“ Picciola, sa Picciola! son monde réel et son monde d'illusions, le pivot sur lequel tournait sa vie, l'axe qui faisait rayonner sa pensée, elle ne sera plus! Et lui, pauvre captif dont la Providence avait suspendu l'expiation, il lui va donc falloir s'arrêter dans son vol vers les sphères de la vraie science! Comment occupera-t-il ses tristes loisirs maintenant? Qui remplira les vides de son cœur? Picciola, le désert peuplé par toi redevient le désert! Plus de projets, plus d'études, plus de songes enivrans, plus d'observations à inscrire, plus rien à aimer! ”
Picciola
Définition et enjeux
Citations sur “Picciola”
“ Devant son terrain agrandi, devant la graine qui se gonflait, qui mûrissait dans le calice, Charney pressentait de nouvelles et sublimes découvertes, et rêvait même au Dies seminalis, à la fête des semailles! Car maintenant le terrain ne manque plus; il est plus que suffisant pour Picciola; elle peut devenir mère, et voir ses filles croître sous son ombre! ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Povera picciola! telle avait été l'exclamation de Ludovic s'appitoyant sur la pauvre petite, qui avait failli mourir faute d'être arrosée. Charney s'en était souvenu. — Picciola ! Picciola ! dois-tu fleurir bientôt ? répétait-il en écartant avec précaution les feuilles garnissant l'extrémité ou les aisselles des rameaux de sa plante, afin de voir si la fleur s'annonçait; et ce nom de Picciola lui était doux à prononcer, car il lui rappelait à la fois les deux êtres qui peuplaient son univers : sa plante et son geôlier. ”
“ Cette fois, Picciola se montrait dans tout le prestige de sa beauté: elle étalait à ses yeux sa corolle nuancée et brillante; le blanc, le pourpre et le rose se confondaient sur ses larges pétales bordés de petits cils argentés, entre lesquels se brisait un rayon du soleil, qui faisait scintiller autour de la fleur comme une lumineuse auréole. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ S'écartant de la foule, il respirait l'air sur une verte esplanade, où son fantôme chéri avait seul suivi ses pas. Picciola s'avançait en lui souriant du regard et du geste; et lui, dans une attitude contemplative, il admirait la taille souple de la jeune fille, la légère ondulation des plis de sa robe blanche, qui trahissait l'harmonie de ses mouvements, et les boucles de ses cheveux noirs d'où ressortait la fleur accoutumée. Soudain, il la voit s'arrêter; elle chancelle, lui tend les bras; le sceau de la mort est empreint sur son front. ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ Cette plante tombée là, ce fut bientôt toute une histoire, tout un poëme pour le pauvre captif ; il n’est plus seul ; il a quelque chose à aimer, à secourir, à étudier ; il a sa fleur bien-aimée, son enfant venu du ciel, Picciola ! Picciola grandit, sa taille devient élégante et svelte, puis bientôt sa fleur jeta au loin son haleine embaumée : ce sont là autant de ravissements inexprimables pour Charney. Un jour, Charney près de sa fleur ou plutôt près de sa maîtresse, s’aperçoit tout à coup qu’elle est triste et languissante. Qu’a-t-elle dont Picciola ? Ô douleur ! elle se meurt. ”
“ Avez-vous donc oublié les leçons de votre Picciola?—Non, dit Charney d'une voix grave et pénétrée; je confesse Dieu! Je crois maintenant à cette cause première, que Picciola m'a révélée, à cette puissance éternelle, admirable régulatrice de l'univers! Mais dans votre comparaison du vermisseau, il s'agit de l'homme, et qui la prouve?—Qui la prouve? sa pensée! Elle est toute d'avenir, et le porte sans cesse en avant. Sa vie s'épuise à désirer toujours; toujours il se tourne malgré lui vers ce pôle inconnu qui l'attire, car son lot le plus glorieux est-il un fruit de la terre? ”
