“ Maheu fut d’avis qu’on devait tenir sa parole. Un pareil rendez-vous était sacré. Cependant, la nuit avait calmé leur fièvre à tous ; lui, maintenant, craignait un malheur ; et il expliquait que leur devoir était de se trouver là-bas, pour maintenir les camarades dans le bon droit. La Maheude approuva d’un signe. Étienne répétait avec complaisance qu’il fallait agir révolutionnairement, sans attenter à la vie des personnes. ”
Étienne Maheu
Définition et enjeux
Le thème de “Étienne Maheu” a été abordé par des auteurs tels que Émile Zola ou Albert Laberge. Il est souvent associé à des termes comme coron, Montsou, Lantier, Henri ou Lénore.
Citations sur “Étienne Maheu”
“ Étienne, Maheu et les autres s’en allaient, tapant leurs gros talons sur le pavé, dans la rage muette des vaincus poussés à bout. Vers deux heures, les femmes du coron tentèrent, de leur côté, une démarche près de Maigrat. Il n’y avait plus que cet espoir, fléchir cet homme, lui arracher une nouvelle semaine de crédit. C’était une idée de la Maheude, qui comptait souvent trop sur le bon cœur des gens. Elle décida la Brûlé et la Levaque à l’accompagner ; quant à la Pierronne, elle s’excusa, elle raconta qu’elle ne pouvait quitter Pierron, dont la maladie n’en finissait pas de guérir. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Un vacarme accueillit les quatre lampes, et brusquement tout s’éclaira, les faces rouges, les cheveux dépeignés, collés à la peau, les jupes volantes, balayant l’odeur forte des couples en sueur. Maheu montra à Étienne la Mouquette, qui, ronde et grasse comme une vessie de saindoux, tournait violemment aux bras d’un grand moulineur maigre : elle avait dû se consoler et prendre un homme. Enfin, il était huit heures, lorsque la Maheude parut, ayant au sein Estelle et suivie de sa marmaille, Alzire, Henri et Lénore. Elle venait tout droit retrouver là son homme, sans craindre de se tromper. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ D’abord, la Maheude refusait d’entendre, prise d’une sourde épouvante. Non, non, c’était trop beau, on ne devait pas s’embarquer dans ces idées, car elles rendaient la vie abominable ensuite, et l’on aurait tout massacré alors, pour être heureux. Quand elle voyait luire les yeux de Maheu, troublé, conquis, elle s’inquiétait, elle criait, en interrompant Étienne : — N’écoute pas, mon homme ! Tu vois bien qu’il nous fait des contes... Est-ce que les bourgeois consentiront jamais à travailler comme nous ? ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Alors, quand il fut parti, Maheu éclata à son tour. — Nom de Dieu ! ce qui n’est pas juste n’est pas juste. Moi, j’aime qu’on soit calme, parce que c’est la seule façon de s’entendre ; mais, à la fin, ils vous rendraient enragés... Avez-vous entendu ? la berline baissée, et le boisage à part ! encore une façon de nous payer moins !... Nom de Dieu de nom de Dieu ! Il cherchait quelqu’un sur qui tomber, lorsqu’il aperçut Catherine et Étienne, les bras ballants. ”
“ Quand on se conduit bien, c'est la meilleure caisse de secours.Alors, Maheu s'empara d'Étienne et lui proposa de le prendre comme logeur, carrément, en brave homme. Le jeune homme accepta de même, très désireux d'habiter le coron, dans l'idée de vivre davantage avec les camarades. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ La Maheude, arrivée la première, dépeignée sous un mouchoir noué à la hâte, ayant au bras Estelle endormie, répétait d’une voix fiévreuse : — Que personne n’entre et que personne ne sorte ! Faut les pincer tous là-dedans ! Maheu approuvait, lorsque le père Mouque, justement, arriva de Réquillart. On voulut l’empêcher de passer. Mais il se débattit, il dit que ses chevaux mangeaient tout de même leur avoine et se fichaient de la révolution. D’ailleurs, il y avait un cheval mort, on l’attendait pour le sortir. Étienne dégagea le vieux palefrenier, que les soldats laissèrent monter au puits. