“ Mme Antoinette considérait sa petite-nièce comme une enfant intelligente, docile, mêlant des goûts sérieux à une gaieté pure et tranquille. Or, Élys était bien cela ; mais il existait autre chose encore, dans cette nature de jeune fille — un délicieux mystère que M. de Chancenay, observateur prompt et subtil, amoureux, en outre, avait perçu, lui, dans le regard candide, plein de pensées profondes. Élys avait un cœur ardent, une imagination vive, et dans la mélancolique solitude où la confinait la volonté de sa grand’tante, elle s’était prise à rêver, parfois sans presque en avoir conscience. ”
Citations sur “Élys”
Delly, La Petite Chanoinesse (1977)
“ De fait, dans le cœur d'Elys, l'amour, toujours vivant, s'augmentait d'un secret enthousiasme, d'une admiration profonde — et aussi de toute l'inquiétude dont frémissait la jeune fille, en songeant aux dangers sans nombre attendant l'élégant mondain d'hier, devenu l'un de ces héroïques officiers qui allaient enrichir magnifiquement le patrimoine de gloire de la France. ”
“ Élys aimait ces visites charitables. Son cœur délicat aspirait à se dévouer, à se répandre sur autrui. Mme de Prexeuil constatait cette disposition avec un vif contentement, et songeait volontiers : « Je crois qu’elle penche vers la vocation religieuse, ma petite Élys. Tant mieux, car cela me dispensera d’en contrecarrer une autre. » Or, la tante se trompait. Si profondément pieuse que fût Élys, elle n’avait pas le désir de la vie conventuelle. ”
“ Ma bonne amie, si j’admettais que tu refuses le comte de Chancenay tel qu’il était il y a deux ans, aujourd’hui je ne comprendrais pas que tu ne fusses heureuse et fière de donner Élys à l’homme de haute valeur qu’il est devenu. ”
“ Si je la trouve jamais seule, votre Élys, madame de Prexeuil, je me charge de lui faire la cour, et de lui apprendre que tous les hommes ne sont pas les vilains diables représentés par votre imagination ! ”
“ Comme les filles nobles d’autrefois qui, ne pouvant ou ne voulant contracter mariage, n’étaient pas néanmoins attirées par la vie du cloître, Élys, obéissant à la direction de sa grand’tante, avait demandé son admission dans un chapitre autrichien, en faisant preuve des nombreux quartiers de noblesse nécessaires. Ainsi, pensait Mme de Prexeuil, elle aurait une situation honorifique, porterait le titre de comtesse, et continuerait, après ses tantes, de remplir dignement ses devoirs de châtelaine, en oubliant qu’elle était une vieille fille. ”
“ À la fin de la journée, Ogier se trouvait nanti d’une colossale richesse à peine un peu inférieure à celle d’un milliardaire américain, tandis qu’Élys n’était qu’une jeune fille sans un sou vaillant, complètement à la charge de ses cousines du pavillon. ”
“ L’hiver passa, long et triste. Bien que de plus en plus fatiguée, Élys, qui ne se plaignait jamais, continuait d’accompagner Mme Bathilde et aidait celle-ci à soigner Mme de Prexeuil, toujours fort souffrante de ses rhumatismes. ”
“ Mais maintenant, fort de ses intentions droites, il voulait se faire aimer d’Élys, afin qu’elle devînt un auxiliaire actif dans la lutte inévitable contre la volonté de Mme Antoinette. Ce ne serait pas le plus difficile de sa tâche. Il savait qu’on ne résistait guère à son charme, Ogier de Chancenay. Et quand il y joindrait l’amour, le vif désir de conquérir, la petite chanoinesse serait vite prise, ensorcelée, pour toujours. ”
“ Ces symptômes d’une peine secrète — car jamais plus Élys n’avait parlé d’Ogier — n’échappaient aucunement à Mme Antoinette, qui s’en irritait et s’en inquiétait. Pourvu que cette enfant n’allât pas tomber malade !... Plus que jamais, la chanoinesse maudissait l’amour, M. de Chancenay et tous les mécréants de son espèce. Ah ! la belle idée, vraiment, qu’avait eue cette pauvre Mme de Valheuil, en léguant sa demeure à ces Chancenay ! ”
“ Ogier rentra dans le salon, et fit quelques pas à travers la pièce... Il éprouvait une émotion très vive, très ardente. Réellement, cette petite Élys lui était déjà extrêmement chère ! À la seule pensée que la tante pourrait élever des obstacles... refuser obstinément peut-être, un frisson de colère et d’angoisse l’agitait. Mais non, à eux deux, ils en viendraient à bout, de cette autoritaire chanoinesse, hypnotisée par le malheur de sa sœur et de sa nièce ! Et cela fait, il lui prouverait que toutes les femmes ne sont pas des épouses martyres... ”
