“ Du coup, Levaque devint menaçant, le poing sous le nez de Maheu. — Tu sais, ça ne me va pas. Quand on a une femme comme ça, on lui casse les reins... C’est donc que tu crois ce qu’elle a dit ? — Mais, nom de Dieu ! s’écria Maheu, furieux d’être tiré de son accablement, qu’est-ce que c’est encore que tous ces potins ? Est-ce qu’on n’a pas assez de ses misères ? Fous-moi la paix ou je tape !... Et, d’abord, qui a dit que ma femme l’avait dit ? — Qui l’a dit ?... C’est la Pierronne qui l’a dit. La Maheude éclata d’un rire aigu ; et, revenant vers la Levaque : — Ah ! c’est la Pierronne... ”
Maheu
Définition et enjeux
Le thème de “Maheu” a été abordé par des auteurs tels que Émile Zola ou Albert Laberge. Il est souvent associé à des termes comme Étienne, Catherine, Levaque, Lantier ou miner.
Citations sur “Maheu”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Un vacarme accueillit les quatre lampes, et brusquement tout s’éclaira, les faces rouges, les cheveux dépeignés, collés à la peau, les jupes volantes, balayant l’odeur forte des couples en sueur. Maheu montra à Étienne la Mouquette, qui, ronde et grasse comme une vessie de saindoux, tournait violemment aux bras d’un grand moulineur maigre : elle avait dû se consoler et prendre un homme. Enfin, il était huit heures, lorsque la Maheude parut, ayant au sein Estelle et suivie de sa marmaille, Alzire, Henri et Lénore. Elle venait tout droit retrouver là son homme, sans craindre de se tromper. ”
“ Maheu, après l’avoir regardé, s’était remis en marche, pesamment, sans une parole. Ce fut la Maheude qui répondit. — À la messe, monsieur le curé, pourquoi faire ? Est-ce que le bon Dieu ne se moque pas de nous ?... Tenez ! qu’est-ce que lui a fait ma petite, qui est là, à trembler la fièvre ? ”
“ Maheu fut d’avis qu’on devait tenir sa parole. Un pareil rendez-vous était sacré. Cependant, la nuit avait calmé leur fièvre à tous ; lui, maintenant, craignait un malheur ; et il expliquait que leur devoir était de se trouver là-bas, pour maintenir les camarades dans le bon droit. La Maheude approuva d’un signe. Étienne répétait avec complaisance qu’il fallait agir révolutionnairement, sans attenter à la vie des personnes. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Alors, quand il fut parti, Maheu éclata à son tour. — Nom de Dieu ! ce qui n’est pas juste n’est pas juste. Moi, j’aime qu’on soit calme, parce que c’est la seule façon de s’entendre ; mais, à la fin, ils vous rendraient enragés... Avez-vous entendu ? la berline baissée, et le boisage à part ! encore une façon de nous payer moins !... Nom de Dieu de nom de Dieu ! Il cherchait quelqu’un sur qui tomber, lorsqu’il aperçut Catherine et Étienne, les bras ballants. ”
“ Bientôt, la bande entière se mit à cette besogne. Maheu fit sauter des coussinets de fonte, armé de sa barre de fer, dont il se servait comme d’un levier. Pendant ce temps, la Brûlé, entraînant les femmes, envahissait la lampisterie, où les bâtons, à la volée, couvrirent le sol d’un carnage de lampes. La Maheude, hors d’elle, tapait aussi fort que la Levaque. Toutes se trempèrent d’huile, la Mouquette s’essuyait les mains à son jupon, en riant d’être si sale. ”
“ Les Maheu dînèrent à midi sonnant. Ils ne menaient pas grand vacarme, au milieu des bavardages de porte à porte, des voisinages mêlant les femmes, dans un continuel remous d’appels, de réponses, d’objets prêtés, de mioches chassés ou ramenés d’une claque. D’ailleurs, ils étaient en froid depuis trois semaines avec leurs voisins, les Levaque, au sujet du mariage de Zacharie et de Philomène. Les hommes se voyaient, mais les femmes affectaient de ne plus se connaître. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et les Maheu avaient l’air de comprendre, approuvaient, acceptaient les solutions miraculeuses, avec la foi aveugle des nouveaux croyants, pareils à ces chrétiens des premiers temps de l’Église, qui attendaient la venue d’une société parfaite, sur le fumier du monde antique. ”
