“ La réparation du sacrifice qu’elle était prête à faire de sa réputation eût été un mariage entre eux. Salcède n’avait pas accepté cette solution. De là des querelles suivies de raccommodements. Le désespoir de la baronne était de voir le marquis rarement et en secret. Il n’allait chez elle ni le jour ni la nuit : ils ne se rencontraient que dans les courts et mystérieux voyages que Salcède faisait à Paris. Il paraissait se plaire beaucoup au Refuge, trouver un grand bonheur à faire l’éducation d’Espérance, enfin ne rien regretter du monde et des choses de la vie. ”
Salcède
Définition et enjeux
Le thème de “Salcède” a été abordé par des auteurs tels que George Sand, Alexandre Dumas ou Théodore Agrippa d’Aubigné. Il est souvent associé à des termes comme Flamarande, la comtesse, Roger, M ou Madame.
Citations sur “Salcède”
“ Il se retirait au moment où votre mari l’a surpris. Celui-ci n’a voulu entendre à rien et lui a donné rendez-vous à Paris pour se battre. Salcède s’est battu comme un fou qui cherche la mort, et, s’il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait, c’est que Dieu ne l’a pas voulu. ”
“ M. de Salcède s’était installé dans une des tourelles. On laissa les lits du pavillon aux domestiques, et, comme ces lits étaient plus propres et meilleurs qu’ils n’en avaient l’air, nous passâmes probablement une meilleure nuit que nos maîtres ; mais ils contentaient leur fantaisie et firent, à ce qu’il paraît, bon ménage avec les rats et les chouettes du château de leurs pères. Je me demandais comment s’y prendrait M. de Salcède pour ne pas aller à la chasse avec le comte, car il était bien évident pour moi qu’il souhaitait rester auprès de madame. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Mon cher monsieur de Salcède, ne répondez pas. Je ne vaux pas Gaston, je le sais bien, et laissez-moi me confesser moi-même à présent que je... — Oh ! maman ! ne m’en ôte pas le courage. Comme tu me regardes !... Tu crois ?... — Comment es-tu ici, et que faisais-tu là ? lui dit la comtesse, dont je ne pouvais voir la physionomie, mais dont l’accent mêlait quelque reproche à la tendresse. — Il arrivait de Léville, répondit vivement Salcède, dont l’âme droite comprenait tout, et dont la générosité n’eût jamais consenti à révéler les défaillances de Roger. Il aura su que vous étiez ici. ”
“ Ce n’était qu’un paysan portant un panier et dont le costume n’offrait rien de frappant ; mais, à mesure qu’il s’approchait de moi, j’étais saisi de l’élégance de sa démarche, et le nom de Salcède s’écrivait en lettres de feu dans mon cerveau. La nuit commençait, et je ne pouvais distinguer sa figure. Je doublai le pas pour le voir de plus près, m’apprêtant à le saluer pour le forcer à soulever le chapeau déformé qui lui ombrageait fortement le visage, lorsque, au détour d’une roche qui me le masqua durant quelques secondes, je ne vis plus personne sur le sentier. ”
“ Ils causaient peu ensemble, et elle n’osait pas causer devant lui, tandis qu’avec Salcède et la baronne elle redevenait vivante et animée. Je me disais à part moi : — Quand on se décide à mettre l’amour dans sa vie, on devrait bien se demander si on est propre à inspirer l’amour. Je comprends le beau Salcède s’attachant aux pas des belles femmes ; il les aime trop pour n’en pas être aimé. M. le comte s’est trompé de route, c’est lui qui eût dû se donner à la science, le mariage d’amour n’est pas du tout son fait. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Chargée par la comtesse de s’informer d’Espérance, elle avait dû écrire qu’il allait bien, et que, Salcède ou la baronne conseillant à madame de ne pas venir, madame avait répondu à Hélène. Madame de Montesparre, qui transmettait tout à Salcède, lui avait envoyé ou remis cette réponse, et l’amant, toujours passionné, toujours romanesque, avait pris pour devise, pour règle de conduite, pour consolation suprême, cette prière adressée à la baronne et dont il s’était fait l’application à lui-même : Veille sur notre enfant ! ”
