gonzague essaya un rire de pitié, mais son effort ne produisit qu'une effrayante convulsion.—Le second, poursuivit Lagardère dont l'œil fixe et froid enveloppait le prince comme un réseau, le second est dans la tombe.—Ceux qui sont dans la tombe ne parlent pas! dit Gonzague.—Ils parlent quand Dieu le veut! répliqua Lagardère. ”
“ La taille d’Aurore se redressa, mais ses yeux se baissèrent. Elle devint si pâle, que sa mère fit un pas pour la soutenir. Aurore lui dit : — Poursuivez, madame ; j’écoute... Je vois à votre visage que vous avez déjà reconnu la calomnie. — J’ai lu tes souvenirs, ma fille, répondit la princesse ; c’est un éloquent plaidoyer... l’homme qui a gardé si pur un cœur de vingt ans sous son toit ne peut être un assassin... l’homme qui m’a rendu ma fille telle que j’espérais à peine la revoir dans mes rêves les plus ambitieux d’amour maternel, doit avoir une conscience sans tache... ”
“ Ma bouche essayait encore de prononcer ce mot : Ma fille... ma bouche mentait : Aurore n’est plus ma fille !... je la regardais et j’avais des larmes dans les yeux... Elle me souriait, madame... hélas ! pauvre sainte, à son insu et malgré elle, autrement qu’on ne sourit à son père ! La princesse agita son éventail et murmura entre ses dents serrées : — Votre rôle est de me dire qu’elle vous aime ! — Si je ne l’espérais pas, repartit Lagardère avec feu, — je voudrais mourir à l’instant même ! Madame de Gonzague se laissa choir sur un des bancs qui bordaient la charmille. ”
“ Sème l’or, bossu ! Vieillard, sème l’or ! Tu récolteras jeunesse et beauté. Qui parlait ainsi, monseigneur ?... Je vis bien que j’étais fou. Je sortis. J’allai au hasard par les rues, cherchant un regard bienveillant, un visage pour me sourire. — Bossu ! bossu ! disaient les hommes à qui je tendais la main. — Bossu ! bossu ! répétaient les femmes vers qui s’élançait la pauvre virginité de mon cœur. — Bossu ! bossu ! bossu ! Et ils riaient. Ils mentent donc ceux qui disent que l’or est le roi du monde !... — Il fallait le montrer, ton or ! s’écria Navailles. Gonzague était tout pensif. ”
“ Je vous annonce, ami Albret, que votre concession va être signée.—Qui ne serait à vous, prince? s'écria Albret.—Oriol, ajouta le prince, vous avez votre charge noble; vous pouvez voir d'Hozier pour votre écusson.Le gros petit traitant s'enfla comme une boule et faillit crever du coup.—Oriol, s'écria Chaverny, te voilà cousin du roi, toi qui es déjà cousin de toute la rue Saint-Denis... Ton écusson est tout fait: d'or, aux trois bas de chausses d'azur, deux et un, et en cœur un bonnet de nuit flamboyant, avec cette devise: Utile dulci!...On rit un peu, sauf Oriol et Gonzague. ”
“ Où est-il votre amour ? Je ne le vois pas... votre fierté frémit, votre cœur se tait... J’ai peur, entendez-vous ! j’ai peur, non plus de M. de Gonzague, mais de vous... de vous, sa mère ! — le danger est là, je le devine, je le sens... et si je ne sais pas défendre la fille de Nevers contre ce danger, comme je l’ai défendue contre tous les autres, je n’ai rien fait, je suis parjure au mort. Il s’arrêta pour attendre une réponse ; la princesse garda le silence. ”
“ Marquis, vous n’êtes point à votre place : vous mourrez jeune, parce que vous aurez trop de peine à devenir un coquin ! Il s’inclina et passa. On ne le vit bientôt plus derrière les arbustes. Chaverny était resté immobile, la tête penchée sur sa poitrine. — Enfin, le voilà parti ! s’écria Oriol. — C’est le diable en personne que ce petit homme ! fit Navailles. — Voyez donc comme ce pauvre Chaverny est soucieux ! — Mais quel jeu joue donc ce bossu d’enfer ? — Chaverny, que t’a-t-il dit ? — Chaverny, conte-nous cela ! Ils l’entouraient. Chaverny les regarda d’un air absorbé. ”