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et les Maheu quittaient la table, le cœur mal à l’aise, désespérés. Il leur semblait qu’ils venaient d’être riches, et qu’ils retombaient d’un coup dans leur crotte. Le père Bonnemort, qui partait pour la fosse, grognait que ces histoires-là ne rendaient pas la soupe meilleure ; tandis que les autres montaient à la file, en s’apercevant de l’humidité des murs et de l’étouffement empesté de l’air. En haut, dans le sommeil lourd du coron, Étienne, lorsque Catherine s’était mise au lit la dernière et avait soufflé la chandelle, l’entendait se retourner fiévreusement, avant de s’endormir. ”
“ Tous se fâchaient, les Levaque renvoyaient comme réponse aux Maheu que la Pierronne en avait dit bien d’autres sur leur compte, et qu’ils avaient vendu Catherine, et qu’ils s’étaient pourris ensemble, jusqu’aux petits, avec une saleté prise par Étienne au Volcan. — Elle a dit ça, elle a dit ça, hurla Maheu. C’est bon ! j’y vais, moi, et si elle dit qu’elle l’a dit, je lui colle ma main sur la gueule. ”
“ Maheu retint le bras, empêcha la gifle. Mais il secouait sa fille, il s’enrageait comme sa femme à lui reprocher sa conduite, tous les deux perdant la tête, criant plus fort que les camarades. La vue de Catherine avait achevé d’exaspérer Étienne. ”
“ Un silence écrasait les maisons basses, la faim elle-même n’était plus rien, tous pouvaient mourir, depuis que la mort violente avait passé sur les toits. Mais une maison parmi les autres, celle des Maheu, restait surtout noire et muette, dans l’accablement de son deuil. Depuis qu’elle avait accompagné son homme au cimetière, la Maheude ne desserrait pas les dents. Après la bataille, elle avait laissé Étienne ramener chez eux Catherine, boueuse, à demi morte ”
“ Quand on est mort, dit Maheu, on n’a plus faim. Il ajouta des clous à ses souliers et se décida à partir. Le coron des Deux-Cent-Quarante ne devait être payé que vers quatre heures. Aussi les hommes ne se pressaient-il pas, s’attardant, filant un à un, poursuivis par les femmes qui les suppliaient de revenir tout de suite. Beaucoup leur donnaient des commissions, pour les empêcher de s’oublier dans les estaminets. Chez Rasseneur, Étienne était venu aux nouvelles. ”
“ Dehors, quand il eut retrouvé Étienne qui l’attendait, il éclata. — Je suis un jean-foutre, j’aurais dû répondre !... Pas de quoi manger du pain, et des sottises encore ! Oui, c’est contre toi qu’il en a, il m’a dit que le coron était empoisonné... Et quoi faire ? nom de Dieu ! plier l’échine, dire merci. Il a raison, c’est le plus sage. Maheu se tut, travaillé à la fois de colère et de crainte. Étienne songeait d’un air sombre. De nouveau, ils traversèrent les groupes qui barraient la rue. ”
“ Maheu était le meilleur ouvrier de la fosse, le plus aimé, le plus respecté, celui qu’on citait pour son bon sens. Aussi les réclamations des mineurs prendraient-elles, dans sa bouche, un poids décisif. D’abord, lui, Étienne, devait parler ; mais il était à Montsou depuis trop peu de temps. On écouterait davantage un ancien du pays. Enfin, les camarades confiaient leurs intérêts au plus digne : il ne pouvait pas refuser, ce serait lâche. La Maheude eut un geste désespéré. — Va, va, mon homme, fais-toi crever pour les autres. Moi, je consens, après tout ! ”
“ Ils étaient déjà noirs de charbon, enduits d’une poussière fine que la sueur délayait, faisait couler en ruisseaux et en mares. Et Maheu recommença le premier à taper, plus bas, la tête au ras de la roche. Maintenant, la goutte lui tombait sur le front, si obstinée, qu’il croyait la sentir lui percer d’un trou les os du crâne. — Il ne faut pas faire attention, expliquait Catherine à Étienne. Ils gueulent toujours. ”
“ Ce n'était plus un patron, c'était un camarade; et un respect les retenait devant ce vieil ouvrier.—Il y a des hommes au fond, dit Étienne. Fais-les sortir.—Oui, il y a des hommes, reprit le père Quandieu, il y en a bien six douzaines, les autres ont eu peur de vous, méchants bougres!... Mais je vous préviens qu'il n'en sortira pas un, ou que vous aurez affaire à moi!Des exclamations coururent, les hommes poussaient, les femmes avancèrent. Vivement descendu de la passerelle, le porion barrait la porte, maintenant.Alors, Maheu voulut intervenir. ”