“ Offre ton bras à madame de Flamarande et dis-nous, puisque tu viens de passer là, en quel état nous allons trouver ce vieux nid de vautours. — Je vous accompagnerai tant qu’il vous plaira, reprit Salcède ; mais je n’offrirai pas mon bras dans la tenue où je suis ; je vous suivrai pour vous donner les renseignements nécessaires. Les hommes les plus sérieux ont leur côté frivole, et le comte se fit un malin, un dangereux amusement d’insister pour que sa femme prît le bras du touriste. — Vous saurez, ma chère amie, lui dit-il, que Salcède est un ours et que vous devez m’aider à l’apprivoiser. ”
“ « Si l’enfant appartient au mari, comment ne le haïssez-vous pas ? Moi, je le hais par moments, ce fils adoptif qui vous absorbe et que vous arrivez à me préférer ! » La baronne avait fait des tentatives pour détourner Salcède de son installation au Refuge. En 1848, elle avait eu la douleur de perdre son fils unique, Ange de Montesparre, et s’était d’autant plus attachée à Salcède qu’il s’était montré aussi désolé qu’elle de ce malheur. ”
“ Cette fois, dit-il, Salcède a eu de l’esprit. Il a fait sa paix avec la baronne en avouant un amour platonique et en lui laissant l’espoir d’être aimée par reconnaissance. La baronne n’est pas bien fière ; elle pardonne tout, pourvu que le mariage s’ensuive. Elle veut ruser avec la comtesse et lui faire croire à une magnanimité dont nulle femme n’est capable, elle pas plus qu’une autre. ”
“ M. de Salcède n’avait pas encore aimé. Il se croyait épris exclusivement de botanique. Il était candide comme un enfant, et il était bien réellement un enfant ; il n’avait à cette époque que vingt et un ans. Il avait des goûts sérieux et jugeait la femme un être frivole, ennemi du travail utile et du recueillement ; mais l’âge était venu où la nature parle plus haut que la raison. Il vit cette belle femme et l’aima tout aussitôt comme un fou. Il l’aima d’autant plus qu’il ne s’en aperçut pour ainsi dire point. ”
“ Les premières amours, avec leur naïveté timide, sont capables de dérouter les plus raisonnables prévisions. Madame dormait encore sur les neuf heures, lorsque M. de Salcède rentra, et, quand elle fut levée et habillée, quand elle apprit qu’il était de retour, on le chercha en vain pour lui en donner des nouvelles. C’est moi qui le trouvai au bas du rocher, baignant son pied malade dans l’eau courante. ”
“ Pourquoi non ? On peut se déguiser avec une barbe et une perruque blanches. Si ma première impression ne m’avait trompé ni au bois de Boulogne, ni sur le sentier de Flamarande, Salcède était en France. Il y était caché et déguisé, puisque pas une personne de sa connaissance ne l’avait vu et ne savait son retour. Avec l’aide d’Ambroise, il avait pu percer le mystère qui pesait sur Espérance ; il avait dû alors revenir à Paris, et, craignant d’écrire à la comtesse pour l’informer de cette grande découverte, il avait dû lui demander un rendez-vous par l’intermédiaire de madame de Montesparre. ”
“ Madame de Montesparre avait toujours ardemment aimé M. de Salcède, et, se croyant aimée de lui, elle avait eu l’imprudence de lui ouvrir son cœur ; mais Salcède n’avait aimé qu’une femme en sa vie ; il l’aimait toujours. Selon lui, cette femme, madame de Flamarande, ne lui avait jamais appartenu. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Salcède pâlit et rougit simultanément comme un homme dont les passions ne seraient point assouvies, et qui aurait conservé l’impressionnabilité de la première jeunesse. Il me sembla le revoir comme au temps où il avait l’âge de Gaston, frémissant d’effroi et de plaisir, quand, sur la route de Flamarande, la comtesse appuya pour la première fois son bras sur le sien. Nous revînmes, la comtesse et moi, par un sentier très-direct, que je ne connaissais pas, et qui était d’autant plus difficile que la nuit était très-sombre. J’ai toujours redouté les ténèbres. ”