“ Vous croirez peut-être à ce que vous verrez! Écoutez-moi bien. Picciola va jouer son rôle à son tour! Il ne s'agit plus seulement de la prévoyance de l'insecte, mais de celle de la nature, d'une de ces lois d'harmonie dont je vous entretenais tout à l'heure, et qui forcent la plante d'accepter le legs du papillon. Au printemps prochain, nous pourrons vérifier le prodige ensemble, dit-il en retenant un soupir adressé à sa fille. Alors, quand les premières feuilles de Picciola se montreront, les petites larves renfermées dans les œufs se hâteront de briser leurs coquilles. ”
“ Où la raison ne peut, l'imagination travaille. La sienne s'exalte; et son amour pour Picciola devient bientôt un culte.Il se persuade qu'un lien surnaturel les enchaîne l'un à l'autre; qu'il existe ainsi dans la matière de secrètes attractions, d'incompréhensibles sympathies qui rapprochent l'homme de la plante. Celui qui refuse encore de proclamer Dieu va tomber peut-être dans les croyances puériles de l'astrologie judiciaire. Picciola, c'est son étoile, sa madone, son talisman! ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Il arriva pourtant qu'une fois Picciola, dans l'une de ces fêtes où il avait l'habitude de trouver près d'elle le calme et le bonheur, le frappa d'une subite épouvante. Plus tard, il ne se le rappela que pour croire aux révélations, à la prescience de l'âme. Voici ce qui arriva. Les parfums de la plante marquaient la sixième heure du soir. Jamais ils n'avaient été plus forts, plus puissants; car trente fleurs épanouies concouraient à entretenir cette atmosphère magnétique au milieu de laquelle s'assoupissait Charney. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Alors, dans le trouble de ses idées, il lui sembla découvrir en elle tous les traits de la Picciola de ses songes, et c'est encore ainsi qu'il croit la revoir aujourd'hui. Un jour que le prisonnier se nourrissait de ces douces visions, quelque chose s'agita derrière le vitrage terne et dépoli; on ouvrit la petite fenêtre; une femme se montra à la grille. Elle avait la peau brune et terreuse, un goitre énorme et des yeux avares et méchans. C'était la femme de Ludovic. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ L'ennui vous tuera à votre tour; la solitude interrompue redevient si lourde! vous n'y pourrez résister; c'est comme moi, si maintenant on me séparait de ma fille! de cet ange gardien dont le sourire sait me consoler de tout ! Quant à votre plante, le vent des Alpes vous en avait sans doute apporté le germe, ou peut-être, en passant, un oiseau en laissa tomber une graine dans cette cour; mais maintenant une même circonstance vous enverrait une autre Picciola, ce ne serait que pour renouveler le regret laissé par la première, car d'avance il faudrait vous attendre à la voir mourir comme elle. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Au milieu de ces investigations, mille fois renouvelées, la petite fleur, la fleur unique, interrogée pétale par pétale, fouillée jusque dans son calice, se détacha tout à coup sous la main de l'analyseur, du disséqueur, et tomba, emportant avec elle les projets d'étude sur la graine, l'espoir des semailles, et la maternité de Picciola! ”
“ Au premier coup d'œil jeté sur sa plante, il est surpris de l'état de langueur manifesté dans toutes ses parties. Les fleurs, courbées sur leurs pédoncules, semblent n'avoir plus la force de se tourner vers le soleil; les feuilles, à demi renversées, ont perdu l'éclat de leur luisante verdure. Charney pense d'abord qu'un violent orage se prépare, et, dans un premier mouvement, il dispose ses nattes, ses treillis, pour garantir Picciola des atteintes trop rudes du vent ou de la grêle. Cependant le ciel est pur de nuages, l'air est calme, et l'invisible alouette chante, perdu dans l'espace. ”