“ Maheu, d’abord, parla d’aller gifler l’homme et de ramener sa fille coups de pied dans le derrière. Puis, il eut un geste résigné : à quoi bon ? ça tournait toujours comme ça, on n’empêchait pas les filles de se coller quand elles en avaient l’envie. Il valait mieux attendre tranquillement le mariage. Mais la Maheude ne prenait pas si bien les choses. — Est-ce que je l’ai battue, quand elle a eu ce Chaval ? criait-elle à Étienne, qui l’écoutait, silencieux, très pâle. Voyons, répondez ! vous qui êtes un homme raisonnable... ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Les vieux mineurs ouvraient déjà les narines, comme de bons chiens lancés à la chasse de la houille. Mais, en attendant, les chantiers ne pouvaient rester les bras croisés, et des affiches annoncèrent que la Compagnie allait mettre aux enchères de nouveaux marchandages. Maheu, un jour, à la sortie, accompagna Étienne et lui offrit d’entrer comme haveur dans son marchandage, à la place de Levaque passé à un autre chantier. L’affaire était arrangée déjà avec le maître-porion et l’ingénieur, qui se montraient très contents du jeune homme. ”
“ Maheu dut retenir Levaque, qui se précipitait, menaçant, pendant qu'Étienne parlementait toujours, cherchant à convaincre Deneulin de la légitimité de leur action révolutionnaire. Mais celui-ci répondait par le droit au travail. D'ailleurs, il refusait de discuter ces bêtises, il voulait être le maître chez lui. Son seul remords était de n'avoir pas là quatre gendarmes pour balayer cette canaille.—Parfaitement, c'est ma faute, je mérite ce qui m'arrive. Avec des gaillards de votre espèce, il n'y a que la force. C'est comme le gouvernement qui s'imagine vous acheter par des concessions. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Son fils, Toussaint Maheu, y crevait maintenant, et ses petits-fils, et tout son monde, qui logeait en face, dans le coron. Cent six ans d’abattage, les mioches après les vieux, pour le même patron : hein ? beaucoup de bourgeois n’auraient pas su dire si bien leur histoire ! — Encore, lorsqu’on mange ! murmura de nouveau Étienne. — C’est ce que je dis, tant qu’on a du pain à manger, on peut vivre. Bonnemort se tut, les yeux tournés vers le coron, où des lueurs s’allumaient une à une. Quatre heures sonnaient au clocher de Montsou, le froid devenait plus vif. ”
“ Comme on arrivait au chemin de Joiselle, un haveur de Vandame, qui s’était joint à la bande par vengeance contre son patron, jeta les camarades vers la droite, en hurlant : — À Gaston-Marie ! faut arrêter la pompe ! faut que les eaux démolissent Jean-Bart ! La foule entraînée tournait déjà, malgré les protestations d’Étienne, qui les suppliait de laisser épuiser les eaux. À quoi bon détruire les galeries ? cela révoltait son cœur d’ouvrier, malgré son ressentiment. Maheu, lui aussi, trouvait injuste de s’en prendre à une machine. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Mais Maheu refusa d’en boire une seconde : on verrait plus tard, la journée n’était pas finie. Il venait de songer à Pierron. Où pouvait-il être, Pierron ? sans doute à l’estaminet Lenfant. Et il décida Étienne et Levaque, tous trois partirent pour Montsou, au moment où une nouvelle bande envahissait le jeu de quilles de l’Avantage. En chemin, sur le pavé, il fallut entrer au débit Casimir, puis à l’estaminet du Progrès. Des camarades les appelaient par les portes ouvertes : pas moyen de dire non. Chaque fois, c’était une chope, deux s’ils faisaient la politesse de rendre. ”