“ Nous passerons la journée de demain à visiter la propriété, et après-demain nous irons tous ensemble dîner à Montesparre. IV M. de Salcède se fit un peu prier, il désirait sans doute que madame s’en mêlât. À l’instigation de son mari, elle lui passa de nouveau la main sous le bras en lui disant avec sa belle voix douce et son sourire d’enfant : — Nous le voulons ! Vraiment, les maris, tant qu’ils ne sont pas trompés, sont doués d’une étrange candeur ; aussi, quand ils le sont ou croient l’être, on les voit passer d’un excès à l’autre. ”
“ Ce n’était pas là le jeune et beau Salcède ; mais alors quel était donc ce vieillard à qui madame de Flamarande donnait rendez-vous au fond d’un bois par une triste soirée de février, et à qui elle disait avec l’accent de l’enthousiasme : « Oh ! que je vous aime ! » ”
“ Je croyais leur liaison si pure et le caractère de M. de Salcède si loyal ! Savez-vous, mon ami, que je vous en veux de m’avoir présenté comme un homme de mérite cet homme que je dois mépriser maintenant, puisqu’il vous a mis dans la nécessité de le châtier ? — Nous ne parlerons plus de lui, reprit M. de Flamarande avec une dignité froide, nous ne prononcerons jamais son nom, et, si vous voulez m’être agréable, vous ne parlerez jamais de lui avec madame de Montesparre. La baronne n’est point une personne de votre âge. Elle a trop d’expérience pour vous. ”
“ Il y a plus, me disais-je ; cette passion a pu naître pendant le dernier séjour de madame à Pérouse. C’est là déjà qu’elle a pu recevoir des lettres, qu’elle a pu être informée et, qui sait ? recevoir Salcède. Elle n’est pas revenue d’Italie si calme et si belle sans qu’une grande joie soit entrée dans son cœur et dans sa vie. Qui sait si elle n’a pas été à Flamarande avec Salcède et si elle n’y a pas vu son fils pendant que j’y étais ? Yvoine est aussi habile que moi. M. de Salcède l’est peut-être plus que nous deux. Si tout est consommé, que me reste-t-il à faire ? ”
“ Aussi attentif, aussi souple, aussi prompt, aussi muet que le chat qui guette sa proie, je me plaçai de manière à me dissimuler, si Salcède ouvrait les yeux. Vingt fois, cent fois peut-être, je portai la main sur le trésor, autant de fois je la retirai, suivant tous les imperceptibles mouvements d’un sommeil où l’instinct de l’âme survit à l’accablement du corps. Enfin, par je ne sais quels miracles de patience et de dextérité, je parvins à soulever la boutonnière qui fermait le sachet, à y glisser le doigt et à y saisir parmi des feuilles desséchées une petite bande de papier roulé. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Et, comme Salcède semblait accepter son arrêt sans dire un mot, soit qu’il craignît de se trahir, soit qu’il reconnût la haute raison de madame de Flamarande, elle ajouta : — Faisons mieux, ôtons au monde tout prétexte de railler notre amitié et de l’empêcher de se montrer au grand jour. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Aussitôt j’ai préféré la réalité à mon doux songe, et j’ai sauté au cou de cet excellent homme, à qui je demande pardon... — De quoi donc ? dit Salcède d’un ton cordial et enjoué. Allons ! causez avec votre mère, je vous laisse. — Vous allez chercher Gaston, s’écria Roger. Ce que j’ai à dire à maman, je veux le lui dire aussi. XXI Salcède sortit. ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Cherchez donc un autre homme dans le monde qui, même étant le père de cet enfant, lui eût ainsi tout sacrifié jusqu’à aller vivre en paysan dans un désert de neige pour le voir tous les jours et l’instruire lui-même paternellement ! Est-ce M. de Flamarande qui a eu pour Roger ces soins assidus et cette tendresse immense ? On s’en étonnerait peut-être moins chez un vieillard ; mais M. de Salcède était presque un enfant lui-même quand il s’est consacré à mon enfant. ”
“ M. de Salcède avait promis d’y rester huit jours, et il ne parlait plus du tout d’aller en Allemagne comme il l’avait annoncé. Son pied, parfaitement guéri, ne pouvait plus lui servir de prétexte, et il n’en cherchait pas. Il n’avait plus, je crois, aucun projet, aucun but dans la vie ; il aimait, avec ou sans espoir, il aimait, comme on dit, pour aimer. Les soupçons du mari allaient grand train, et je reconnus qu’il observait toutes choses encore mieux que moi. Un jour, je le vis en conférence très-animée avec M. de Salcède. Je crus qu’ils se querellaient et finiraient par se battre ”