“ Il n'avait même pas eu un sourire de pitié à donner au triomphe de ces hommes, si fiers d'emporter, comme pièces de procédure, comme preuve d'un complot, ses observations sur sa plante! Il allait être à jamais séparé de ses souvenirs! L'amant à qui l'on enlève les lettres et le portrait d'une maîtresse adorée qu'il ne doit plus revoir peut seul comprendre l'angoisse profonde du prisonnier. Pour sauver Picciola, il a compromis son orgueil, son honneur; il a brisé le cœur d'un vieillard et l'existence d'une jeune fille ”
“ Il ne songe plus à l'analyser, à l'étudier; il l'admire, il la savoure de la vue et de l'odorat. Mais bientôt une autre idée vient le distraire de celle-là, et ce n'est plus sur la fleur que s'arrêtent ses regards. Il a vu les traces de la mutilation le long de la tige, des rameaux abattus, des feuilles à demi déchirées par le contact des ciseaux. Les cicatrices n'en sont pas encore fermées. Il sent alors qu'il lui doit la vie ; un sentiment plus vif, plus doux encore que l'admiration, lui arrive au cœur, et les bienfaits de Picciola lui font oublier son éclat et ses parfums. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Tandis qu'elle multipliait devant lui les fleurs et les parfums pour ses études et ses plaisirs, sa tige aussi se développait. Resserrée à sa base entre deux pavés, étranglée sous une double pression, elle s'est d'abord entourée d'un large bourrelet : mais le frottement l'a bientôt déchirée aux angles du grès, et les sucs nourriciers de la plante se perdent par plusieurs fissures à la fois. Le sol manque à Picciola; épuisée de force et de sève, elle va mourir, si on ne lui porte un prompt secours. Elle va mourir! Charney le voit. ”
“ Elle est donc ma filleule... je suis donc son parrain... et j'en suis fier, per Bacco!—Picciola! s'écrie le comte, se relevant tout-à-coup sur son séant, s'accoudant sur son oreiller, et donnant à ses traits ranimés l'expression de l'intérêt le plus vif.—Expliquez-vous, mon brave Ludovic, expliquez-vous!—Faites l'étonné! répliqua celui-ci avec son clignement d'œil obligé.—Est-ce donc la première fois qu'elle vous rend le même service? Lorsque vous vous sentez atteint de ce mal, auquel vous êtes sujet, n'est-ce point toujours avec cette herbe qu'on vous guérit? ”
“ Parmi ceux-ci, Joséphine, Girhardi et Ludovic s'offraient d'abord pour peupler son monde céleste; puis comme deux ombres de femmes se dessinaient aux extrémités de cet arc-en-ciel d'amour, venu après l'orage: ainsi qu'on voit, dans des tableaux d'église, deux séraphins, la tête inclinée, la robe flottante, les ailes à demi déployées, marquer les limites d'un Éden.L'une de ces ombres, c'était la fée de ses rêves, la Picciola jeune fille, cette fraîche image née des parfums de sa fleur; l'autre, l'ange de sa prison, sa seconde providence, Teresa Girhardi. ”
Silvio Pellico,
Mes Prisons
(1913)
“ Parmi celles qui eurent le plus de retentissement, il faut citer Picciola, de Saintine, dont la vogue balança celle de l’œuvre de Silvio Pellico. Ce roman fut aussi traduit dans toutes les langues, et eut l’honneur d’être, à maintes reprises, interprété par le crayon de nos plus célèbres artistes. Mais, en dépit de ses éditions multiples, Picciola est aujourd’hui à peu près oubliée. Le temps a fait justice du pastiche froid et maniéré, pour laisser toute sa vigueur et tout son charme au récit simple, ému et vrai où le prisonnier du Spielberg nous retrace ses souffrances. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Picciola, povera Picciola! sortirent à plusieurs reprises de la bouche de Charney. Andiamo! Andiamo! le moment est venu, murmura Ludovic; oui, il est venu..., répétait - il avec impatience; mais le moyen de laisser là le chapelain tout seul lutter contre ce furibond! Et pourtant dans une heure, il sera peut-être trop tard, cordieu ! Ah ! Sainte-Vierge! je crois qu'il s'apaise,.... il ferme les yeux, il étend les bras, comme pour dormir! ”