“ Maheu retint le bras, empêcha la gifle. Mais il secouait sa fille, il s’enrageait comme sa femme à lui reprocher sa conduite, tous les deux perdant la tête, criant plus fort que les camarades. La vue de Catherine avait achevé d’exaspérer Étienne. ”
“ Ils étaient déjà noirs de charbon, enduits d’une poussière fine que la sueur délayait, faisait couler en ruisseaux et en mares. Et Maheu recommença le premier à taper, plus bas, la tête au ras de la roche. Maintenant, la goutte lui tombait sur le front, si obstinée, qu’il croyait la sentir lui percer d’un trou les os du crâne. — Il ne faut pas faire attention, expliquait Catherine à Étienne. Ils gueulent toujours. ”
“ Maheu, quand il quitta le jardin, à la nuit tombée, s’assoupit tout de suite sur une chaise, la tête contre la muraille. Dès qu’il s’asseyait, le soir, il dormait. Le coucou sonnait sept heures, Henri et Lénore venaient de casser une assiette en s’obstinant à aider Alzire, qui mettait le couvert, lorsque le père Bonnemort rentra le premier, pressé de dîner et de retourner à la fosse. Alors, la Maheude réveilla Maheu. — Mangeons, tant pis !... Ils sont assez grands pour retrouver la maison. L’embêtant, c’est la salade ! ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ D’abord, la Maheude refusait d’entendre, prise d’une sourde épouvante. Non, non, c’était trop beau, on ne devait pas s’embarquer dans ces idées, car elles rendaient la vie abominable ensuite, et l’on aurait tout massacré alors, pour être heureux. Quand elle voyait luire les yeux de Maheu, troublé, conquis, elle s’inquiétait, elle criait, en interrompant Étienne : — N’écoute pas, mon homme ! Tu vois bien qu’il nous fait des contes... Est-ce que les bourgeois consentiront jamais à travailler comme nous ? ”
“ Tous se fâchaient, les Levaque renvoyaient comme réponse aux Maheu que la Pierronne en avait dit bien d’autres sur leur compte, et qu’ils avaient vendu Catherine, et qu’ils s’étaient pourris ensemble, jusqu’aux petits, avec une saleté prise par Étienne au Volcan. — Elle a dit ça, elle a dit ça, hurla Maheu. C’est bon ! j’y vais, moi, et si elle dit qu’elle l’a dit, je lui colle ma main sur la gueule. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ La Maheude songeait aux quarante sous du vieux, qu’il ne lui rapporterait peut-être jamais plus, et elle eut un cri d’angoisse. — Mon Dieu ! nous serons bientôt tous morts, si ça continue. — Quand on est mort, dit Maheu, on n’a plus faim. ”
“ C’étaient les Maheu et les Levaque. Quand il aperçut, en tête, Catherine avec son air doux de garçon, l’idée superstitieuse lui vint de risquer une dernière demande. — Dites donc, camarade, on n’a pas besoin d’un ouvrier ici, pour n’importe quel travail ? Elle le regarda, surprise, un peu effrayée de cette voix brusque qui sortait de l’ombre. Mais, derrière elle, Maheu avait entendu, et il répondit, il causa un instant. Non, on n’avait besoin de personne. Ce pauvre diable d’ouvrier, perdu sur les routes, l’intéressait. ”
“ Maheu, énervé d'oisiveté, était parti à la pêche: s'il avait la chance de prendre un beau poisson, en dessous de l'écluse du canal, on le vendrait et on achèterait du pain. Le vieux Bonnemort et le petit Jeanlin venaient de filer, pour essayer leurs jambes remises à neuf; tandis que les enfants étaient sortis avec Alzire, qui passait des heures sur le terri, à ramasser des escarbilles. Assise près du maigre feu, qu'on n'osait plus entretenir, la Maheude, dégrafée, un sein hors du corsage et tombant jusqu'au ventre, faisait téter Estelle. ”
“ Maheu écoutait, les yeux baissés. Puis, il commença, la voix hésitante et sourde d'abord.—Monsieur le directeur, c'est justement parce que je suis un homme tranquille, auquel on n'a rien à reprocher, que les camarades m'ont choisi. Cela doit vous prouver qu'il ne s'agit pas d'une révolte de tapageurs, de mauvaises têtes cherchant à faire du désordre. Nous voulons seulement la justice, nous sommes las de crever de faim, et il nous semble qu'il serait temps de s'arranger, pour que nous ayons au moins du pain tous les jours. ”