“ Elle s’empressa de réinstaller la comtesse dans son appartement, et, comme je défaisais la malle de monsieur dans le petit salon, j’entendis qu’il disait à la baronne : — Comment ! tout le monde vous a quittée aujourd’hui, même Salcède ? — Même Salcède, répondit-elle. Il voulait bien me tenir compagnie ; mais, depuis quelques jours, il a de violents maux de tête, et je l’ai forcé d’aller avec les autres. Que voulez-vous ! il est habitué à vivre au grand air, nos salons l’étouffent. ”
“ Elle envoya, il est vrai, plusieurs fois son valet de chambre prendre des nouvelles du blessé ; mais, le jour où M. le comte lui dit d’un ton glacé : — Savez-vous, ma chère, que le jeune Salcède a perdu son père et qu’il est lui-même fort mal ? Elle répondit sur un ton d’angélique innocence : — Je sais cela, je ne voulais pas vous en parler pour ne vous point affecter ; puisque vous êtes au courant, je vous ferai plaisir en vous apprenant que les dernières nouvelles de votre ami sont bonnes. On espère le sauver. M. le comte pâlit et répondit : — Je vous en félicite ! ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Vous connaissez mon secret, à moi. Il est très-simple, et je n’ai pas lieu d’en rougir. J’ai aimé M. de Salcède d’une amitié très-vive ; je l’aime aujourd’hui d’une amitié plus calme, mais tout aussi dévouée. Je ne veux pas savoir non plus s’il aime toujours d’amour madame de Flamarande, ni si l’affection qu’elle lui porte, et qu’elle lui doit, est de la passion ou de la reconnaissance. Au moment où nous sommes, je vois cette femme excellente accablée d’un chagrin mortel devant la nécessité de vivre éloignée de son fils aîné. ”
“ J’entendis dire que c’était grâce à M. de Salcède. Il avait chassé la veille avec le fils du fermier, et ils avaient rapporté des lièvres et des perdrix. Madame Michelin s’entendait à rôtir, tout fut trouvé exquis, et moi aussi je fis un excellent repas. J’avais veillé avec soin durant la route sur le panier de vins : M. le comte but à tous ses aïeux et au manoir, berceau de sa famille. Il se monta un peu la tête et projeta de chasser le lendemain avec M. de Salcède. Celui-ci s’en défendit, disant qu’il ne fallait pas laisser madame seule dans cette montagne, qu’elle s’y ennuierait. ”
“ M. de Salcède insistait pour que l’on prît à travers la montagne pour gagner Montesparre, qui n’était qu’à cinq lieues par cette voie, tandis qu’il en fallait faire dix pour s’y rendre par la route postale. L’homme qui conduisait notre petite calèche nous dit que, si nous voulions mettre pied à terre dans les endroits dangereux, il se faisait fort d’arriver sans encombre. Madame préféra faire le grand détour, disant que M. de Salcède voudrait marcher dans la traverse, et qu’il ne faudrait pas le lui permettre. — En d’autres termes, lui dit son mari, la traverse vous fait peur. ”
“ En ce moment, j’eusse donné ma vie pour lui, et je haïssais sa femme, qui le soignait pour une maladie de foie sans se douter du chagrin dont il était dévoré. Le lendemain matin, je retournai à l’hôtel Salcède, non pas de la part de mon maître, il me l’avait bien défendu, mais comme si j’étais désormais attaché à madame de Montesparre et chargé de lui écrire. On préparait les funérailles de M. de Salcède père. Quant au fils, il avait eu une certaine lucidité pour le voir mourir ”
George Sand,
Les Deux Frères
(1875)
“ Je vais dire à Charlotte que vous attendez madame ici. Gaston sortit. Salcède marcha lentement comme un homme qui médite. S’il jeta les yeux sur le lit, il fut trompé par cette apparence de rangement particulier aux meubles inoccupés. Roger dormait si profondément qu’on n’entendait même pas sa respiration. Je calculais si, au cas probable où Salcède sortirait pour aller à la rencontre de la comtesse, j’aurais le temps de me retirer par le passage secret. Et puis une idée bonne ou mauvaise s’empara de moi. Salcède voulait voir la comtesse avant Roger ”