“ Ogier sourit, en déclarant : — Mais oui, ceci ne regarde pas Rosalie. C’est moi qui vous prie, mademoiselle, de faire toutes les recherches qu’il vous plaira, et de me permettre de vous aider. Elle rougit un peu plus, balbutia un remerciement, tout en entrant dans le salon. M. de Chancenay l’y suivit. Il alla ouvrir les volets, et le soleil pénétra dans la grande pièce au mobilier fané, vint éclairer le visage troublé d’Élys, sa robe grise aux plis souples, sa croix de chanoinesse, au bout du ruban bleu de roi. ”
“ Cela se voit parfois. Sa pensée lui échappait, s’en allait vers Élys... Quoi ! elle était ici, la bien-aimée petite chanoinesse ?... Il la reverrait, celle qui avait été pour lui une si pure, si forte égide, en ces jours d’épreuves ! Une joie profonde gonflait son cœur, et il n’entendait plus que d’une oreille distraite les propos de son compagnon. La grand’tante était là aussi... Mais il serait peut-être possible de lui faire considérer le changement survenu depuis le moment où Ogier de Chancenay lui avait demandé, pour la première fois, la main de sa petite-nièce. ”
Delly, La Petite Chanoinesse (1977)
“ Plus tard, quand de tristes échos de la vie arriveront à ses oreilles, Elys comprendra que j'avais raison. L'abbé Dambry se retira, jugeant toute insistance inutile pour le moment. Au passage, il s'arrêta au Pré-Béni, pour faire part à M. de Chancenay du résultat de sa démarche. En entendant que la chanoinesse avait fait promettre à sa petite-nièce de ne jamais se marier, Ogier sursauta d'indignation. — Voilà qui est trop fort !... Mais je vais m'arranger pour revoir Mlle de Valromée, afin de bien la convaincre que sa tante n'avait pas le droit de lui arracher cette promesse. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Baisez la main de ma tante, Aélys. Mais Aélys, qui venait d'exécuter, en jeune personne bien élevée, la révérence apprise à la Combe-des-Bois, eut à cette injonction un mouvement de recul et un éclair dans ses grands yeux. Baiser la main de cette dame qui lui déplaisait si fort dès le premier coup d'œil, et qui la considérait avec un air d'orgueilleux mépris ? Non, bien certainement non! — Je n'ai jamais appris à faire cela ! dit-elle avec un fier mouvement de sa petite tête. ”
“ Parle donc à Rosalie, tout simplement, puisque tu as occasion de la voir chaque matin. Mais le lendemain, à la messe, Élys constata l’absence de la vieille femme de chambre, qui avait coutume d’y assister chaque jour. En sortant de l’église, elle dit à la chanoinesse de Valromée : — Je pense que Rosalie est fatiguée, ou souffrante. Je vais donc aller au Pré-Béni m’en informer ; puis je prendrai en même temps ce cahier. — C’est cela, ma petite. Moi, je passe en avant, chez le vieux Matissou. Tu m’y retrouveras. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Des gens de Sarrenau, des paysans, des forestiers formaient la haie, acclamant le prince héritier et la nouvelle princesse. Mais Aélys, maintenant, n'avait plus la force de sourire. Tout au plus pouvait-elle saluer, machinalement. Elle ne vit même pas, parmi les forestiers, Mathias Heller qui tournait vers elle son visage fatigué, vieilli, qu'éclairait à ce moment une lueur de joie. Près d'elle, le prince, d'un bref salut militaire ou d'un simple geste de la main, répondait avec une aisance altière aux acclamations. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Avec un frémissement d'anxiété, Aélys se rendit à cette convocation. L'abbesse lui lut une lettre, signée du comte Brorzen, par laquelle celui-ci demandait qu'Aélys fût envoyée la semaine suivante au Vieux-Château. « Son Altesse le prince héritier, ajoutait-il, l'avait chargé du grand honneur d'épouser par procuration Mlle de Croix-Givre et la cérémonie aurait lieu une dizaine de jours plus tard, dans la chapelle du château. Aussitôt après, la princesse partirait pour Waldenstein, où l'attendrait son mari. » Aélys frissonna. Subitement, elle se sentait glacée. ”