“ Quand, de sa petite fenêtre, le vieillard promenait sur lui et sur Picciola son regard demi-curieux, demi-rêveur, Charney se sentait attiré par ce regard. Un geste de la main, un sourire, avaient même été échangés entre eux : mais le régime de la prison leur interdisait à tous deux de s'adresser la parole, même pour se demander des nouvelles de leur santé; et le grand explorateur des merveilles de la nature dut garder pour lui seul ses précieuses découvertes. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Charney, perdant l'espoir de voir refleurir sa Picciola, entretenait son ami de ses regrets sur la chute de sa dernière fleur; et celui-ci, pour suppléer cette perte autant qu'il était en son pouvoir de le faire, développait devant lui le tableau général de la fructification des plantes. . Là, comme ailleurs, l'empreinte d'une main divine se montrait dans tous les actes de la nature. ”
“ En repassant près de Picciola: Je te sauverai! murmura Charney.Il se retira dans sa camera, prit le plus blanc et le plus fin de ses mouchoirs, tailla soigneusement son cure-dent, renouvela son encre, se mit aussitôt à l'ouvrage, et lorsque son placet fut terminé, ce qui n'arriva pas sans causer de dures angoisses, à son orgueil révolté, une petite corde descendit de la fenêtre grillée le long du mur de la cour; le pétitionnaire y attacha sa supplique, et la corde remonta. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Avez-vous donc oublié que Picciola, c'est tout pour le prisonnier ? Ne savez-vous donc pas ce que peuvent l'isolement et la captivité sur l'esprit le plus ferme et le plus fier ? Oh ! cet acte de faiblesse que vous lui reprochez, y a-t-il eu recours lorsque lui-même, abattu par la souffrance, manquait de l'air de la liberté, pressé entre les pierres de sa prison comme sa plante entre ses deux pavés ? non ! mais de lui à elle se sont établis des redevances mutuelles , des engagements sacrés ; elle l'a sauvé de la mort, et il faut qu'il la sauve à son tour ! ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Cet amour, il le renfermera en lui-même : chercher à le faire partager serait un crime. Pourquoi vouloir empoisonner un si bel avenir? Ne sont-ils pas destinés à vivre séparés l'un de l'autre? elle, libre, heureuse, au milieu d'un monde où elle ne tardera pas à se choisir un époux; lui, seul, dans sa prison, où il doit rester avec Picciola et ses éternels souvenirs d'un instant! ”
“ La seule chose qu'il put obtenir, c'est que le prisonnier se contiendrait une heure encore, afin que le soleil se trouvât de la fête.Cette heure, qu'elle se traîne lentement! et cependant il l'occupe du mieux qu'il peut. D'abord, pour la première fois depuis sa captivité, il songe à sa toilette. Oui, à sa toilette, à sa parure, en l'honneur de Picciola, de Picciola en fleur! Ses vêtemens étaient poudreux, ses cheveux en désordre, sa barbe longue. Il approprie tout cela. Un miroir, jusqu'à cet instant oublié dans sa précieuse cassette, en est tiré ”
“ Quelle idée avais-je de vous consulter? s'écri-at-il. Elle se nomme Picciola! rien que Picciola, la plante du prisonnier, sa consolatrice, son amie ! Qu'at-elle besoin d'un autre nom, et que voulais-je donc 1. Je ne citerai ici qu'un seul exemple de cette singulière divergence d'opinions entre les botanistes. Pour les Asclépiades (famille des Apocynées) , Linné regarde les écailles comme les étamines; Adanson prend les cornets pour les filaments des étamines, et les écailles pour les anthères ; Jacquin pense que les anthères sont enfermées dans les loges des écailles ”
“ Il va lui falloir de nouveau mutiler Picciola; mais ne réparera-t-elle pas facilement ses pertes? De tous côtés, aux nœuds de sa tige, sous l'aisselle de ses feuilles, surgissent de naissans rameaux, s'annonce une floraison future; puis Charney saura la ménager. Demain donc il se mettra à l'ouvrage.Le lendemain, il prend place sur son banc, avec cette gravité de l'homme qui va tenter une expérience difficile, et dont le succès peut se faire attendre. ”