“ Maheu était le meilleur ouvrier de la fosse, le plus aimé, le plus respecté, celui qu’on citait pour son bon sens. Aussi les réclamations des mineurs prendraient-elles, dans sa bouche, un poids décisif. D’abord, lui, Étienne, devait parler ; mais il était à Montsou depuis trop peu de temps. On écouterait davantage un ancien du pays. Enfin, les camarades confiaient leurs intérêts au plus digne : il ne pouvait pas refuser, ce serait lâche. La Maheude eut un geste désespéré. — Va, va, mon homme, fais-toi crever pour les autres. Moi, je consens, après tout ! ”
“ La Maheude, arrivée la première, dépeignée sous un mouchoir noué à la hâte, ayant au bras Estelle endormie, répétait d’une voix fiévreuse : — Que personne n’entre et que personne ne sorte ! Faut les pincer tous là-dedans ! Maheu approuvait, lorsque le père Mouque, justement, arriva de Réquillart. On voulut l’empêcher de passer. Mais il se débattit, il dit que ses chevaux mangeaient tout de même leur avoine et se fichaient de la révolution. D’ailleurs, il y avait un cheval mort, on l’attendait pour le sortir. Étienne dégagea le vieux palefrenier, que les soldats laissèrent monter au puits. ”
“ Maheu, ébranlé, restait cependant plein de défiance. — Dès qu’on bouge, on vous rend votre livret, disait-il. Le vieux a raison, ce sera toujours le mineur qui aura la peine, sans l’espoir d’un gigot de temps à autre, en récompense. ”
“ Maheu était prêt. Il demeura un moment immobile, puis il conclut de sa voix sourde : — Qu’est-ce que tu veux ? c’est comme ça, arrange-toi pour la soupe... Ça n’avance à rien d’en causer, vaut mieux être là-bas au travail. — Bien sûr, répondit la Maheude. Souffle la chandelle, je n’ai pas besoin de voir la couleur de mes idées. Il souffla la chandelle. Déjà, Zacharie et Jeanlin descendaient ; il les suivit ; et l’escalier de bois craquait sous leurs pieds lourds, chaussés de laine. Derrière eux, le cabinet et la chambre étaient retombés aux ténèbres. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et les Maheu quittaient la table, le cœur mal à l’aise, désespérés. Il leur semblait qu’ils venaient d’être riches, et qu’ils retombaient d’un coup dans leur crotte. Le père Bonnemort, qui partait pour la fosse, grognait que ces histoires-là ne rendaient pas la soupe meilleure ; tandis que les autres montaient à la file, en s’apercevant de l’humidité des murs et de l’étouffement empesté de l’air. En haut, dans le sommeil lourd du coron, Étienne, lorsque Catherine s’était mise au lit la dernière et avait soufflé la chandelle, l’entendait se retourner fiévreusement, avant de s’endormir. ”
“ En buvant son café, sans passer encore une chemise, Maheu conta à sa femme la colère de l’ingénieur, pour le boisage. Il était calmé, détendu, et il écouta avec un hochement d’approbation les sages conseils de la Maheude, qui montrait un grand bon sens dans ces affaires-là. Toujours elle lui répétait qu’on ne gagnait rien à se buter contre la Compagnie. Elle lui parla ensuite de la visite de madame Hennebeau. Sans le dire, tous deux en étaient fiers. — Est-ce qu’on peut descendre ? demanda Catherine du haut de l’escalier. — Oui, oui, ton père se sèche. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ On ne peut pas bien faire le premier jour, dit Maheu pour mettre la paix. Demain, il fera mieux. Tous n’en restaient pas moins aigris, agités d’un besoin de querelle. Comme ils passaient à la lampisterie rendre leurs lampes, Levaque s’empoigna avec le lampiste, qu’il accusait de mal nettoyer la sienne. Ils ne se détendirent un peu que dans la baraque, où le feu brûlait toujours. Même on avait dû trop le charger, car le poële était rouge, la vaste pièce sans fenêtre semblait en flammes, tellement les reflets du brasier saignaient sur les murs. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Je réfléchirai... Quand on se conduit bien, c’est la meilleure caisse de secours. Alors, Maheu s’empara d’Étienne et lui proposa de le prendre comme logeur, carrément, en brave homme. Le jeune homme accepta de même, très désireux d’habiter le coron, dans l’idée de vivre davantage avec les camarades. On régla l’affaire en trois mots, la Maheude déclara qu’on attendrait le mariage des enfants. Et, justement, Zacharie revenait enfin, avec Mouquet et Levaque. Tous les trois rapportaient les odeurs du Volcan, une haleine de genièvre, une aigreur musquée de filles mal tenues. ”