Virgile,
''Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes''
“ Les unes, suspendues dans les airs, sont le jouet des vents ; les autres, plongées dans un vaste gouffre, s'y lavent de leurs souillures criminelles, ou s'épurent dans le feu. Chacune de nos âmes souffre ici sa peine : de là nous passons dans le vaste Élysée ; c'est le petit nombre qui habite ces campagnes charmantes. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Elle n'est encore qu'une enfant, certes, sur bien des points; mais quel caractère, quelle énergie! On le voit dans ses yeux, dans tout son être si vivant, si ardent. Heureusement, elle va se heurter à un orgueil, à une volonté pires que les siens !... Mais la lutte ne serait sans doute pas très longue, et notre prince aurait tôt fait de rendre souple cette belle Aélys, si nous n'étions là pour empêcher une trop longue entente entre ces époux physiquement assortis à miracle et moralement aussi dissemblables qu'on peut le souhaiter pour la réalisation de nos désirs. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Dame Véronique lui jeta un regard presque scandalisé. — La volonté d'un père est sacrée... doublement sacrée quand elle est de plus celle d'un mourant. Ce sont là des choses qui ne se discutent pas, Aélys. ”
“ La jeune fille se penchait, saisissait la main de la chanoinesse. – ... Pardonnez-moi !... Je n’avais pas l’intention de vous offenser, chère tante Antoinette ! — J’en suis certaine... mais tu as cédé, un instant, aux suggestions de ce M. de Chancenay. Maintenant, c’est fini, j’en suis persuadée. Nous ferons donc le silence là-dessus... Élys se redressa, en pâlissant un peu. — Est-ce que... ma tante... est-ce que... vous lui avez refusé ?... Un léger tressaillement courut sur le visage de la vieille dame. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Aélys secoua la tête. — Voilà d'agréables perspectives!... Ah! comme j'aimerais bien mieux épouser un simple forestier, plutôt qu'un prince de Waldenstein! — On ne choisit pas toujours son sort, dit mélancoliquement la comtesse avec un nouveau regard de compassion. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Aélys, docilement, se laissa emmener. Elles sortirent toutes deux avant que la comtesse fût revenue de sa première surprise. — Aélys de Croix-Givre? répéta la fillette blonde qui était restée spectatrice muette de toute la scène. La comtesse leva les bras au plafond. — C'est une chose abominable d'avoir affaire à de pareilles gens ! Cette femme... cette insolente... Et qu'est-ce que cette Aélys de Croix-Givre? ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Tout ceci, Aélys le vit d'un coup d'œil dans la glace immense qui faisait face aux fenêtres. Et puis, plus loin, elle aperçut ce qui faisait l'amusement du prince et de la comtesse Brorzen. Valérien de Seldorf se trouvait aux prises avec l'un des petits épagneuls anglais qu'il essayait de saisir. Et chaque fois qu'il avançait la main, la bête se jetait sur lui et le mordait. Au moment où apparut Aélys, le chien lui sautait au visage et y enfonçait ses dents. — Quel maladroit tu fais! dit Lothaire d'un ton de froide moquerie. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Lothaire, en remuant la petite cuiller d'or ciselé dans la tasse de vieux Chine, interrogeait maintenant Aélys sur ses études de musique et de chant. Un des chiens s'était couché à ses pieds et appuyait sur sa botte sa tête puissante; l'autre, assis à quelques pas de là, levait sur lui des yeux étranges, d'un jaune d'ambre, qui recelaient à la fois de la crainte et une sorte de sauvage tendresse. Aélys, en le regardant, se souvenait d'une parole dite autrefois par le jeune valet Julius : « Tous les animaux craignent Son Altesse comme le feu. » ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Ce qu'il y a eu entre eux, autrefois, je ne l'ai jamais su, mais il me paraît bien que cette belle Aélys n'a pas dû l'oublier et qu'elle aborde sa nouvelle existence en assez mauvaise dispositions pour celui qui va en devenir le maître. Elle doit avoir un caractère fier, susceptible, des idées tout à fait contraires à celles du prince; comme lui est d'une nature trop orgueilleuse et trop énergique pour subir une influence féminine, il la fera plier... en la brisant s'il le faut. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Aélys attendait donc. Pour ne pas perdre son temps, selon les principes enseignés à l'abbaye, elle avait pris son tricot et continuait un bas commencé. Travail machinal, qui n'empêchait pas celui de l'esprit. Aélys pensait au fiancé qu'elle allait revoir tout à l'heure — elle y pensait avec une étrange sensation, où la crainte, la défiance, et toujours un petit ferment de révolte, se mêlaient à cette sorte de griserie déjà éprouvée en présence de Lothaire. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Raconte, Aélys... quand tu seras calmée. Il se renversa contre le dossier du fauteuil et ses doigts se mirent à jouer avec les boucles soyeuses. Entre les cils abaissés, il semblait considérer avec complaisance la figure menue, palpitante et encore rouge de l'indignation soulevée tout à l'heure en l'âme d'Aélys par les paroles de son fiancé. La fillette se raidissait bien fort, pour ne pas écarter cette main, pour ne pas s'éloigner de ce prince Lothaire, beau et effrayant comme l'archange déchu. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Mais elle recula encore, en étendant le bras pour le repousser. — Assez d'enfantillages, Aélys! dit-il avec une soudaine colère qui faisait frémir la pourpre vive de ses lèvres et donnait à ses yeux un éclat menaçant. Je ne comprends pas comment tu oses agir de cette manière. J'étais disposé pour toi à quelque indulgence; mais devant une telle attitude, il convient que je parle en maître. Viens, de bonne grâce, ou sinon... — Sinon, vous me frapperez encore ? Les prunelles fauves étincelaient de défi, dans la délicate figure empourprée qu'entouraient de ses plis le voile de dentelle. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Puis, se détournant brusquement, il tendit le poing dans la direction du Vieux-Château. — Ah! tu connaîtras tout cela, toi aussi, ne crains rien ! murmura-t-il avec un accent de haine. Il ne sera pas pour toi autrement que pour les autres, puisqu'il est trop férocement égoïste pour éprouver un attachement quelconque, et que ta beauté seule lui plaira, pour un peu de temps. Prends garde à toi, si tu as du cœur, de la fierté... Tout cela, il le piétinera, sans pitié... sans pitié, Aélys de Croix-Givre! III Le veille de son mariage, Aélys fit une dernière promenade dans la forêt. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Les boucles aux reflets de soie et de flamme se répandaient en liberté sur les épaules frêles, qu'elles couvraient complètement. Aélys, les coudes à la balustrade, semblait absorber, par ses grands yeux largement ouverts, la lumière, la beauté, la vie silencieuse du ciel, de l'horizon, des forêts sombres où demeure toujours un peu de mystère, pour l'ima- gination humaine. ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Elle ne s'endormit qu'à l'aube et rêva que dame Véronique la forçait de s'agenouiller devant le prince Lothaire. Elle se débattait et lui riait en disant : — Je t'obligerai bien à m'adorer, toi aussi, petite fée! Elle se réveilla toute frémissante, en pensant : « Heureusement, ce n'est qu'un rêve! » Dans la matinée, Aélys annonça à dame Véronique : — J'irai cet après-midi rendre visite à M. le curé et à Mlle Pharamond, si vous n'y voyez pas d'inconvénient? ”
Delly, Aélys aux cheveux d'or (1981)
“ Mlle Pharamond, qui avait cependant bien d'autres choses à dire. Car si les serviteurs du Château-Vert observaient un strict mutisme pour tout ce qui avait trait à leur maître, les quelques auxiliaires pris dans le pays racontaient, eux, ce qu'ils pouvaient voir ou entendre. Ainsi le beau jeune prince qui, en voiture ou à cheval, traversait parfois Cornillan sans daigner accorder à ses habitants autre chose qu'un regard d'orgueilleuse indifférence, devenait une figure quasi démoniaque, dont on déplorait que la gentille Aélys, du Vieux-Château, fût destinée à devenir la victime. ”