“ Ils venaient de se compter. Le nombre fait souvent le courage. Gonzague, qui avait la pointe de sa rapière fichée dans le parquet, prit son verre sur la table, et dit d’un air fanfaron, au moment même où sonnait le premier coup de neuf heures : — À la santé de M. de Lagardère... le verre d’une main, l’épée de l’autre ! Il leva son verre. — Le verre d’une main !... l’épée de l’autre ! répéta le chœur sourd. Puis ils restèrent muets ; la tasse emplie jusqu’aux bords, la brette au poing. Ils attendaient, l’œil au guet, l’oreille attentive. ”
“ Gonzague répondait, joignant les mains, comme si le doute eût été ici un blasphème : — Ô madame ! madame !... Est-ce bien votre cœur qui a parlé ?... mademoiselle de Nevers... votre fille, madame !... est plus pure que les anges ! Une larme était dans les yeux de la pauvre dona Cruz. Le cardinal se pencha vers Aurore de Caylus : — À moins que vous n’ayez pour douter encore des raisons précises et avouables... commença-t-il. — Des raisons ? interrompit la princesse ; mon cœur est resté froid, mes yeux secs, mes bras immobiles... ne sont-ce pas des raisons, cela ? ”
“ Lagardère a dit : À neuf heures, je serai parmi vous... à neuf heures, nous verrons Lagardère face à face... Je le sais... j’en jurerais !... il n’y a pas d’armée qui puisse empêcher Lagardère de venir au rendez-vous assigné... Descendra-t-il par la cheminée, sautera-t-il par la fenêtre, surgira-t-il du plancher, je ne sais... mais à l’heure dite... ni avant ni après... nous le verrons s’asseoir à cette table. — Pardieu ! s’écria Chaverny, qu’on me le donne !... mais homme contre homme... — Tais-toi ! interrompit Gonzague durement, je n’aime les combats de nain contre géant qu’à la foire. ”
“ Un long murmure s’éleva dans l’assemblée à cette exclamation. — Emmenez-moi ! emmenez-moi ! balbutia dona Cruz en larmes. Quelque chose remua au fond du cœur de la princesse, en écoutant la voix désolée de cette pauvre enfant. — Mon Dieu ! dit-elle en levant ses mains vers le ciel, mon Dieu ! inspirez-moi... mon Dieu ! ce serait un malheur horrible et un grand crime que de repousser mon enfant !... Mon Dieu ! je vous en prie au fond de ma misère : répondez-moi ! répondez-moi !... On vit tout à coup sa figure s’éclairer, tandis que tout son corps tressaillit violemment. ”
“ Et ce n’est pas M. de Gonzague qui vous a chassés de Madrid... Ne sais-je pas, moi qui suis un peu sorcière, que les amoureux mesuraient déjà la hauteur de vos jalousies ? Aurore devint rouge comme une cerise. Toute sorcière qu’elle était, dona Cruz ne se doutait guère combien son trait avait touché juste ! Elle regardait Aurore, qui n’osait plus relever les yeux. — Tenez ! fit-elle en la baisant au front, — la voilà rouge d’orgueil et de plaisir... Elle est contente qu’on soit jaloux d’elle... Est-il toujours beau comme un astre ?... et fier ?... et plus doux qu’un enfant ?... Voyons ! ”
“ La mélancolie douce était pour dona Cruz, d’ordinaire si pétulante et si hardie. — Un éclair de jalouse passion jaillissait des yeux d’Aurore. — Toi !... ma rivale !... murmura-t-elle. Dona Cruz l’attira vers elle malgré sa résistance et la baisa : — Il t’aime, dit-elle à voix basse ; — il t’aime et n’aimera jamais que toi... — Mais toi ?... — Moi, je suis guérie... Je puis voir en souriant, sans haine, avec bonheur, votre mutuelle tendresse... Tu vois bien que ton Lagardère est sorcier ! — Ne me trompes-tu point ? fit Aurore. Dona Cruz mit la main sur son cœur. ”