“ Un silence écrasait les maisons basses, la faim elle-même n’était plus rien, tous pouvaient mourir, depuis que la mort violente avait passé sur les toits. Mais une maison parmi les autres, celle des Maheu, restait surtout noire et muette, dans l’accablement de son deuil. Depuis qu’elle avait accompagné son homme au cimetière, la Maheude ne desserrait pas les dents. Après la bataille, elle avait laissé Étienne ramener chez eux Catherine, boueuse, à demi morte ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Et, sur le plateau désert, on entendait la seule plainte des rafales, dans les treillages arrachés des clôtures. Chez les Maheu, au numéro 16 du deuxième corps, rien ne bougeait. Des ténèbres épaisses noyaient l’unique chambre du premier étage, comme écrasant de leur poids le sommeil des êtres que l’on sentait là, en tas, la bouche ouverte, assommés de fatigue. Malgré le froid vif du dehors, l’air alourdi avait une chaleur vivante, cet étouffement chaud des chambrées les mieux tenues, qui sentent le bétail humain. ”
“ Maheu, d’abord, parla d’aller gifler l’homme et de ramener sa fille coups de pied dans le derrière. Puis, il eut un geste résigné : à quoi bon ? ça tournait toujours comme ça, on n’empêchait pas les filles de se coller quand elles en avaient l’envie. Il valait mieux attendre tranquillement le mariage. Mais la Maheude ne prenait pas si bien les choses. — Est-ce que je l’ai battue, quand elle a eu ce Chaval ? criait-elle à Étienne, qui l’écoutait, silencieux, très pâle. Voyons, répondez ! vous qui êtes un homme raisonnable... ”
“ Étienne, Maheu et les autres s’en allaient, tapant leurs gros talons sur le pavé, dans la rage muette des vaincus poussés à bout. Vers deux heures, les femmes du coron tentèrent, de leur côté, une démarche près de Maigrat. Il n’y avait plus que cet espoir, fléchir cet homme, lui arracher une nouvelle semaine de crédit. C’était une idée de la Maheude, qui comptait souvent trop sur le bon cœur des gens. Elle décida la Brûlé et la Levaque à l’accompagner ; quant à la Pierronne, elle s’excusa, elle raconta qu’elle ne pouvait quitter Pierron, dont la maladie n’en finissait pas de guérir. ”
Émile Zola,
Germinal
(1885)
“ Un éclat de rire l’interrompait, les enfants eux-mêmes haussaient les épaules, tous devenus incrédules au vent du dehors, gardant la peur secrète des revenants de la fosse, mais s’égayant du ciel vide. — Ah ! ouiche, les curés ! s’écriait Maheu. S’ils croyaient ça, ils mangeraient moins et ils travailleraient davantage, pour se réserver là-haut une bonne place... Non, quand on est mort, on est mort. ”
“ C'était, dans son berceau, Estelle que le froid contrariait.Du coup, Maheu se réveilla. Qu'avait-il donc dans les os? voilà qu'il se rendormait comme un propre à rien! Et il jurait si fort, que les enfants, à côté, ne soufflaient plus. Zacharie et Jeanlin achevèrent de se laver, avec une lenteur déjà lasse. Alzire, les yeux grands ouverts, regardait toujours. Les deux mioches, Lénore et Henri, aux bras l'un de l'autre, n'avaient pas remué, respirant du même petit souffle, malgré le vacarme.—Catherine, donne-moi la chandelle! cria Maheu. ”
“ Depuis que sa nature s’affinait, il se trouvait blessé davantage par les promiscuités du coron. Est-ce qu’on était des bêtes, pour être ainsi parqués, les uns contre les autres, au milieu des champs, si entassés qu’on ne pouvait changer de chemise sans montrer son derrière aux voisins ! Et comme c’était bon pour la santé, et comme les filles et les garçons s’y pourrissaient forcément ensemble ! — Dame ! répondait Maheu, si l’on avait plus d’argent, on aurait plus d’aise... Tout de même, c’est bien vrai que ça ne vaut rien pour personne, de vivre les uns sur les autres. ”