“ Maheu, dans la baraque, accroupi devant sa caisse, retirait ses sabots et ses gros bas de laine. Lorsque Étienne fut là, on régla tout en quatre paroles : trente sous par jour, un travail fatigant, mais qu’il apprendrait vite. Le haveur lui conseilla de garder ses souliers, et il lui prêta une vieille barrette, un chapeau de cuir destiné à garantir le crâne, précaution que le père et les enfants dédaignaient. Les outils furent sortis de la caisse, où se trouvait justement la pelle de Fleurance. ”
“ Le commissaire, un homme lent, que les drames ennuyaient, menaça simplement de la conduire en prison. Et il s'en alla pour verbaliser, il remmena ses quatre gendarmes, sous les ricanements de Zacharie et de Mouquet, qui, pris d'admiration devant la bonne blague des camarades, se fichaient de la force armée.Dehors, dans la ruelle, Étienne, embarrassé de la caisse, galopa, suivi des autres. L'idée brusque de Pierron lui vint, il demanda pourquoi on ne l'avait pas vu; et Maheu, tout en courant, répondit qu'il était malade: une maladie complaisante, la peur de se compromettre. ”
“ Jeanlin et le mort furent portés dans la chambre des porions, où, d’un bout de l’année à l’autre, brûlait un grand feu. On rangea les seaux d’eau chaude, tout prêts pour le lavage des pieds ; et, après avoir étalé deux matelas sur les dalles, on y coucha l’homme et l’enfant. Seuls, Maheu et Étienne entrèrent. Dehors, des herscheuses, des mineurs, des galopins accourus faisaient un groupe, causaient à voix basse. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ La Maheude songeait aux quarante sous du vieux, qu’il ne lui rapporterait peut-être jamais plus, et elle eut un cri d’angoisse. — Mon Dieu ! nous serons bientôt tous morts, si ça continue. — Quand on est mort, dit Maheu, on n’a plus faim. ”
“ Maheu écoutait, les yeux baissés. Puis, il commença, la voix hésitante et sourde d'abord.—Monsieur le directeur, c'est justement parce que je suis un homme tranquille, auquel on n'a rien à reprocher, que les camarades m'ont choisi. Cela doit vous prouver qu'il ne s'agit pas d'une révolte de tapageurs, de mauvaises têtes cherchant à faire du désordre. Nous voulons seulement la justice, nous sommes las de crever de faim, et il nous semble qu'il serait temps de s'arranger, pour que nous ayons au moins du pain tous les jours. ”
“ Bientôt, la bande entière se mit à cette besogne. Maheu fit sauter des coussinets de fonte, armé de sa barre de fer, dont il se servait comme d’un levier. Pendant ce temps, la Brûlé, entraînant les femmes, envahissait la lampisterie, où les bâtons, à la volée, couvrirent le sol d’un carnage de lampes. La Maheude, hors d’elle, tapait aussi fort que la Levaque. Toutes se trempèrent d’huile, la Mouquette s’essuyait les mains à son jupon, en riant d’être si sale. ”
“ Du coup, Levaque devint menaçant, le poing sous le nez de Maheu. — Tu sais, ça ne me va pas. Quand on a une femme comme ça, on lui casse les reins... C’est donc que tu crois ce qu’elle a dit ? — Mais, nom de Dieu ! s’écria Maheu, furieux d’être tiré de son accablement, qu’est-ce que c’est encore que tous ces potins ? Est-ce qu’on n’a pas assez de ses misères ? Fous-moi la paix ou je tape !... Et, d’abord, qui a dit que ma femme l’avait dit ? — Qui l’a dit ?... C’est la Pierronne qui l’a dit. La Maheude éclata d’un rire aigu ; et, revenant vers la Levaque : — Ah ! c’est la Pierronne... ”
“ Les Maheu dînèrent à midi sonnant. Ils ne menaient pas grand vacarme, au milieu des bavardages de porte à porte, des voisinages mêlant les femmes, dans un continuel remous d’appels, de réponses, d’objets prêtés, de mioches chassés ou ramenés d’une claque. D’ailleurs, ils étaient en froid depuis trois semaines avec leurs voisins, les Levaque, au sujet du mariage de Zacharie et de Philomène. Les hommes se voyaient, mais les femmes affectaient de ne plus se connaître. ”
“ Maheu, après l’avoir regardé, s’était remis en marche, pesamment, sans une parole. Ce fut la Maheude qui répondit. — À la messe, monsieur le curé, pourquoi faire ? Est-ce que le bon Dieu ne se moque pas de nous ?... Tenez ! qu’est-ce que lui a fait ma petite, qui est là, à trembler la fièvre ? ”