“ Il était encore au haut de l’escalier, que son regard cherchait déjà Aurore. Quand il la vit, il réprima un mouvement. Ses yeux se baissèrent de force, et son pas qui voulait se presser s’attarda. Un de ces observateurs qui voient tout pour tout analyser eût découvert peut-être du premier coup d’œil le secret de cet homme. Sa vie se passait à se contraindre. Il était près du bonheur, et ne le voulait point toucher. Or, la volonté de maître Louis était de fer. Elle était assez forte pour donner une trempe stoïque à ce cœur tendre, passionné, brûlant comme un cœur de femme. ”
“ Lagardère s’arrêta et croisa ses bras sur sa poitrine. — Le régent vous ouvre les portes, reprit Gonzague, mais moi je vous les ferme... J’étais l’ami de Nevers comme le régent, et j’ai bien aussi le droit de venger sa mort... Ne m’appelez pas infâme ! s’interrompit-il ; c’est peine perdue... nous savons que les perdants injurient toujours au jeu... Monsieur de Lagardère, voulez-vous que je vous dise une chose qui va mettre votre conscience bien à l’aise ?... Vous croyez avoir fait un mensonge, un gros mensonge, en disant qu’Aurore n’était pas en votre pouvoir... ”
“ Tu joues la comédie ici, ma petite Flor!—Fi donc! s'écria dona Cruz; moi, jouer la comédie!... Je vais au bal, voilà tout.—A quel bal?—Il n'y a qu'un bal, ce soir.—Au bal du régent?...—Mon Dieu! oui... au bal du régent, ma toute belle; on m'attend au Palais-Royal... pour être présentée à Son Altesse par la princesse palatine, sa mère... tout simplement, ma bonne petite.Aurore ouvrit de grands yeux.—Cela t'étonne? reprit dona Cruz en repoussant du pied la queue de sa robe de cour; pourquoi cela t'étonne-t-il?... Mais, au fait, cela m'étonne bien moi-même... ”
“ Par amitié pour moi, monseigneur, par compassion pour cette pauvre enfant que j’aime et qui se désole, dites-moi un mot... un mot qui explique... un seul mot qui puisse m’éclairer et servir d’argument contre ses résistances... Je serais bien forte, si je pouvais lui dire en quoi ce mariage peut sauvegarder la vie de celui qu’elle aime... Gonzague l’interrompit : — N’avez-vous pas confiance en moi, dona Cruz ? dit-il d’un ton de reproche ; et n’a-t-elle point confiance en vous ?... J’affirme, vous croyez : affirmez, elle croira. Et faites vite ! ”
“ Voyons, cousin, as-tu quelques soupçons?...—Non, répondit Gonzague.—Rien qui te puisse mettre sur la voie?...—Si fait, interrompit le prince, comme si une idée le frappait; il y a un homme...—Quel homme?—Vous êtes trop jeunes, vous ne l'avez pas connu.—Son nom?—Cet homme-là, pensait tout haut Gonzague, pourrait bien dire quelle main a frappé mon pauvre Philippe de Nevers!—Son nom! répétèrent plusieurs voix.—Le chevalier Henri de Lagardère.—Il est ici! s'écria étourdiment Chaverny, alors c'est bien sûr notre domino noir!—Qu'est cela? demanda Gonzague avec vivacité, vous l'avez vu? ”
“ Le sang revenu colorait vivement sa joue. Elle était jeune, elle était belle; son regard brillait; sa taille souple ondulait et frémissait. Sa voix avait de doux et délicieux accents.Elle resta un instant perdue dans son extase.—Es-tu chrétienne, Flor? reprit-elle; oui, je me souviens... elle le dit... tu es chrétienne... Comme notre Dieu est bon, n'est-ce pas?... donne-moi tes deux mains et sens mon cœur...—Ah! fit la pauvre gitanita qui fondait en larmes, si j'avais une mère comme vous, madame!La princesse l'attira contre son cœur encore une fois. ”
“ Elle est sévère, ma fille ! Il y a des menaces là-dedans ! quand elle vient à soupçonner que l’obstacle entre elle et son ami, c’est sa mère... sa parole devient tranchante comme une épée... nous avons lu cela ensemble : tu te souviens de ce qu’elle dit... elle parle des mères orgueilleuses... La princesse eut un frisson par tout le corps. — Mais vous n’êtes pas de ces mères-là, madame ! dit dona Cruz qui l’observait. — Je l’ai été !... murmura Aurore de Caylus en cachant son visage dans ses mains. À l’autre bout de la chambre, Aurore de Nevers s’agita sur son lit de jour. ”
“ Il vit la grand’salle toujours illuminée, mais vide. Pas une âme sur l’estrade dont les fauteuils dorés brillaient. Gonzague se dit : — Ils me poursuivent... mais ils n’auront pas le temps. Quand ses yeux, aveuglés par l’éclat des lumières, revinrent vers cette sorte de taillis qui l’entourait, il crut voir de tous côtés ses compagnons debout. Chaque tronc d’arbre prenait pour lui une forme humaine. — Holà, Peyrolles ! fit-il à voix basse, est-ce donc fini déjà ? Le silence lui répondit. Il donna du pommeau de son épée contre cette forme sombre qu’il avait prise pour le factotum. ”
“ Chacun attendit quelque chose d'extraordinaire et d'inouï.Le régent était debout. Le sang lui montait aux joues.—Est-ce que tu trembles, Philippe? dit-il en dévorant des yeux Gonzague.—Non, par la mort-Dieu! répliqua le prince qui se campa insolemment; ni aujourd'hui, ni jamais!Le régent se retourna vers Lagardère et dit:—Parlez!—Monseigneur, prononça le condamné d'une voix sonore et calme; la sentence qui me frappe est sans appel... Vous n'avez pas même le droit de faire grâce... et moi, je ne veux pas de grâce... mais vous avez le devoir de faire justice: je veux justice! ”
“ C’était Philippe-Polyxène de Mantoue, prince de Gonzague, à qui M. le marquis de Caylus prétendait donner sa fille Aurore en mariage. Gonzague était un homme de trente ans, un peu efféminé de visage, mais d’une beauté rare au demeurant. Impossible de trouver plus noble tournure que la sienne. Ses cheveux noirs, soyeux et brillants, s’enflaient autour de son front plus blanc qu’un front de femme, et formaient naturellement cette coiffure ample et un peu lourde que les courtisans de Louis XIV n’obtenaient guère qu’en ajoutant deux ou trois chevelures à celle qu’ils avaient apportée en naissant. ”
“ Chaverny était tout jeune. Plus l’homme vieillit, moins il est homme. Gonzague n’avait point vu cela : il ne pouvait pas le voir. Sa finesse milanaise était de la diplomatie, non point de l’esprit. Pour apercevoir ces détails, il faut avoir un sens exquis comme Aurore de Caylus, femme et mère, — ou bien être un peu myope et regarder de tout près comme le petit marquis. Dona Cruz, cependant, le rouge au front, les yeux baissés, le sourire timide aux lèvres, était au bas de l’estrade. — Chaverny seul et la princesse devinaient l’effort qu’elle faisait pour tenir ses paupières fermées. ”
“ La princesse baissa les yeux. Aurore cacha sa tête dans son sein.—Dieu m'a puni, poursuivit Lagardère; Dieu est juste... je vais mourir...—Mais, n'y a-t-il donc aucun recours? s'écria la princesse qui sentait sa fille faiblir entre ses bras.—Mourir! continua Lagardère, au moment où ma vie si longtemps éprouvée allait s'épanouir comme une fleur!... J'ai mal fait: le châtiment est cruel... Dieu s'irrite d'autant plus contre ceux qui ternissent une bonne action par une faute... Je me disais cela dans ma prison: quel droit avais-je de me défier de vous, madame?... ”
“ Aurore étendit les bras ; puis son corps souple se roidit convulsivement, comme on fait souvent au réveil. Ses yeux s’ouvrirent tout grand du premier coup. Son regard parcourut la chambre, et un étonnement profond vint se peindre sur ses traits. — Ah !... fit-elle ; Flor !... ici !... je me souviens... je n’ai donc pas rêvé !... Elle porta ses deux mains à son front. — Cette chambre..., reprit-elle ; ce n’est pas celle où nous étions cette nuit... Ai-je rêvé ?... ai-je vu ma mère ?... — Tu as vu ta mère, répondit dona Cruz. ”
Termes fréquents
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